Le sanctuaire Kushida-jinja, cœur spirituel de Fukuoka
Consacré à trois grandes divinités du panthéon shinto, Kushida-jinja se situe à dans le quartier de Hakata. Souvent considéré (à raison) comme l’un des plus beaux sanctuaires de la ville de Fukuoka, il est aussi le cœur du plus important matsuri local, le Hakata Gion Yamakasa.
Disons-le d’emblée, Kushida-jinja figure, à ce jour, dans la liste de mes sanctuaires favoris au Japon. L’endroit n’est pas immense, mais dégage un charme fou. Celui-ci se cache principalement dans les détails de son architecture, à la fois élégante et pittoresque.
Kushida-jinja, un lieu historique plein de charme
Si le plus vieux sanctuaire de Fukuoka est sans conteste Sumiyoshi-jinja, également à Hakata, Kushida-jinja n’en est pas moins l’un des plus anciens lieux de culte de la ville. Sa fondation remonterait à l’an 757. Il vénère trois divinités particulièrement importantes. Il s’agit d’Amaterasu (déesse du soleil), de Susanoo (dieu de la foudre) et d’Ôkuninushi (fils de Susanoo et kami de l’agriculture et de la médecine). J’ai déjà parlé de ce dernier lors de mon récit de voyage à Hakuto-jinja.
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Le cœur battant d’Hakata
Avant mon voyage à Fukuoka, j’avais déjà repéré Kushida-jinja, sans avoir d’attentes particulières. Ayant un faible pour les sanctuaires shinto, je m’attendais à passer un agréable moment sur place, mais c’est à peu près tout. Ce qui m’a plu d’emblée, c’est la chaleur de ce lieu, son caractère festif et populaire. De manière générale, j’ai toujours trouvé les sanctuaires beaucoup moins austères que les temples bouddhistes, au décor plus froid et minéral. Mais ici, ce contraste est particulièrement frappant car on sent que Kushida-jinja n’est pas une enclave déconnectée du reste de la ville. C’est, au contraire, un lieu qui reflète le caractère bien trempé d’Hakata.


La porte centrale, avec son énorme lanterne rouge, est l’entrée la plus impressionnante (et photogénique) du sanctuaire.





Elle donne sur une cour intérieure décorée d’arbres et de statues. Le bâtiment principal se trouve un peu plus loin, derrière une seconde porte. C’est un édifice magnifique, reconnaissable à son énorme shimenawa (corde rituelle, faite de paille). Il aurait été construit en 1585, avec la contribution de Toyotomi Hideyoshi.

Les curiosités de Kushida-jinja
Comme je l’expliquais dans mon article sur Usa Hachimangu, je souffre d’agoraphobie, l’angoisse des grands espaces vides. Or, Kushida-jinja est l’opposé d’Usa Hachimangu. Ni trop grand, ni trop petit, c’est un sanctuaire à taille humaine, qui concentre de nombreuses choses à voir dans un espace réduit. Le décor est foisonnant, on ne s’ennuie jamais.




Kushida-jinja abrite quelques curiosités particulièrement remarquables. On peut par exemple y croiser une boussole du zodiaque (dont je vous parlerai un peu plus loin), ainsi que des chikaraishi. Ces « rochers de la force », marqués du nom des lutteurs de sumo qui sont parvenus à les soulever, peuvent également être portés par les visiteurs qui souhaitent se mesurer aux plus grands champions.

À deux pas du bâtiment principal, Reisen Tsuru no Ido est une source qui jaillit du sol, considérée comme bénéfique pour la santé et la longévité. On peut boire son eau à la fontaine de pierre ornée de grues. Kushida-jinja possède également son propre alignement de torii vermillons, ainsi qu’un pan de mur ancien appelé Hakata bei. Ces murs typiques du quartier sont faits de terre, de pierres brûlées et de fragments de tuiles. Celui-ci proviendrait de la résidence d’un ancien notable d’Hakata, où il aurait résisté au vent et à la neige pendant plus de 380 ans.


Kushida-jinja, un lieu populaire et festif
À Fukuoka, Kushida-jinja est donc un lieu très populaire. Idéalement situé à mi-chemin des gares de Tenjin et Hakata, à deux pas du centre commercial Canal City, il est surtout le cœur de plusieurs grands événements annuels, chers au cœur des habitants.
Hakata Gion Yamakasa
Le plus important matsuri de la ville, Hakata Gion Yamakasa, est intimement lié à Kushida-jinja. Il a lieu chaque année, du 1er au 15 juillet. Durant ces deux semaines hautes en couleur, d’immenses chars baptisés Yamakasa (litt. « montagnes ornementales ») défilent dans les rues. « Osshoi, Osshoi ! », crient les participants. Ce son est tellement emblématique de la ville qu’il est désormais inscrit sur la liste des 100 paysages sonores du Japon.


À Kushida-jinja, l’un des chars portatifs est exposé en permanence dans une grande niche, située dans l’enceinte du sanctuaire. L’occasion d’admirer de près l’un de ces colosses, qui pèsent près d’une tonne et nécessitent jusqu’à 30 hommes pour être manœuvrés.
Setsubun à Kushida-jinja
L’autre événement annuel à ne pas manquer à Kushida-jinja est Setsubun, la fête qui célèbre le passage de l’hiver au printemps. Elle a lieu chaque année aux alentours du 3 février. Pour l’occasion, les trois entrées du sanctuaire sont ornées d’immenses visages en papier mâché (otafuku-men), mesurant jusqu’à 5m de haut. On entre dans l’enceinte de Kushida-jinja en traversant leur bouche. Je n’ai malheureusement pas pu y assister. Lors de mon passage, en novembre 2017, la seule référence à Setsubun étaient les adorables ema visibles dans le sanctuaire.

Pour les curieux, Setsubun est une fête très populaire partout dans l’archipel. Aussi appelée « fête du lancer de haricots », elle se pratique à la fois au sanctuaire et à la maison. La coutume du mame-maki consiste par exemple à lancer des haricots grillés par la fenêtre en criant « Oni wa soto ! Fuku wa uchi ! ». Cette phrase rituelle signifie littéralement, « les démons dehors, la chance dedans ». C’est également à l’occasion de Setsubun que l’on mange l’ehômaki, un long maki non découpé. Ce dernier est censé apporter la chance, en particulier si on le mange en s’orientant dans la bonne direction (celle du signe astrologique de l’année).

Sous la porte principale, en levant le nez en l’air, on peut d’ailleurs observer une boussole astrologique (eto-ehô-ban). La flèche est tournée chaque année le soir du Nouvel An, pour indiquer la direction dans laquelle manger l’ehômaki.
Hakata Okunchi
Dernier grand festival lié à Kushida-jinja, Hakata Okunchi a lieu fin octobre. Le point d’orgue de cette tradition automnale est la magnifique procession du festival, autour d’un mikoshi (sanctuaire portatif), au son de la fanfare du quartier.
Vous l’aurez compris, je vous recommande chaudement la visite du sanctuaire Kushida-jinja si vous passez par la préfecture de Fukuoka. L’endroit est joli, chaleureux, festif, et surtout jamais austère. C’est définitivement l’un de mes coups de coeur à Kyushu.
Comment se rendre à Kushida-jinja ?
Rejoindre Kushida-jinja en train
- En métro via la ligne Nanakuma (arrêt à la station Kushida shrine)
Mise à jour : janvier 2025





4 commentaires
Yoyo
Comme Kaeru dera, j’avais déjà entendu parler de ce sanctuaire, notamment pour son lien avec Setsubun. J’adore cette fête!
J’aime beaucoup ton petit dessin au début de l’article, il est incroyablement bien designé! Et tes photos sont toujours aussi magnifiques
セシリャCéci
Merci beaucoup Yoyo, c’est un endroit vraiment sympa et j’espère avoir l’occasion de m’y rendre pour Setsubun un jour, car la décoration a l’air vraiment sympa et décalée. Très contente que le dessin te plaise 🙂
tetoy
J’aurais du y passer lors de mon dernier séjour mais finalement nous n’y sommes pas passé (je ne sais plus pourquoi, on a du faire autre chose à la place :D).
On n’arrête pas de se dire que l’on repartirais bien sur Kyushu la prochaine fois…
セシリャCéci
Arf je comprends, ça arrive de rater des lieux sympas et en ce qui me concerne, ça me frustre beaucoup quand ça arrive. Pas grave, ça donne une bonne excuse pour revenir à l’occasion. Kyushu est une destination tellement sympa et pleine de surprises !^^