Hiroshima

Le temple Daisho in

Cap sur le temple Daisho in, situé sur les flancs du mont Misen. Après une agréable découverte du sanctuaire Itsukushima et de son célèbre torii flottant, il est temps de quitter le bord de mer pour s’enfoncer à l’intérieur de l’île de Miyajima, et prendre de la hauteur.

J’avais beaucoup entendu parler de ce lieu, réputé pour être l’un des plus beaux temples bouddhistes de la préfecture d’Hiroshima, peut-être même du Japon. Ce qui n’empêche pas de nombreux voyageurs de passer complètement à côté lors de leur excursion ! Il faut dire que le temple Daisho in se situe un peu à l’écart de la zone touristique et du chemin menant au sommet du mont Misen, à environ de 10 minutes à pied de la sortie d’Itsukushima-jinja. On y accède en traversant les calmes rues d’un quartier résidentiel, ainsi qu’un petit pont enjambant un torrent.

La porte principale, appelée porte Nyomon, est marquée par un large escalier de pierre. Après l’avoir franchie, on se retrouve face à un « escalier d’la mort ». Sa rampe centrale est ornée de moulins à prières dorés : les 600 volumes des sutra du Dai-Hannyako. Un moine chinois nommé Sanzo les aurait ramené d’Inde. Les fidèles les font tourner pendant leur ascension, pour s’attirer la bonne fortune.

Les gardiens du temple Daisho in

Sur la gauche, un chemin verdoyant, plus secret, offre une autre expérience. Celle de  grimper le long d’un escalier de pierre sinueux, parmi les 500 statues rakan. Ces dernières représentent les disciples du bouddha (Shaka Nyorai en japonais). C’est l’itinéraire que j’ai choisi lors de ma visite.

De part et d’autre des marches, les petites silhouettes grises sont assises, dans des postures sereines ou nonchalantes. En ce mois de novembre, la plupart d’entre elles arborent leur parure hivernale. Bonnets colorés et écharpes de laine, confectionnés avec ferveur, apportent une touche de chaleur à ce décor minéral.

Esthétiquement, le sculpteur s’en est donné à cœur joie ! Vieillards ridés, moines joufflus ou maigrichons, moues rieuses, méditatives, sérieuses ou grimaçantes… Chaque statue est unique, avec sa personnalité propre. Contrairement aux jizô à l’apparence juvénile, les disciples de Shaka Nyorai brassent tous les âges de la vie. C’est un vrai plaisir d’observer les détails de chacun de leurs visages : leurs expressions sont parfois très drôles ! J’en ai même trouvé un qui ressemble trait pour trait à ma grand-mère (ahaha).

En parlant de jizô, on en croise aussi de très nombreux à Daisho in, dans des postures parfois acrobatiques… et toujours chaudement vêtus. Je ne sais pas exactement combien de statues (et statuettes) abrite le temple Daisho in. Le site officiel de Miyajima en recense « entre 2500 et 3000 », disséminées dans l’ensemble du complexe. Je suis donc loin d’avoir tout vu !

Le plus ancien temple de Miyajima

L’ascension se poursuit ensuite jusqu’à la cloche du temple, que les fidèles peuvent actionner, le temps d’une unique prière (il est mal vu de faire sonner la cloche plusieurs fois). Après quoi, on entre enfin dans l’enceinte proprement dite.

C’est ici que l’on prend conscience de la beauté du temple Daisho in, véritable bijou niché sur les hauteurs, dans un magnifique écrin de forêt. L’automne est vraiment la saison idéale pour en profiter !

Le temple Daisho in est un complexe bouddhiste de la secte Shingon, tout comme le temple Mitaki dera d’Hiroshima par exemple. Son histoire remonte à l’an 806, avec la fondation des premiers pavillons construits sur le mont Misen. Le Reikado (visible lors de l’ascension) fait donc partie de cet ensemble. Il s’agit du pavillon abritant le Feu Éternel (kiezu no hi), qui brûlerait depuis 1200 ans et alimente notamment la Flamme du Parc du Mémorial de la Paix à Hiroshima.

Ferveur spirituelle au temple Daisho in

D’emblée, j’ai été touchée par la ferveur ambiante. Même si ça ne se voit pas spécialement sur les photos, il y avait beaucoup de monde le jour de mon passage. Ce dernier coïncidait avec Hiwatari Shiki, la cérémonie de la traversée du feu, qui a lieu deux fois par an à Miyajima (le 15 avril et le 15 novembre).

Les fidèles étaient si nombreux qu’il m’a fallu un temps fou pour récupérer le goshuin du temple ! J’ai dû laisser mon goshuin-cho au guichet en échange d’un petit jeton numéroté, et venir le récupérer à la fin de la visite.

La prière dans un temple bouddhiste est assez similaire celle pratiquée dans les sanctuaires shinto. À un détail près : on ne tape pas dans les mains pour attirer l’attention des divinités. Les temples bouddhistes disposent aussi, très souvent, de gros chapelets de prière que l’on actionne en priant. L’offrande typique est l’encens, aux vertus purificatrices. On y trouve également des omikuji (prédictions) et ema (tablettes votives), tout comme dans les sanctuaires shinto.

Hiwatari Shiki, la cérémonie de traversée du feu

Hiwatari-shiki démarre vers 11h, lorsque les moines rejoignent le honden (bâtiment principal) pour une première cérémonie devant l’autel. Les voir traverser la cour dans leur tenue rituelle et entendre leurs chants graves raisonner à travers le temple reste pour moi un souvenir des plus marquants.

Une fois la cérémonie terminée, tout le monde se rassemble autour du bûcher de branches de cyprès, au milieu de la cour. Les sept flèches plantées à son sommet sont alors tirées vers le ciel, et les fidèles sont invités à les attraper. Le bûcher est finalement allumé vers 13h, avec la flamme du Feu Éternel. Il produit une épaisse fumée blanche, visible de loin. Ses braises formeront, une heure plus tard, l’étendue rougeoyante sur laquelle moines et fidèles marcheront pieds nus, en chantant.

Je n’ai malheureusement pas pu assister à l’intégralité de cette cérémonie. Mais j’ai quand-même pris le temps de grignoter sur place. Un bento contenant quelques onigiri agrémentés d’herbes sauvages était en effet offert aux participants, ainsi qu’un thé aux 16 plantes médicinales. 

En milieu d’après-midi, j’ai croisé quelques fidèles quittant le temple pour rejoindre le ferry. La plupart tenaient une branche de cyprès à la main. J’imagine qu’elles sont distribuées pendant la cérémonie, mais je n’en sais pas plus…

Vous l’aurez sans doute deviné : le temple Daisho in est un autre de mes coups de coeur à Miyajima. Avec Mitaki dera et Kunenan, c’est pour moi l’un des spots japonais les plus remarquables pour profiter du koyo. Avec vue sur la mer en prime.

Horaires : Ouvert de 8h à 17h

Mise à jour : septembre 2020

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