Le village folklorique Ryukyu Mura
Situé dans le bourg d’Onna, au nord de la ville de Naha, le village folklorique Ryukyu Mura est le lieu parfait pour plonger avec délice dans les traditions séculaires d’Okinawa. Inauguré en 1982, ce petit musée en plein air rassemble d’anciennes demeures venues des quatre coins de la préfecture. Entre architecture, artisanat, musique et danses locales, le site met en lumière les charmes de la culture ryûkyûan avec chaleur et enthousiasme.
Quand on imagine Okinawa, de nombreuses images viennent immédiatement à l’esprit. Plages de sable blanc, mer bleu kerama, danses folkloriques, costumes colorés et shisa aux mines grimaçantes… Tels sont les clichés des îles Ryûkyû, que l’on s’attend à découvrir en arrivant à Naha. La capitale de la préfecture d’Okinawa est cependant bien loin de correspondre à cette vision idéalisée, avec ses hauts immeubles, son monorail et son centre moderne.
Mes premières impressions sur Naha
Densément urbanisée, toute la partie sud de l’île principale a en effet subi d’importantes destructions durant la bataille d’Okinawa. Et en-dehors de quelques îlots remarquablement préservés (comme le quartier de Shuri, dont je vous parlerai dans un prochain article), la ville n’a guère de charme pour les amoureux de folklore.

Cette introduction pourrait laisser penser que je n’ai pas aimé Naha, mais il n’en est rien. Je garde un excellent souvenir de cette ville que j’ai découvert en mai 2024, et dont j’aurai l’occasion de vous reparler dans de futures publications. La ville est chaleureuse, animée, colorée. Pour autant, j’admets que je me suis sentie un peu déroutée à mon arrivée sur place. Pour mon tout premier séjour dans cette partie du Japon, j’avais en effet très envie de découvrir le visage traditionnel d’Okinawa.
C’est ainsi que je me suis rendue à Ryukyu Mura, petit village-musée aux allures de parc d’attractions, situé à environ 1h15 en bus du centre de Naha. Je vous raconte ma visite, par une belle journée ensoleillée.
Ryukyu mura, le village architectural de l’île d’Okinawa
Au Japon, il n’est pas rare de croiser des villages architecturaux créés pour rassembler et préserver d’anciennes demeures historiques. Je vous ai déjà parlé sur ce blog du Gasshô zukuri Minkaen de Shirakawago, ou encore de Hida no Sato à Takayama par exemple. Ces villages-musées sont conçus pour recréer l’atmosphère du Japon d’autrefois, tout en donnant à des édifices anciens, parfois menacés, une seconde vie au contact du public.
À la découverte de l’architecture traditionnelle d’Okinawa
Ryukyu Mura fait partie de ces lieux qui invitent à remonter le temps. Ici, la plupart des bâtiments sont classés Biens culturels nationaux et datent de l’ère Meiji (1868-1912). Il s’agit principalement de maisons ordinaires, mais on y trouve aussi quelques structures agricoles. Le village se dresse au cœur d’une jungle verdoyante dominée par de hauts palmiers et autres figuiers des banians. Ce décor témoigne de l’importance de la nature dans le mode de vie traditionnel des îles Ryûkyû.




À Okinawa, le bâtiment principal des maisons traditionnelles se nomme ufuya. Totalement ouvert vers l’extérieur, l’ufuya ne dispose pas d’entrée spécifique. On accède donc à l’intérieur de l’habitation par la cour, en passant sous l’amahaji, un avant-toit destiné à protéger la demeure du soleil ou de la pluie.





Les toits des maisons sont quant à eux recouverts de tuiles rouges fixées avec de l’enduit, afin de résister aux typhons qui sévissent régulièrement dans la région. Partout, des shisa en terre cuite montent la garde. Ces créatures mi-lion mi-chien, inspirées par les komainu venus de Chine, sont les protectrices du foyer. Elles forment généralement une paire. À droite, le mâle, gueule ouverte, fait fuir les mauvais esprits, tandis qu’à gauche, la femelle retient le bonheur dans sa gueule fermée. On peut croiser des shisa partout à Okinawa, y compris à Naha où ils font figure de mascottes dans les magasins de souvenirs.

J’ai beaucoup apprécié ma visite de Ryukyu mura. En tout, le village compte une dizaine de maisons anciennes. On y trouve aussi d’autres curiosités, comme cette élégante porte bordant un plan d’eau peuplé de libellules.


Buffle d’eau, crêpes pôpô et papillons
L’un des espaces les plus intrigants de Ryukyu mura est la petite raffinerie de sucre traditionnelle ou Sâtâyâ, située au sud du site. Fonctionnant grâce à la traction animale, elle servait autrefois à produire du sucre roux. Aujourd’hui, l’outil n’est utilisé qu’occasionnellement, et je n’ai malheureusement pas pu le voir en action. J’ai cependant croisé le paisible buffle d’eau du village, occupé à somnoler dans son enclos ombragé.



Le sucre roux est l’une des grandes spécialités d’Okinawa. Cet ingrédient entre notamment dans la composition des beignets sâtâ andâgî, ou encore des crêpes pôpô. Si vous visitez Ryukyu Mura, ne manquez pas de goûter à ces dernières !

Autre spot étonnant, le jardin des papillons est une spacieuse volière consacrée à l’ogomadara, la plus grande espèce de papillon du Japon. Aussi surnommé « la dame des tropiques », l’animal se caractérise par le splendide motif noir et blanc présent sur ses ailes duveteuses. Mais le plus fascinant est l’aspect de son cocon, d’un jaune doré tacheté de noir. On peut en observer de très près lors de la visite, mais attention : il faut bien-sûr éviter d’y toucher ! Les papillons sont quant à eux réputés très sociables, et avec un peu de chance, l’un d’eux viendra peut-être se poser sur votre main…


À la découvertes des patrimoines immatériels d’Okinawa
Outre l’architecture, Ryukyu Mura est un lieu très apprécié à Okinawa pour ses spectacles de danse et ses démonstrations d’artisanat. On peut notamment y assister à des représentations de danse eisa tout au long de l’année.
Eisa et yotsutake, les danses typiques d’Okinawa
La danse Eisa, pratiquée durant les festivités d’Obon (en août), fait partie des traditions festives les plus représentatives d’Okinawa. Chaque année en octobre se tient également à Naha la 10 000 Eisa Dancers Parade, qui investit la rue commerçante Kokusai dori. À Ryukyu mura, le spectacle a lieu sur la place centrale du village en semaine, ou dans un théâtre de plus grande capacité les week-ends.



Je vous avoue que j’ai été frappée par le dynamisme des danseurs, qui manipulent leurs taiko avec dextérité. Les mouvements, amples et puissants, donnent une énergie plutôt « masculine » à la danse, bien que de plusieurs femmes soient présentes dans la troupe. À chaque coup de tambour, ce n’est pas seulement le bras mais l’ensemble du corps qui se met en mouvement. « Eisa, Eisa ! » crient les danseurs, tandis qu’en arrière-plan, un chanteur entonne des chants traditionnels au son du sanshin (une guitare à trois cordes typique des îles Ryûkyû).

Quelques danseurs sans tambours participent également au spectacle, effectuant de lents et gracieux mouvements de main au rythme de la musique. L’un des solos mettait notamment en scène une danseuse portant un kimono en tissu bingata et un chapeau hanagasa, en forme de fleur. Cette tenue est associée à la pratique du yotsutake, une danse classique d’Okinawa.



La représentation se termine par une dernière danse appelée kachâshî. Les danseurs et le public se mêlent alors, agitant leurs mains au-dessus de leurs têtes au rythme de la musique.
Les textiles d’Okinawa
Parmi les autres démonstrations auxquelles j’ai assisté lors de ma visite, la fabrication de textiles kasuri m’a également beaucoup intéressé. J’ai déjà évoqué cet artisanat dans mon article consacré à Kurayoshi. À Ryukyu mura, les métiers à tisser en bois sont exposés dans l’une des anciennes demeures du village.



Le kasuri est un artisanat très représentatif d’Okinawa. À Ishigaki par exemple, on peut se procurer des belles pièces de textiles Yaeyama Minsâ aux couleurs chatoyantes. Sur l’île principale d’Okinawa, c’est le ryûkyû kasuri, né dans le bourg de Haebaru, qui est particulièrement célèbre et apprécié. Ces deux types de kasuri peuvent être découverts à Ryukyu mura.

Je ne pouvais pas terminer cet article sans mentionner, enfin, le bingata. Cette technique de peinture sur tissu, qui remonte à l’ancien royaume de Ryûkyû, est indissociable d’Okinawa. Malheureusement, elle est aujourd’hui menacée de disparition. Les motifs bingata, très limités dans leurs variations, sont faciles à reconnaître. La couleur jaune vif des kimono que l’on peut croiser (et même porter) à Ryukyu mura était autrefois réservée à la famille royale de l’archipel.
En conclusion
Je ne vous ai parlé ici que des démonstrations auxquelles j’ai assisté lors de ma visite à Ryukyu mura, mais il est également possible de participer à d’autres activités sur place, notamment des ateliers de peinture sur Shisa ou de création de bijoux. Dans le grand bâtiment situé à l’entrée se trouvent plusieurs boutiques, ainsi qu’un magasin de location de bingata pour vivre l’expérience ryûkyûan à 100%.


En conclusion, vous l’aurez compris, j’ai beaucoup apprécié mon excursion à Ryukyu mura. L’endroit n’est pas immense (comptez une demi-journée de visite) mais propose une large variété d’expériences autour de la culture traditionnelle d’Okinawa. Si en plus vous voyagez avec des enfants, nul doute que le village plaira à toute la famille.
PLUS D’INFORMATIONS
ryukyumura.co.jp
Comment se rendre au village folklorique Ryukyu Mura ?
Visiter le village folklorique Ryukyu Mura en bus
- Ryûkyû bus n°120 depuis le centre de Naha (environ 1h15 de trajet si vous montez à bord dans le quartier de Matsuyama)
Accessibilité PMR
Ryukyu mura est accessible aux personnes à mobilité réduite. Le parking principal comporte 4 places réservées aux PMR, tandis que des fauteuils roulants sont disponibles à l’entrée. Le site possède également des toilettes polyvalentes.
Mise à jour : novembre 2025




