Okinawa

La sublime baie de Kabira à Ishigaki

Le récit de mon voyage à Okinawa se poursuit. Après vous avoir fait découvrir Zamami et Tsukigahama, la plage de sable chantant, nous voici donc sur l’île d’Ishigaki. Plus proche de Taïwan que des quatre plus grandes îles du Japon, Ishigaki est une région lointaine. On y accède en avion depuis Naha. Je m’y suis rendue en mai 2024, au début de la saison des pluies. Mon séjour a donc été marqué par un climat chaud et humide comme je n’en avais jamais connu de ma vie. Chaque fois que je quittais l’espace climatisé de mon auberge de jeunesse et me retrouvais dans la rue, j’avais l’impression d’entrer dans un hammam ! C’était comme si un orage menaçait, alourdissant l’air ambiant sans jamais éclater.

Je n’ai encore jamais voyagé au Japon en plein cœur de l’été, mais mon séjour à Ishigaki m’en a donné un bref aperçu. Et je n’étais pas prête ! Quoi qu’il en soit, j’ai essayé de faire abstraction et de profiter au maximum de ces cinq jours pour explorer les îles. Mon hébergement était en effet situé à quelques minutes à pied du terminal maritime d’Ishigaki, d’où partent également les bus touristiques vers la baie de Kabira. Le trajet vers cette dernière dure environ 40 minutes, avec un arrêt possible au village folklorique Ishigaki Yaima.

Pour quiconque connaît un peu Okinawa, la baie de Kabira fait figure d’incontournable. Et sa célébrité n’est pas usurpée. Malgré le ciel chargé de nuages, j’ai été frappée par la beauté des lieux. Nichée au nord-ouest de l’île d’Ishigaki, cette baie profonde est séparée de la mer de Chine orientale par un étroit goulet formé par l’île de Kojima. D’autres îles plus petites, couvertes de jungle luxuriante, parsèment les environs, offrant un environnement propice à la faune marine. L’endroit, récompensé par trois étoiles au Guide Vert Michelin, fait partie du parc national d’Iriomote-Ishigaki.

Un camaïeu de couleurs

Ce qui frappe immédiatement, lorsqu’on découvre la baie de Kabira, c’est la couleur de son eau. En effet, la mer offre ici un étonnant camaïeu de bleu, allant du turquoise au vert d’eau, en passant par des nuances de bleu profond accentuées par la teinte orageuse du ciel. Le sable, fin et blanc, contraste magnifiquement avec cette étonnante palette de couleurs. J’aimerais beaucoup avoir l’occasion de revenir sur place sous des cieux plus cléments, pour voir la baie de Kabira dans toute sa majesté. C’est indéniablement l’un des plus beaux paysages du Japon qui se dévoile sous mes yeux.

On peut admirer la baie de Kabira depuis un petit observatoire abrité, situé sur une promenade aménagée au nord-ouest du site. Non loin de là, un escalier permet ensuite de rejoindre la plage, d’où partent les bateaux destinés aux excursions.

Comme la plage de Tsukigahama, le site est peuplé de petits coquillages habités. Il suffit de s’éloigner de quelques mètres pour les voir se déplacer avec prudence. Le sable blanc, très fin, est doux sous la plante des pieds. Je savoure cette sensation autant que la vue splendide, avant de poursuivre mon exploration.

Sirène, nouilles et perles noires

Longer vers le sud la promenade partant de l’observatoire permet de rejoindre en quelques minutes la sirène de la baie de Kabira. Cette imposante statue serait liée à une légende locale. Il était une fois une sirène prise dans les filets d’un pêcheur. Ce dernier la libéra et en retour, la sirène l’avertit de l’arrivée imminente d’un tsunami. Ainsi, le pêcheur et tous ceux qui crurent à son histoire purent se réfugier sur les hauteurs de l’île et survivre à la catastrophe.

Cette légende, répandue dans l’ensemble de l’archipel d’Okinawa, puise ses racines dans le grand tsunami de Meiwa. En 1771, celui-ci fit près de 12000 morts à Miyakojima et dans les îles Yaeyama. Nombre de rochers déplacés par ce tsunami constituent, encore aujourd’hui, des sites historiques célèbres de la préfecture d’Okinawa.

La sirène de la baie de Kabira se situe sur le parking de la maison de la perle de Ryûkyû, dont le restaurant offre une vue imprenable sur la baie. J’y ai fait halte pour goûter aux Yaeyama soba. Il s’agit d’une spécialité de nouilles de blé baignant dans un bouillon à base d’os de porc, de thon et d’algue konbu. Le tout est généralement accompagné de tranches de porc, de pâte de poisson et d’oignon vert. Ce mets peut être relevé en y ajoutant un peu de poivre local et de koregusu (piments marinés dans de l’awamori, un alcool de riz très fort, typique d’Okinawa)

Pour le dessert, j’ai opté pour une délicieuse crêpe appelée pôpô, autre grande spécialité d’Okinawa. Notez que le restaurant où j’ai dégusté ces deux plats se trouve à l’arrière d’une boutique consacrée à la perle noire de Ryûkyû. Cette variété est cultivée en baie de Kabira depuis les années 1950, selon les méthodes développées sur l’île aux perles de Mikimoto.

La baie de Kabira abrite un récif corallien fragile, incluant un précieux corail bleu appelé aosango. Malheureusement, la plongée, le snorkeling, ou même la simple baignade sont interdits dans les parages. Il faut donc s’éloigner un peu du site pour profiter des plages, les plus proches étant celles de Sukuji, Tabaga, Yoshihara ou encore Crystal Beach. Notez que la location d’un véhicule individuel est vivement recommandée pour accéder à ces dernières sans contraintes. Il est également possible de plonger pour admirer les raies manta lors de sorties en mer, à réserver au préalable.

À défaut de pouvoir plonger, la meilleure manière de découvrir les fonds marins de la baie de Kabira consiste à effectuer une excursion en bateau à fond de verre. Différentes compagnies proposent cette activité. Il vous suffit de vous rendre sur leurs stands (tous situés à deux pas du parking et de l’arrêt de bus) pour acheter votre billet. Dans mon cas, compte tenu de la saison et de la météo, il y avait peu de monde sur place. Mais la réservation en ligne peut s’avérer nécessaire si vous visitez la baie de Kabira pendant la haute saison. Pour ma propre visite, j’ai fait appel aux services de la compagnie Gurukun, qui propose des excursions toute l’année à bord de sa petite flottille orange vif. L’expérience dure environ 30 minutes. Rendez-vous sur gurukun-kabira.com pour découvrir les horaires et tarifs.

Mon excursion à bord de l’Umihotaru

Une fois mon billet en main, cap sur la zone d’embarquement, directement sur la plage, en croisant au passage le temple Kabira Kannon-do, bâti au XVIIe siècle.

Ayant quelques minutes d’avance, me voilà invitée à patienter dans un recoin spécialement aménagé, en compagnie d’autres touristes de passage. Pour l’anecdote, il s’agissait d’un couple de joailliers australiens, venus en baie de Kabira pour acquérir des perles noires.

11h25, il est temps de monter à bord de l’Umihotaru, pouvant accueillir jusqu’à 29 passagers. Nous ne sommes guère que 5 ou 6, disséminés de part et d’autre de la zone d’observation. Bien que la marée soit encore basse, la visite commence. Notre guide, qui connaît parfaitement les lieux, cible rapidement les meilleurs spots. La visibilité est excellente. Très vite, des bouquets de coraux apparaissent dans notre champ de vision, ainsi que quelques bénitiers géants. Le clou de la visite est cependant notre rencontre avec une énorme tortue de mer, dans les dernières minutes de l’excursion.

L’expérience n’est guère photogénique, les vitres usées n’offrant pas le meilleur des rendus. Et malgré tous mes efforts, je n’ai pas pu réellement déceler la présence d’aosango. En revanche, j’ai pu constater avec tristesse que le phénomène de blanchissement du corail était bel et bien à l’œuvre dans la zone. Je suis néanmoins très heureuse de mon excursion, qui m’a permis d’observer le récif de mes yeux. Ne pratiquant pas la plongée, j’aurais été frustrée de ne pas en avoir au moins un aperçu. Après tout, il s’agit de l’un des 100 paysages de l’ère Heisei.

Pour conclure

La baie de Kabira est un lieu vraiment magique, qui offre non seulement un panorama à couper le souffle, mais aussi un belle variété d’expériences. Je n’y suis restée que quelques heures, mais j’ai noté qu’il est possible de séjourner à proximité pour approfondir l’exploration et profiter des plages voisines. Ce que je ferai peut-être lors d’un futur séjour, si j’en ai l’occasion.

Attention toutefois : j’ai lu que l’endroit pouvait souffrir du surtourisme à la haute saison. Soyez donc prévoyant lors de votre visite et n’hésitez pas à réserver votre créneau d’excursion en amont du séjour.


  • Ligne 9 depuis le terminal maritime d’Ishigaki
  • Ligne 11 depuis l’aéroport d’Ishigaki
  • Lignes 2, 3, 7, 8, 9, 11 depuis la gare routière d’Ishigaki

Bon plan

La compagnie Azuma bus propose deux options pour circuler en bus de manière illimitée sur l’île d’Ishigaki : le 1-Day Pass (1000¥, valable 24h) et le 5-Day Pass (2000¥, valable 120h).


La meilleure manière d’explorer la baie de Kabira et le littoral nord d’Ishigaki est de louer un véhicule individuel. La plupart des entreprises proposant ce service se concentrent autour du terminal maritime d’Ishigaki et de l’aéroport. Attention : le parking le plus proche de la baie de Kabira est payant (de 8h à 20h, comptez 200¥ la première heure, puis 100¥ supplémentaires toutes les 60 minutes).

Tous les bus à Ishigaki sont accessibles aux PMR.

Si vous optez pour un véhicule de location, le parking n°1 du parc Kabira (payant) dispose de places de stationnement destinées aux personnes à mobilité réduite, avec toilettes polyvalentes à proximité. De là, il est possible d’accéder en fauteuil roulant à la plateforme d’observation. Cependant, l’accès à la plage peut-être difficile et nécessite un accompagnant en bonne condition physique.

 Une excursion en bateau à fond de verre est possible, avec un peu d’organisation. La compagnie Gurukun possède notamment un bateau adapté, le Gurukun n°15. Prendre contact en amont de la visite est indispensable.

2 commentaires

  • Anais K

    Super ces infos sur l’accessibilité PMR 👍
    Toujours vérifier en amont et contacter les OT, les compagnies de bus, ferry etc pour partir serein 🙂

    Et j’ai envie d’y retourner rien que pour goûter ce fameux dessert !

    • Passeport Japon

      Merci Anaïs 🙂 Toujours contente de savoir que mes infos sont utiles, et bien d’accord avec toi sur l’importance de prendre contact avec les acteurs du terrain.

      Pour avoir bossé 10 ans en OT, il n’y a vraiment pas de meilleure source d’informations, surtout quand on voit la vitesse à laquelle les infos deviennent obsolètes sur le web. C’est pour ça d’ailleurs que je précise systématiquement la date de mise à jour de mes contenus : même si j’y apporte le plus grand soin, il est possible que mon article ne soit pas 100% conforme à la réalité.

      En tout cas, je confirme : si tu retournes à Okinawa, ne rate surtout pas les crêpes pôpô qui sont un vrai délice. J’en ai aussi mangé au village Ryukyu Mura, sur l’île principale d’Okinawa, mais ça j’en parlerai dans un autre article 😉

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