Hizen Nouveau : la porcelaine d’Imari, Arita et Hasami
Berceau de la porcelaine japonaise, l’ancienne province de Hizen est aujourd’hui encore le plus important centre de production de l’archipel. Entre Imari, Arita et Hasami se perpétue depuis plus de 400 ans un savoir-faire exceptionnel, qui continue d’évoluer et d’affirmer son identité. Tantôt empreint de traditions, tantôt résolument contemporain, ce « Hizen nouveau » était justement à l’honneur le lundi 2 février 2026, lors d’une rencontre professionnelle à la galerie Joseph, rue de Turenne à Paris. Je vous raconte ma visite et mes rencontres sur place.
Note : cet article est le fruit d’un partenariat rémunéré, mais reflète mon opinion sincère.
Pour tout amateur de céramique japonaise, l’île de Kyushu constitue un terrain d’exploration fantastique. L’ancienne province de Hizen en particulier produit des porcelaines d’exception depuis le début de l’époque Edo. Entre 1592 et 1598, la région accueille en effet de nombreux artisans coréens, déportés lors des invasions de Toyotomi Hideyoshi. Parmi eux se trouve notamment le potier Li Youqing, qui développe l’art de la céramique à Hasami, ou encore Ri Sanpei, qui découvre en 1616 le gisement de kaolin (argile blanche) d’Arita. En transmettant leur savoir-faire, ces talentueux créateurs vont contribuer à faire de la porcelaine japonaise l’une des plus réputées au monde. Ce qu’elle est toujours aujourd’hui.

Du Japon à Paris
J’ai voyagé dans la préfecture de Saga il y a quelques années, en novembre 2017. À cette occasion, j’ai exploré le splendide village de potiers d’Okawachiyama à Imari, ainsi que le sanctuaire Tozan d’Arita, connu pour son étonnant torii de porcelaine.






Seul le village d‘Hasami m’est encore inconnu, mais je compte bien m’y rendre lors d’un prochain voyage, pour compléter ma découverte de la préfecture de Nagasaki. En attendant, j’étais ravie de replonger dans ma découverte de la région à Paris.
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L’événement « Hizen Nouveau » rassemblait en effet dix fabricants venus présenter leurs créations aux professionnels français. Du plus traditionnel au plus contemporain, plusieurs styles très différents étaient à l’honneur. Je me suis régalée en furetant d’un stand à l’autre, pour vous dénicher les plus belles pépites et échanger avec les exposants.
Imari et Arita, berceaux de la prestigieuse porcelaine de Nabeshima
Première escale de notre exploration : la préfecture de Saga. La porcelaine de Nabeshima (ou Nabeshima-yaki), produite à Imari et Arita, possède en effet une réputation d’excellence et de prestige qui lui confère une aura singulière. Durant l’époque Edo, elle était réservée à l’élite du shogunat, contrairement à la céramique d’Hasami, plus modeste et destinée aux usages du quotidien.
Sehyo-gama
Venu du village d’Okawachiyama, Sehyo-gama se revendique comme un héritier du Nabeshima-yaki de l’époque Edo. À ce titre, une splendide assiette de style kinrande (ou brocard d’or) était mise à l’honneur sur son stand. Il y avait aussi deux petites assiettes rondes de style aka-e. Ce type de porcelaines était très apprécié des grandes cours européennes durant la seconde moitié du 17e siècle.



Ici, chaque pièce est peinte à la main avec délicatesse. Le stand exposait également quelques créations plus contemporaines.
Keizan-gama (Arita)
Même atmosphère nostalgique du côté de Keizan-gama, une fabrique fondée à Arita en 1957. L’entreprise s’est taillée une belle réputation à travers le Japon en travaillant principalement pour des restaurants gastronomiques (ou ryôtei).



Chez Keizan-gama, les motifs traditionnels charment par leur simplicité : spirales végétales, oiseaux, fleurs et petits poissons… Mon coup de cœur ? Cet adorable duo de crevettes, esquissé avec finesse. J’aime aussi beaucoup la fleur de pivoine de la collection Nishiki Botan, qui permet d’admirer très distinctement le coup de pinceau expert de l’artisan.
Kin-emon (Arita)
Avec ses couleurs très vives, la porcelaine de chez Kin-emon attire l’œil comme un aimant, et ce n’est pas un hasard. Ryokan (auberges traditionnelles) et ryôtei sont en effet les principaux clients de ce célèbre fabricant, en activité depuis 1926.


Ici, chaque pièce de vaisselle est pensée pour s’intégrer au spectacle visuel d’un repas kaiseki, autrement dit une succession de petits plats à déguster d’abord avec les yeux.
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Tasei-gama (Arita)
Née à Arita en 1956, Tasei-gama offre un très bon compromis entre classicisme et modernité. Mon coup de cœur est sa collection Musubi, inspirée par la forme des nœuds traditionnels japonais. L’assiette ume-musubi, mêlant nœud en étoile et fleur de prunier, représente pour moi une belle synthèse entre inspiration traditionnelle et esprit contemporain.



Mention spéciale également à ces élégants petits bols ornés de légumes (maïs, navet, racine de lotus…). La technique d’émaillage de Tasei-gama crée un bel effet nacré, ici assez discret mais que l’on retrouve de façon plus évidente sur d’autres pièces.
Kajiken-seiji (Arita)
Autre four historique fondé à Arita durant l’époque Edo, Kajiken-seiji présentait à Paris un mélange de pièces très classiques et de créations plus modernes, tirant parfois vers l’esthétique scandinave. J’aime notamment sa collection d’assiettes en forme de chrysanthèmes multicolores. Un motif typique de l’Arita-yaki, ici revisité avec beaucoup d’élégance.


Les célèbres porcelaines shôfuku-dai, en forme de poissons, sont quant à elles assez représentatives du savoir-faire traditionnel de l’entreprise. Celle-ci s’illustre en effet par sa large gamme de moules de poteries développés durant l’ère Meiji, dont ce motif de daurade porte-bonheur fait partie.
Yamahei-gama (Arita)
À Arita, certains ateliers de céramique n’hésite pas à casser les codes, en innovant parfois radicalement. C’est le cas de Yamahei-gama, un four né peu après la Seconde Guerre mondiale. Sa philosophie : apporter « surprise et émotion ». Pari réussi ! J’ai notamment été séduite par la collection Awa, une série d’assiettes imaginée à la demande d’un hôtelier du littoral, qui souhaitait une vaisselle évoquant la beauté de la mer. Le rendu est juste incroyable. On a réellement l’impression d’admirer l’écume flottant à la surface de l’eau.



La plupart des autres pièces présentes sur le stand étaient d’une blancheur éclatante. Ici, le motif n’est pas peint mais littéralement sculpté. La couleur provient donc des jeux d’ombre et de lumière.
ARITA PLUS (Arita)
Quintessence de ce tournant contemporain, l’Arita Plus ne désigne pas un four, mais un collectif d’ateliers désireux de séduire les grandes tables du monde entier. Ce travail passe notamment par la texture, avec des pièces que l’on a irrésistiblement envie de toucher. L’exemple le plus spectaculaire est cette assiette représentant le mouvement des vagues. C’est l’émaillage au spray qui permet d’obtenir cet effet de contraste entre zones bleu intense et espaces blancs. Le résultat est étonnamment réaliste.



Autres pièces remarquables : l’assiette « Moon surface » évoquant un paysage lunaire, ou encore ce fabuleux kintsugi. Ici, la porcelaine d’Arita remplace la traditionnelle jointure d’or.

Hasami ou la simplicité des céramiques du quotidien
Cap à présent sur Hasami, dans l’actuelle préfecture de Nagasaki. L’endroit est peu connu à l’international, mais s’est bâti une solide réputation au Japon. En effet, c’est à destination du marché intérieur japonais que les potiers de la région ont longtemps produit. Leur crédo : proposer des pièces de vaisselle simples et bon marché, adaptées aux besoins de la vie de tous les jours. Tandis qu’Arita et Imari célèbrent Ri Sanpei, Hasami lui préfère la figure de Li Youqing, autre artisan coréen déporté par le chef du clan Omura en 1599. À cette époque, la région possédait déjà quelques fours à céramique. Mais c’est la découverte de kaolin qui, comme à Arita, permit le développement d’une production massive. À la fin de l’époque Edo, la manufacture d’Omura est d’ailleurs le plus grand centre de production de l’archipel, en termes de volume.
Isshin-gama (Hasami)
Digne représentant du Hasami moderne, l’atelier Isshin-gama est connu pour sa porcelaine blanche aux motifs délicatement sculptés à la main. La technique isshin-bori, propre à ce fabricant, repose sur l’utilisation d’une trentaine de ciseaux à bois, manipulés avec soin pour modeler chaque pièce.



Le travail d’Isshin-gama m’évoque un peu le japandi, ce style combinant design japonais et scandinave. J’ai été particulièrement charmée par la collection « blue spread », avec son bel émail bleu épousant le motif en spirale du fond de l’assiette. Ce genre de pièces très élégantes peut trouver sa place à la maison aussi bien qu’à la table d’un restaurant.
Tanshin-gama (Hasami)
Fondé en 1980, l’atelier Tanshin-gama s’illustre par une autre technique : le suishô-bori. Cette dernière consiste à percer des petits trous à la main, qui seront ensuite comblés à l’aide d’un émail transparent. Le résultat obtenu est original, surprenant, élégant.



La plupart des pièces proposées par Tanshin-gama sont d’une blancheur éclatante. Le jeu des formes rend leur utilisation très ludique. L’une des pièces, par exemple, possédait un petit trou en forme de cœur qu’il était amusant de rechercher. J’ai aussi été surprise par une tasse à thé, dont la forme dessinait un motif floral différent selon le niveau du liquide à l’intérieur. Ici, chaque détail est réfléchi avec soin. On sent toute l’attention portée à l’utilisateur de l’objet. Et ça, ça me touche.
Rizaemon (Hasami)
Dernière escale de notre voyage, l’atelier Rizaemon est une exception notable dans cet article, puisque son maître artisan ne travaille pas la porcelaine, mais le grès. L’histoire de ce four remonte à treize générations, au milieu de l’époque Edo, mais son nom ne lui a été donné qu’en 1969.



Ici, chaque objet est entièrement façonné à la main, y compris les décors sculptés sur certaines pièces, comme celles de la collection Sen-bori ou Nejiri-ume. La vaisselle en terre cuite bleue valorise quant à elle la matière brute. Encore un joli coup de cœur et une belle rencontre humaine.
En conclusion
L’événement Hizen Nouveau a été un véritable bonheur pour moi. Je suis très fière d’avoir été sollicitée pour promouvoir la porcelaine d’Imari, Arita et Hasami. Ce partenariat m’a en effet permis de replonger dans mes souvenirs de voyage, d’admirer des céramiques exceptionnelles… et de faire quelques découvertes qui me seront très utiles pour l’écriture du prochain tome de Gotochi.
J’espère être parvenue à vous transmettre un peu de mon enthousiasme et de mon émerveillement. Ces artisans le méritent. Et si vous voyagez entre Saga et Nagasaki, ne manquez pas de partir à la découverte du savoir-faire de la porcelaine local.
Cet article a été réalisé dans le cadre d’un partenariat rémunéré. Passeport Japon conserve néanmoins une totale liberté éditoriale.
Mise à jour : février 2026





Un commentaire
VioCha
Chouette découverte ces céramistes, vivement que je puisse moi aussi arpenter ces villes de Kyushu ! 🙂