Hiroshima

Le parc de la Paix à Hiroshima

Le parc de la Paix à Hiroshima est une escale incontournable, à la fois touchante et terriblement impressionnante par sa monumentalité. On ne ressort pas indemne de la visite de ce site, qui évoque l’un des épisodes les plus dramatiques de la Seconde Guerre mondiale.

Dimanche dernier, j’ai visionné pour la première fois le film d’animation de Sunao Katabuchi, « Dans un recoin de ce monde ». Une oeuvre bouleversante, que je vous recommande chaudement, et qui m’a replongée dans l’émotion de mon voyage à Hiroshima. Ce film m’a donné envie d’aborder avec vous le thème de la bombe atomique et des lieux de mémoire qui lui sont associés. 

Le film débute donc à Hiroshima, quelques années avant l’explosion de la première bombe A, surnommée Little Boy. La reconstitution du quartier de l’actuel Parc de la Paix en 1933 (et bien-sûr du dôme de Genbaku avant sa destruction) m’a donné des frissons! Je me revois face au dôme, puis longer la rivière Motoyasu (à droite sur l’image) jusqu’au pont menant au parc.

C’est déjà très étrange de pouvoir se projeter avec autant de précision dans le décor d’un film d’animation. Mais ce sentiment est décuplé quand on mesure l’ampleur de la tragédie humaine qui s’est réellement jouée dans ces lieux, le 6 août 1945. Un pèlerinage incontournable, qui ne laisse pas indemne.

Le dôme de Genbaku

4/5

La visite du Parc de la Paix passe immanquablement par le dôme de Genbaku, seul bâtiment rescapé de l’explosion de la bombe atomique. Un vrai miracle, quand on sait que l’hypocentre se trouvait à quelques pâtés de maisons seulement ! Le jour de ma visite, le tramway m’a déposée à deux pas du dôme, et j’ai passé un long moment à en contempler les ruines, envahie par une foule d’émotions.

L’architecture occidentale du bâtiment soulève beaucoup de questions au visiteur curieux. Bâti en 1914 par l’architecte tchèque Jan Letzel, il abritait originellement le Hall de l’exposition Commerciale de la ville, avant de devenir le Hall de la promotion des Industries de la Préfecture d’Hiroshima en 1933. Au moment de l’explosion, le 6 août 1945, le dôme abrite surtout des bureaux d’entreprises.

Inscrit en 1996 au patrimoine mondial de l’UNESCO, à titre exceptionnel compte tenu de sa symbolique puissante, le dôme a été conservé en l’état, c’est-à-dire jamais restauré (à part l’ajout de quelques armatures de métal pour le stabiliser). Même les décombres au sol ont été conservés.

Promenade dans les allées du parc de la Paix à Hiroshima

5/5

Ouvert en avril 1954, le parc du Mémorial de la Paix occupe une superficie de 122 100 m2, en plein centre d’Hiroshima. Une fois le Motoyasu Bridge traversé, la visite commence par le Monument de la Paix des Enfants érigé en mémoire des milliers d’enfants décédés durant l’explosion.

Sadako Sasaki et la légende des mille grues

Ce petit monument de granit fut inauguré le 5 mai 1958, le jour de Kodomo no Hi (la fête des enfants au Japon). Il abrite une cloche, dont le carillon de bronze représente une grue en papier (ou orizuru). Il est surplombé d’une statue à l’effigie de Sadako Sasaki.

Décédée d’une leucémie causée par les radiations, Sadako est considérée comme une véritable icône internationale de la Paix. Rescapée de l’explosion à l’âge de 2 ans, elle développe un cancer tardivement, comme de nombreux autres survivants. Tandis qu’elle lutte contre la maladie, la fillette entend parler de la Légende des mille grues: celui qui parvient à plier mille grues de papier verra son voeu exaucé. Dans l’espoir de guérir, elle se lance alors avec détermination dans la confection de 644 orizuru, mais meurt avant d’avoir atteint son objectif, le 25 octobre 1955, à l’âge de douze ans.

Tous les jeunes japonais connaissent l’histoire de Sadako Sasaki. Le Monument de la Paix des Enfants fut d’ailleurs financé par une campagne de dons menée par des écoliers… parmi lesquels les propres camarades de classe de la jeune fille. À la base de l’édifice, un message universel :

« Ceci est notre cri. Ceci est notre prière. Pour construire la paix dans le monde. »

Aujourd’hui, le parc du Mémorial de la Paix abrite des milliers d’orizuru, confectionnés par des enfants du monde entier. Un symbole qui a largement dépassé les frontières.

Un message de paix pour les générations futures

Au-delà de ses monuments pris isolément, la conception globale du Parc de la Paix est vraiment remarquable. Du Dôme de Genbaku au Musée du mémorial se dessine un axe, une perspective qui croise deux autres édifices à la symbolique puissante : la Flamme de la Paix, conçue par l’artiste Kenzô Tange, et le Cénotaphe du parc de la Paix.

Allumée pour la première fois le 1er août 1964, la Flamme de la Paix symbolise le rejet des armes atomiques : elle brûlera jusqu’à ce que le nucléaire militaire soit totalement éradiqué à travers le monde.

Le cénotaphe, quant à lui, date de 1952. A l’origine construit en béton, il a été remplacé en 1985 par une arche en granit, plus résistante. Un cénotaphe est un tombeau (ici celui de toutes les victimes de la bombe) qui ne contient pas de corps. On peut y lire l’inscription « Repose en paix, car nous ne répéterons pas l’erreur », mais cette traduction n’est pas totalement juste : le sujet de la phrase n’est pas explicite dans la version originale, si bien que l’épitaphe suscita une polémique, certains lui reprochant de ne pas désigner clairement le(s) responsable(s) de la catastrophe. Mais n’est-ce pas mieux ainsi ? Le flou, volontaire, laisse chacun libre de son interprétation.

Spontanément, j’ai employé « nous », car mon opinion est qu’il y a dans le drame d’Hiroshima une responsabilité humaine collective. Mais certains ne seront peut-être pas du même avis. Et c’est très bien comme ça…

Horaires : Ouvert 24h/24

Tarif : Entrée gratuite

Mise à jour : mai 2020

Le Musée du Mémorial de la Paix

4/5

Nous voilà arrivés au moment le plus difficile de cette journée, en tout cas à mes yeux : la visite du Musée du Mémorial de la Paix d’Hiroshima, qui m’a profondément bouleversée. Je l’ai vécu comme une confrontation directe (et violente) avec la réalité de la guerre, dans ce qu’elle a de plus insoutenable.

Le Musée s’étend sur deux bâtiments : le bâtiment Est (qui traite du contexte historique et géopolitique, ainsi que de l’atomisation en tant qu’acte de guerre) et le bâtiment Central (dédié plus spécifiquement à la destruction d’Hiroshima). Je n’ai visité que le bâtiment Est, mais j’espère revenir un jour pour visiter le reste de l’exposition, si j’en ai l’occasion… et le courage !^^

Difficile de trouver les mots justes à vrai dire : entre les photos d’archives qui témoignent de la brutalité du drame, la simulation hypnotique du parcours de la bombe, les panneaux explicatifs très denses et les objets d’époque (comme ce tricycle calciné exposé en vitrine), l’émotion est omniprésente. Paradoxalement, la froideur contemporaine du bâtiment crée une distance salutaire. Ce n’est pas quelque chose que j’apprécie pourtant, en général.

Si vous souhaitez faire le tour du musée, prévoyez une bonne heure pour le bâtiment Est, et j’imagine au moins autant pour le bâtiment Central.

Horaires : 

  • De mars à juillet et de septembre à novembre : de 8h30 à 18h
  • Août : de 8h30 à 19h (fermeture exceptionnelle à 20h les 5 et 6 août)
  • De décembre à février : de 8h30 à 17h (fermé les 30 et 31 décembre)
Dernière entrée 30 min avant la fermeture

Tarifs : ¥200 par adulte, ¥100 par enfant

Plus d’informations sur www.hpmmuseum.jp

Mise à jour : mai 2020

L’hypocentre

1/5

La visite du Musée du Mémorial de la Paix répond à de nombreuses interrogations. L’une d’elle me taraudait particulièrement: quelle trace visible peut bien laisser une bombe atomique au moment de l’impact?

Depuis l’enfance, sans avoir vraiment songé à creuser la question, j’imaginais un immense cratère, semblable à ceux laissés par les obus de la Première Guerre Mondiale. Un cratère comme il en reste énormément dans ma région natale… mais en plus gigantesque bien-sûr ! Bien évidemment, il n’en est rien. C’est en plein ciel, à environ 600m du sol, que Little Boy a explosé, provoquant une onde de choc dévastatrice. Pas de cratère donc. Et pas de glorieux mémorial non plus.

Alors qu’à Nagasaki, l’emplacement de l’hypocentre est marqué par un imposant monument (autour duquel des cercles concentriques, tracés au sol, suggèrent la force de l’onde de choc), l’hypocentre d’Hiroshima n’est signalé que par une petite plaque commémorative, adossée au mur d’un hôpital. J’avoue que sa discrétion m’a laissée perplexe. Il se situe dans une petite rue voisine du Dôme de Genbaku.

10 Comments

  • Hachi

    Je comprends très ben ton etat d'esprit parce que c'est le même que j'eprouvé quand je suis été moi aussi à Hiroshima. Plusieurs emotions et la certitude que on devrait rendre obbligatoire pour tout le monde d'y aller, pour comprendere à quel point l'homme peut être mechant. Merci pour ton post.
    ^3^

  • Yoyo

    Merci point cette balade Céci! Je lis ce post alors que je viens tout juste de me lever… bonne idée? Je suis entièrement d'accord avec toi sur cette question de devoir et c'est pour cela que j'ai très envie d'y aller. En plus, j'aime vraiment beaucoup l'histoire de sadako sasaki et de la légende au 1000 grues. Elle est peut être triste mais elle est aussi merveilleuse. Je devrais mis mettre moi aussi… une grues par jour, aller hop! Le lancé d'orizuru m'attire beaucoup aussi… décidément, cet endroit est à ajouter sur ma liste! Merci pour la découverte!

  • Lune

    Bonjour Céci.Tu as fait du bon travail.

    A l'heure où les grands de ce monde ne pensent qu'à s'armer de l'arme nucléaire, entre autres, cette petite flamme brûle toujours, jusqu'à ce que l'arme nucléaire militaire soit éradiquée de partout dans le monde.

    L'être humain a la fâcheuse manie d'oublier ses bêtises et à les répéter.

    La guerre est toujours d'actualité quelque part dans le monde et personne en est à l'abri. La Paix est précieuse et à chérir à chaque instant.

    Les plus faibles en sont toujours les victimes et il n'y a pas de guerre juste, n'est-ce pas?

    Je t'embrasse fort et je te remercie de nous avoir montré ce symbole universel en faveur de la Paix et avoir partagé avec nous ton sentiment.

  • セシリア Céci

    C'est vrai que ça fait réfléchir, quand on imagine tant de civils sacrifiés… Je ne sais pas s'il faudrait rendre la visite obligatoire (ça fait loin Hiroshima), mais il faut que la mémoire continue d'être honorée partout dans le monde. Pas besoin d'aller jusqu'à Hiroshima pour toucher du doigt les horreurs de la guerre après-tout : dans le Nord de la France où je vis, nous avons beaucoup de sites liés à la Première Guerre Mondiale qui ont de quoi faire réfléchir.

  • セシリア Céci

    En écoutant l'histoire de Sadako, je me suis dit que finalement, bien qu'elle soit décédée, son vœu a tout de même été exaucé : elle est devenue immortelle. Son souvenir continuera d'être honoré dans le monde entier, peut-être pour toujours. Elle est devenue un symbole de paix universel.

  • セシリア Céci

    Merci beaucoup pour ce commentaire Lune. Oui je suis d'accord, il faut des lieux comme celui-ci pour que personne n'oublie de quoi l'Être Humain est capable, et il est important de s'y rendre quand on en a l'occasion, ne pas fermer les yeux sur cette réalité, aussi atroce soit-elle. Car sinon, l'Histoire pourrait bien se répéter, avec toujours en tribut des innocents broyés dans la machine.

  • Cécile

    Merci pour cette balade "historique" qui vaut la peine d'être faite ; le devoir de mémoire encore et toujours… Tes photos sont très jolies aussi.
    J'aime beaucoup le concept de lâcher d'orizuru.

  • KB

    Whoaw !…Super article, on ressent beaucoup d'humilité à la lecture. L'histoire de Sadako est magnifique, elle me fait pensé à ces récits émouvant qu'on retrouve dans certains manga. Sauf qu'il s'agit de la réalité ! Je voulais également savoir, quelles sont les réactions des habitants lorsqu'il s'agit de politique américaine ? Sont ils réfractaires à tout dialogue ou font ils la part des choses entre le passé, le présent, les américains et les politiques ?

  • セシリア Céci

    Merci Cécile 🙂 Effectivement le devoir de mémoire est vraiment important pour moi, je ne me voyais pas visiter Hiroshima sans aller dans ce lieu, même si je savais qu'il me toucherait (je suis une véritable éponge). Je confirme : le lâcher d'orizuru est une idée sympa, qui donne le sentiment de laisser une petite trace derrière soi. Ça participe à l'attachement que procure ce lieu je trouve.

  • セシリア Céci

    Merci KB 🙂
    Mmmh, ta question est difficile pour moi, je ne vis pas au Japon. Je peux juste te dire ce que j'ai ressenti au moment de ma visite, en tant que touriste, et ce qui m'a marqué.

    Lors de mon passage, je n'ai pas ressenti de rancoeur de la part des Japonais à l'encontre des Américains, en tout cas pas dans la manière dont les choses ont été mises en scène au Mémorial du Parc de la Paix. C'était plutôt une mélancolie dans l'air, une tristesse profonde, sincère. On ressent une volonté d'universaliser les choses. La catastrophe, avant d'être purement américaine, est une conséquence de la guerre et des travers profonds de la nature humaine. C'est un peu ce que le message ambigu sur le cénotaphe signifie il me semble : qui est responsable, dans le fond on s'en fout. Ce qui compte c'est de tirer les leçons de la catastrophe, et de ne jamais la répéter.

    Il y a comme une distance entre les informations décrites au musée (où il est question de géopolitique et de recherche scientifique, de choix stratégiques) et la réalité brute de la catastrophe.

    Après la Guerre, le Japon a été occupé par les Américains, a perdu son armée et a dû accepter avec humilité son destin de perdant. Ce qui brouille encore l'analyse, ce sont les liens profonds qui se sont tissés entre les deux pays durant cette période, et le fait que le Japon n'ait plus les moyens matériels de venger ses morts : elle a dû les accepter, en prenant de la hauteur sur l'émotion. Finalement, cette capacité à transcender les sentiments me semble très japonaise, tu ne crois pas ?

    Concernant la situation actuelle et la manière dont Trump a agi pendant la crise avec la Corée du Nord par exemple, j'ai noté parmi mes amis japonais une sorte de résignation, mais je ne saurais pas dire si c'est un sentiment général. Ma correspondante Noriko m'a parlé des alertes aux missiles, en me disant "de toute façon, si un missile s'écrase, on ne peut rien y faire". Elle a raison, mais je trouve aussi cette réponse terriblement fataliste.

    Voilà pour mon ressenti sur la question, en espérant que cela t'apporte quelques réponses.

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