Shorinzan Daruma-ji, le temple des daruma
Shorinzan Daruma-ji, le « temple des daruma », est une destination très célèbre dans la préfecture de Gunma. Niché à l’ouest du centre-ville de Takasaki, ce modeste complexe bouddhiste est l’un des meilleurs endroits au Japon pour observer les daruma dans leur environnement naturel… autrement dit au sein d’un temple qui leur est entièrement consacré ! Je vous raconte mon expérience de visite dans ce lieu aussi insolite que photogénique.
C’est en mai 2023 que je me suis arrêtée à Takasaki, juste après mon premier séjour dans le nord de la préfecture de Gunma, entre Kusatsu et Takaragawa Onsen. Ce jour-là, je n’avais le temps de faire qu’une seule visite sur place avant de prendre le Shinkansen pour Karuizawa. J’ai donc choisi d’explorer le temple Shorinzan Daruma-ji, qui figurait depuis très longtemps dans ma bucket list de voyage.

Ville la plus peuplée de Gunma, Takasaki est connue au Japon comme le berceau des daruma. Issues du folklore bouddhiste, ces effigies porte-bonheur du moine Bodhidharma se retrouvent partout en ville, par exemple sous forme de statue à la gare centrale. Il faut dire que près de 80% de la production japonaise de daruma provient de Takasaki.
Mes premières impressions sur Takasaki
Je ne suis pas restée suffisamment longtemps à Takasaki pour vous donner un avis complet sur la ville. Avant de rejoindre le temple, j’ai tout juste eu le temps d’explorer les environs de la gare pour déjeuner dans un restaurant de yakimanjû. Et je vous recommande vivement l’expérience ! Cette spécialité se compose d’une brochette de manjû (petits gâteaux ronds cuits à la vapeur) enrobée de sauce miso et de sucre roux avant d’être grillée. J’ai beaucoup aimé la texture briochée des manjû et leur saveur sucrée, à laquelle je ne m’attendais pas du tout avant la première bouchée.


Le territoire de Takasaki est très vaste. Son centre ville se situe en périphérie de la capitale préfectorale Maebashi, dans une zone densément urbanisée. Cette dernière correspond à l’extrémité nord de l’aire métropolitaine du Kantô, qui inclut la ville de Tokyo. Il faut s’éloigner vers l’ouest pour retrouver les charmes d’une région plus rurale, là où démarre le massif du mont Asama. Je ne me suis pas aventurée aussi loin je l’avoue. Mais j’ai beaucoup apprécié mon excursion du côté des collines de Hanadaka, là où se cache Shorinzan Daruma-ji.

Entre histoire et traditions
Shorinzan Daruma-ji se dresse donc à l’écart du centre ville, sur le versant nord des collines de Hanadaka. Depuis la gare de Takasaki, on peut rejoindre le site directement en bus, ou en train via la gare JR Gumma-Yawata. Ce dernier itinéraire oblige cependant à prendre le taxi ou à marcher environ 25 minutes pour rejoindre le temple (un effort récompensé par la rencontre avec les belles statues ornant le pont Hanadaka).


Une fois à proximité du temple, impossible de rater l’entrée. Un énorme panneau, en forme de daruma lui aussi, signale sa présence depuis le bord de la route. La porte principale n’est qu’à quelques mètres, donnant sur un bel escalier de pierre ombragé.



Cet escalier conduit à la première partie du complexe, où se trouve notamment un petit plan d’eau, une boutique et le guichet des goshuin.
Une petite histoire du temple Shorinzan Daruma-ji
Les origines de Shorinzan Daruma-ji sont mal connues. La légende locale prétend que le temple aurait été fondé en 1697 autour d’une statue du moine Bodhidharma, œuvre de l’ascète Ichiryo Koji. Ce dernier l’aurait sculpté dans le bois d’un arbre sacré, suite à une vision prophétique. Une autre version attribut sa construction au seigneur de Maebashi, aux alentours de 1722. Malheureusement, un grand incendie survenu en 1881 a détruit l’intégralité des archives du complexe, et son histoire véritable s’est perdue dans les flammes.



L’endroit était originellement lié à l’école Sôtô, mais a rejoint la secte Ôbaku durant l’ère Meiji. Pour l’anecdote, il existe au Japon trois branches majeures du bouddhisme zen : les écoles Sôtô, Rinzai et Ôbaku. La secte Ôbaku est la plus petite des trois.
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La fabrication de poupées daruma remonte quant à elle aux années 1780. Elle est liée la Grande famine Tenmei provoquée par une série de catastrophes naturelles, incluant l’éruption dévastatrice du mont Asama en 1783. Pour aider les paysans locaux, le grand prêtre de Shorinzan Daruma-ji sculpta de ses mains un moule en bois inspiré de la statue du temple. Il leur appris à fabriquer les fameuses poupées en papier mâché, qu’ils se mirent à vendre comme porte-bonheur et symbole de courage. La tradition ne s’est jamais arrêtée depuis.
La pratique du shakyô
Une autre tradition étonnante m’a été dévoilée par le grand prêtre du temple. Vous le savez, lors de mes voyages au Japon je collecte régulièrement des goshuin. On peut se procurer ces belles calligraphies dans la plupart des temples et sanctuaires nippons, moyennant quelques yens. Lors de mon passage au guichet des goshuin, mon interlocuteur m’a invitée à recopier un sûtra (court texte bouddhiste) au pinceau. Surprise, je lui ai demandé pourquoi. Il m’a alors expliqué que de nos jours, beaucoup de japonais collectionnent les goshuin sans vraiment en comprendre la signification. Or, originellement, il était de coutume de faire l’offrande d’un sûtra pour recevoir une calligraphie porte-bonheur en retour.

Cette pratique consistant à recopier un sûtra, appelée shakyô, implique une profonde concentration et un cœur pur. Au Japon, elle concerne principalement un texte appelé Sûtra du cœur. Shorinzan Daruma-ji invite donc à renouer avec cette tradition, très prisée dans le cadre du pèlerinage des 88 temples de Shikoku. Mon goshuin-cho m’a été rendu avec cette note explicative, qui résume parfaitement la philosophie du temple :
De nos jours, les gens sont fascinés par les belles calligraphies et peintures, mais collectionner cette beauté visuelle et la conserver en souvenir est la porte ouverte vers le monde matériel. Chérissons plutôt le monde spirituel.
Les célèbres daruma du Shorinzan Daruma-ji
Cap à présent sur la dernière étape de notre excursion, le bâtiment principal du temple, ou Reifudô. Ce dernier se situe en haut d’un second escalier, moins long que le précédent. C’est en ce lieu que sont rassemblés les centaines de daruma qui font la réputation du site.


Le mythique Reifudô
Vous l’aurez sans doute deviné, cette partie supérieure du temple est ma préférée. On peut y voir des daruma de toutes tailles et couleurs, entassés de part et d’autre de l’autel central. Retournés au temple par leurs propriétaires, ils seront brûlés l’année suivante lors d’un grand bûcher rituel. Tel est le destin qui attend tout daruma digne de ce nom.



En parlant de nom, j’ai oublié de le préciser, mais « daruma » est la déformation japonaise du mot dharma en sanskrit. Il s’agit d’une référence à Bodhidharma, ce moine renfrogné qui aurait fondé l’école chinoise du bouddhisme Chan, appelée Zen au Japon.





Une seule pupille et mille couleurs
Les effigies de daruma n’ont pas de pupilles à l’origine. C’est leur propriétaire qui doit dessiner la première en faisant un vœu, et la seconde lorsque celui-ci se réalise. Le souhait formulé, il convient de laisser le daruma bien en vue, de manière à garder son objectif en tête au quotidien. Car ici, l’idée n’est pas d’attendre passivement que la réussite tombe du ciel. Il faut y travailler chaque jour.


La couleur du daruma, enfin, n’a pas de sens particulier dans la croyance bouddhiste. En revanche, c’est un argument commercial très efficace ! Il est assez fréquent que l’interprétation des couleurs varie d’une source à l’autre, donc ne prenez pas la liste suivante trop au sérieux :
- Rouge pour la chance
- Blanc pour prendre un nouveau départ
- Noir pour la réussite professionnelle ou la protection contre les malheurs
- Doré pour la richesse et la réputation
- Vert pour la santé
- Jaune pour la fortune et la réussite en affaires
- Orange pour la vitalité
- Bleu pour la concentration et la réussite aux examens
- Rose pour l’amour
- Argenté pour la créativité
- Violet pour la spiritualité
Le Darumadô
On reconnaît un Takasaki daruma à ses sourcils en forme de grue et à ses moustaches représentant une tortue, deux animaux symboles de longévité. Mais il existe quantité de variantes régionales, que l’on peut découvrir au sein du minuscule musée des daruma. Celui-ci se situe dans le Darumadô, ce long bâtiment qui se dresse à gauche du Reifudô.




ATTENTION !
Depuis mon passage en mai 2023, d’importants travaux ont été réalisés au niveau du Darumadô (boutique et musée). Le bâtiment a été entièrement rénové, et possède désormais une extension moderne. Vous n’y retrouverez donc pas la même atmosphère rustique que sur mes photos.
Signalé par une énorme statue, le musée des daruma est une véritable mine d’or. On peut en effet y découvrir une grande carte du Japon, sur laquelle figurent les différents types de daruma existant à travers l’archipel. L’endroit, totalement gratuit, expose aussi des effigies anciennes, ainsi que des objets inspirés par la figure de Bodhidharma, comme des lanternes ou des pièces de vaisselle.


La salle d’exposition était très petite et encombrée lors de ma visite, mais ne vous fiez pas à mes photos : les travaux réalisés en 2024 ont complètement transformé cet espace. Une exposition consacrée à l’architecte et auteur allemand Bruno Taut, exilé politique à Takasaki durant les années 30, a également été ajoutée. Avant de partir enfin, ne manquez pas de faire un saut à la boutique. Vous y trouverez bien-sûr des daruma de toutes les couleurs, mais aussi de nombreux ema et talismans porte-bonheur.
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En conclusion
Shorinzan Daruma-ji est une authentique pépite à Takasaki, et l’un de mes temples préférés au Japon. L’endroit m’a beaucoup fait penser au Gotoku-ji de Tokyo. J’ai lu par ailleurs sur le site officiel que des ateliers créatifs y étaient régulièrement organisés, afin d’apprendre à peindre son propre daruma.
Enfin, si vous souhaitez approfondir l’exploration de Takasaki, sachez que Shorinzan Daruma-ji se situe à environ 10 minutes en voiture d’un autre trésor, la statue Byakue Daikannon. Haute de 41,8 mètres, celle-ci domine le parc Kannon Yama et le joli jardin Tokumei-en.
Comment se rendre à Shorinzan Daruma-ji ?
Rejoindre Shorinzan Daruma-ji en train
- Ligne JR Shin-Etsu depuis la gare de Takasaki, descendre en gare de Gumma-Yawata puis marcher 25 minutes.
Visiter Shorinzan Daruma-ji en bus
- Gunma bus Shorinzan Line depuis la gare de Takasaki, descendre à l’arrêt Shorinzan Iriguchi (environ 20 min de trajet). Cartes IC acceptées.
Accessibilité PMR
Shorinzan Daruma-ji est accessible aux fauteuils roulants. Les deux niveaux supérieurs du temples sont en effet dotés de parkings permettant d’éviter l’ascension des escaliers si besoin. Notez que le premier escalier compte 166 marches, et le second 65. Le niveau intermédiaire (où se situe le guichet des goshuin) est traversé par un chemin pavé adapté aux PMR, tout comme le niveau supérieur. Néanmoins, la présence de gravier entre le parking et le temple peut gêner le déplacement du fauteuil. Il est recommandé de se garer le plus près possible de l’entrée pour faciliter la manœuvre.
Mise à jour : janvier 2026


