Saga

Kunenan, le spot automnal de Saga

Kunenan est un site méconnu des touristes occidentaux, bien que très fréquenté par les japonais pendant la saison des momiji. Plantons le décor : nous voici à Saga, la plus petite préfecture du Japon… et aussi l’une des plus rurales.

Ça tombe bien : depuis mon passage à Tottori, je suis tombée follement amoureuse de la campagne japonaise ! Situé à Kanzaki, une bourgade d’à peine 16 000 habitants, Kunenan est un spot surprenant à bien des égards.

Une petite histoire de Kunenan, « l’ermitage de neuf ans »

Ce domaine bâti dans la montagne était autrefois la propriété d’un riche homme d’affaires, Itami Yataro. Il le fit construire au début du 20e siècle. Le nom Kunenan (九年庵) signifie littéralement « ermitage de neuf ans ». Une référence à la durée de sa construction, qui s’étala sur 9 années à partir de 1900, sous la direction d’Hotori Osho. Ce dernier officiait comme grand prêtre au sein du temple Seigyo-ji de Kurume, la ville voisine. Il était, par ailleurs, très réputé pour ses talents de paysagiste.

Hotori Osho avait une spécialité : la technique du shakkei (借景) ou « emprunt de paysage ». Cette dernière consiste à intégrer un paysage préexistant (en l’occurence, le panorama sur la plaine de Chikushi) dans la composition d’un jardin. Ce dernier semble alors infiniment plus vaste qu’il ne l’est en réalité ! Ingénieux, non ?

Yataro étant une homme très riche, il fit de Kunenan sa résidence secondaire, un lieu de retraite idéal pour se ressourcer et profiter du koyo (la contemplation des érables à l’automne). Aujourd’hui, Kunenan est la propriété du gouvernement préfectoral de Saga, qui ne l’ouvre au public qu’en de rares occasions. Autrement dit 9 jours par an, pendant le pic de coloration des momiji.

Kunenan, spot automnal d’exception

Pour en revenir au koyo, je vous avoue que Kunenan reste mon spot favori de ce troisième voyage, et de très loin.

Sous les érables de Kunenan

Au cours de mes 3 semaines de pérégrinations, entre Hiroshima et le nord de Kyushu, j’ai souvent croisé des momiji encore verts ou, a contrario, trop « mûrs », les feuilles quasiment mortes, sèches et cassantes. À Kunenan, le timing était parfait : la majorité des arbres arboraient des couleurs vives, d’un rouge à couper le souffle. Photos garanties sans retouches !

L’enceinte du domaine comptant plus de 130 érables, les visiteurs (japonais dans leur écrasante majorité) viennent de très loin pour profiter du spectacle. Des navettes en bus depuis Fukuoka sont notamment mises en place pour l’occasion.

Une visite pleine de charme

Coup de chance : il faisait un temps absolument exceptionnel lors de mon passage, pourtant programmé de longue date. Je ne savais plus où donner de la tête, un pur bonheur.

Concrètement, la balade (relativement courte) suit un chemin sur pilotis conçu de façon a préserver les mousses, très vulnérables au piétinement. Du coup tout le monde se suit en fil indienne, et il n’est pas facile de s’arrêter longtemps sans gêner les autres. Seule exception : les alentours du pavillon de thé, qui offre une halte très pittoresque, en milieu de parcours. Pour information, il s’agit d’un pavillon de style sukiya zukuri, assez rare dans le sud du Japon paraît-il. Avec ses portes coulissantes et son toit de chaume, ce joli bâtiment s’intègre parfaitement dans son environnement.

Ambiance festive à la campagne

La visite de Kunenan en lui-même ne dure pas très longtemps. Mais fort heureusement, d’autres activités vous attendent à proximité.

Street food automnale et omiyage

En période d’ouverture, échoppes ambulantes et stands de street food automnale jalonnent le parcours menant de l’arrêt de bus à l’entrée du domaine (environ 10 minutes à pied). De quoi faire le plein d’omiyage (souvenirs de voyage).

Les exposants étant principalement des artisans ou des agriculteurs, j’en ai profité pour m’acheter quelques produits locaux. Côté street food, on trouvait surtout des recettes de saison : marrons chauds, brochettes de fruits… Mais il y avait aussi des stands plus mainstream, avec poulet karaage, okonomiyaki…

Si l’entrée de Kunenan donne sur une rue très animée, la sortie vous emmènera tout près du sanctuaire Niiyama, lui aussi paré de ses plus belles couleurs. Un peu plus loin, vous croiserez également un petit temple bouddhiste, le Jizoin. Ce dernier est particulièrement photogénique, avec son grand parasol rouge et ses statues très élégantes.

La maison de Genboku Ito

Dernière halte à ne pas manquer : la maison natale de Genboku Ito, célèbre médecin du début de l’ère Meiji (fin du 19e siècle). Originaire de Kanzaki, il fut le premier à introduire la médecine occidentale au Japon, et notamment le vaccin contre la variole. On lui doit aussi la fondation de l’Académie de Médecine Occidentale de Kanda, à Tokyo.

Genboku Ito vécut dans cette maison jusqu’à l’âge de 21 ans. Lors de ma visite, l’endroit était accessible librement. Je m’y suis donc arrêtée sans trop comprendre de quoi il s’agissait (tous les dépliants étant en japonais). L’endroit se visite assez rapidement, mais a beaucoup de charme. Je vous recommande donc de vous y attarder, pour une courte halte… sous les érables évidemment.

I ❤︎ Kanzaki

D’un façon générale, j’éprouve pour Kanzaki (et le quartier Niiyama en particulier) une véritable tendresse. C’est pour découvrir ce genre d’endroits que j’aime voyager au Japon.

En quittant les environs de Kunenan pour prendre une navette vers le parc Yoshinogari, je me suis attardée un moment sur le pont qui surplombe la rivière toute proche. Le paysage, entre montagnes, forêt, ciel bleu et torrent, était aussi magnifique qu’apaisant.

Vous l’aurez compris, Kunenan est un autre coup de coeur. La « fenêtre de tir » n’étant que de 9 jours, je vous recommande de composer votre itinéraire en conséquence. Vous serez ainsi sûr(e) d’avoir le bon timing.

Si vous souhaitez profiter de votre passage à Kanzaki pour visiter le parc Yoshinogari, sachez que des navettes reliant Kunenan au parc sont également accessibles. De quoi se programmer une journée bien remplie !

Accès : Il est possible de rejoindre Kunenan en train depuis Hakata, en empruntant la JR Kagoshima Line jusqu’à Tosu, puis la JR Sasebo Line jusqu’à Kanzaki. Un itinéraire parmi d’autres, le shinkansen pouvant également vous déposer à Shin-Tosu, si vous disposez du JR Pass. Une fois arrivé en gare de Kanzaki, prenez la sortie sud. En période d’ouverture, une navette spéciale assure la liaison entre la gare et Niiyamajinja (仁比山神社).

Horaires : Ouvert chaque année pendant 9 jours, du 15 au 23 novembre, de 8h30 à 16h.

Tarifs : ¥300 par personne, à régler en espèces dans une petite billetterie éphémère, située sous un chapiteau proche de l’entrée du jardin.

Plus d’informations sur www.kanzaki.sagan.jp

Mise à jour : mai 2020

11 commentaires

  • Mag

    *_* Ok, quand tu parles de coup de cœur t'y vas pas à moitié ^^ C'est magnifique ! Merci pour la balade 😀
    Les photos sur le pont sont magnifiques, tout comme celles des échoppes… (et toutes celles de l'article ^^).
    Bon et puis vu que j'ai pris du retard : Bonne année ! Plein de joie et de beaux projets…
    Moi je m'en vais rattraper tout mon retard 😀

  • Cécile

    Merci pour la virée du dimanche après-midi en ta compagnie et sous les érables 😉
    C'est vrai qu'on a du mal à croire qu'il n'y a pas de retouches tellement les couleurs sont écarlates. C'est vraiment splendide et magique quand on la chance de visiter un lieu au moment du peak de couleurs (à l'automne mais aussi au printemps).
    J'adore aussi les échoppes le long des chemins qui permettent de grignoter et de savourer des goûts locaux !
    J'attends la suite comme d'habitude !! MERCI

    • セシリアCéci

      Je t’en prie 🙂 C’est vrai que Kunenan est un souvenir très particulier pour moi : j’avais calculé une partie de mon itinéraire en fonction de la date d’ouverture (à deux jours près c’était mort), et quand j’ai vu la météo sublime, j’ai vraiment eu le sentiment d’avoir fait le bon choix, et d’être là où je devais être. Ce n’était pas évident à organiser non plus, car toute la communication autour de l’événement est faite pour les japonais, et pas nécessairement pour les étrangers. Du coup, me retrouver là-bas m’a donné le sentiment de vivre quelque chose de rare. Ça participe à l’attachement que j’ai pour ce lieu je crois.

  • Olivier - Japan kudasai

    Vraiment beau et avec les stands de street fois en plus, c'est un spot obligatoire. J aime avoir le ventre plein après une balade ��. Plus sérieusement, le parc est très joli mais vaut-il vraiment le coup au printemps s'il n'y a que des érables. Réponse : il fait y retourner pour en savoir plus �� !

  • Yoyo

    Wouha! Merci pour la petite balade! Vraiment chouette cet endroit!
    Mension spécial pour la photo prise à l'intérieur du pavillon! Absolument sublime! *o*
    Des produits locaux tu dis?… intéressant… dis m'en plus ;D
    Merci pour la découverte!

    • セシリアCéci

      Aha toujours aussi enthousiaste, ça fait plaisir ! 🙂 Pour les produits locaux, il s’agissait surtout de fruits et légumes, de thé aussi. Sans oublier des objets d’artisanat, comme les porcelaines que tu peux voir dans l’article, qui rappellent que la préfecture de Saga est très connue pour ses céramiques ! J’en reparlerai dans un prochain article, c’est promis ! 🙂

  • Lune

    Oh! Je ne l'avais pas encore lu celui là! Il est chaleureux à souhait par la narration et l'ambiance 🙂 Eh oui, tu as raison! Raconte comme tu le sens, indépendamment de la chrono! Merci pour toutes ces belles couleurs de l'automne japonais à la campagne ♡

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