Saga

Le parc Yoshinogari

Le parc Yoshinogari, créé en 1992, est célèbre pour offrir une passionnante reconstitution du Japon de l’ère Yayoi (de 800 av. J.-C. à 250). Le site ravira les amateurs d’histoire et d’archéologie. Il est l’un de mes coups de coeur dans la préfecture de Saga.

On peut bien-sûr y accéder en train via la gare de Yoshinogari-koên. Mais si, comme moi, vous vous y rendez en période d’ouverture de Kunenan (du 15 au 23 novembre), il est également possible de bénéficier d’une navette gratuite depuis Niiyamajinja, qui vous déposera à l’arrière du parc.

Lost in Yoshinogari

C’est donc par l’entrée des artistes que je suis arrivée au parc Yoshinogari. À peine le temps d’acheter mon billet, et me voila prête à partir en exploration, mon plan (en anglais) à la main. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience de l’immensité du site. Le parc Yoshinogari s’étend en effet sur 40 hectares environ, et je n’étais clairement pas dans la partie la plus intéressante du parc.

En réalité, j’étais en train de suivre le parcours visiteur à l’envers. Quand vous arrivez depuis la gare Yoshinogari-Koên, vous débutez l’exploration par un gigantesque centre d’accueil (avec boutique, point d’information, restaurant)… qui se trouve donc à l’autre bout du parc !

Heureusement, des petites navettes circulent entre les différents points d’intérêt, et l’une d’elle passait dans les parages au moment où je tentais de déterminer ma position exacte sur le plan (tout en transpirant à grosses gouttes, car il faisait très chaud). Le chauffeur, comprenant que j’étais perdue, s’est arrêté de lui-même. Il m’a déposée dans la partie nord du parc, près de Kita Funkyubo (le tertre funéraire). C’est ici que débute réellement ma visite.

Tour d’horizon du parc Yoshinogari

Petite remise en contexte : c’est en 1986 que le site archéologique de Yoshinogari a été découvert, suscitant un immense intérêt au sein de la communauté scientifique. 5 ans plus tard, en 1991, le site est classé Site Historique Spécial. Le parc est inauguré en 1992.

Kita Funkyubo, le tertre funéraire

Kita Funkyubo nous plonge directement dans cette dimension archéologique. À l’intérieur du tertre funéraire (ou tumulus), on découvre avec surprise un mini centre d’interprétation (climatisé dieu merci !), au centre duquel a été reconstituée une partie du chantier de fouilles.

On découvre ici une particularité de la civilisation Yayoi : l’inhumation dans d’énormes urnes funéraires, ou kamekan. Ce procédé, unique au monde, ne peut être observé qu’au nord de Kyushu. Les urnes en terre étaient suffisamment grandes pour contenir le corps d’un adulte entier, ainsi que certains de ses objets personnels (bijoux, armes…). Quatorze kamekan authentiques sont visibles à Kita Funkyubo, datant de plus de 2000 ans. L’inhumation dans le tertre était réservée aux chefs, mais on a découvert de nombreux autres pots dans les environs (plus de 2000 à ce jour).

À l’extérieur du tumulus, ce sont des répliques qui permettent de visualiser l’emplacement des anciennes sépultures. On croise également dans cette zone les premières reconstitutions de l’habitat Yayoi.

En suivant le sentier qui serpente entre les tombes (dit comme ça, ça fait froid dans le dos, mais je vous assure que ce n’est pas si terrible), on arrive dans une autre zone, baptisée Kitanaikaku.

Kitanaikaku, coeur du parc Yoshinogari

Avec sa double enceinte, ses hautes tours de guet et son immense hall central bâti sur pilotis, Kitanaikaku est la zone où se tiennent généralement les grands événements. Elle est en effet considérée comme la plus importante du village Yayoi. C’est ici qu’auraient eu lieu les réunions stratégiques, notamment celles établissant les dates de plantation et de récolte du riz. L’ère Yayoi est en effet celle qui a vu l’apparition de l’agriculture au Japon.
Lors de ces conseils (reconstitués avec des mannequins sans visages un peu flippants), il pouvait arriver que l’on fasse appel à l’arbitrage d’un grand prêtre pour trancher tel ou tel point. La dimension spirituelle était donc très importante pour les civilisations de l’ère Yayoi.

Si vous passez par-là, prenez le temps de monter en haut de la tour de guet. La vue sur Kita Funkyubo y est vraiment jolie et vous donnera un bel aperçu de la physionomie du tumulus.

Nakanomura, le hameau dédié aux divinités

En quittant Kitanaikaku par le sud, on croise un petit regroupement de maisons baptisé Nakanomura. Les archéologues pensent qu’on fabriquait à cet endroit les objets rituels utilisés lors des rassemblements politiques et religieux. On y a retrouvé les traces de diverses activités : brassage d’alcool, tissage, élevage de vers à soie…

Il est également possible que des prêtres aient vécu dans cette partie du village. Cette dernière ne compte que quatre huttes et borde la petite route menant à l’enceinte sud : Minaminaikaku.

Minaminaikaku, l’enceinte sud du parc Yoshinogari

Cette zone m’a semblé moins impressionnante que Kitanaikaku. Cela dit, en suivant le sens de visite normal, j’imagine que sa découverte doit constituer un premier choc visuel plutôt sympa. On trouve dans cette enceinte (la plus grande du parc) une dizaine de huttes, ainsi que trois tours de guet et une grande maison sur pilotis.

Les archéologues ont émis l’hypothèse que cette partie du village était habitée par les dirigeants du village. Une théorie liée à la complexité de son dispositif défensif : douves circulaires, clôtures, multiples tours de guet…

Petite parenthèse : je suis toujours étonnée de ce que les archéologues peuvent déduire de quelques trous de poteaux et artefacts brisés. Prenons l’exemple d’une hutte Yayoi : même en ayant retrouvé les traces des fondations et quelques matériaux fossilisés, comment peut-on être sûr de l’aspect réel de ce bâtiment ? J’imagine qu’il doit y avoir une part d’interprétation personnelle dans les choix de reconstitution, vous ne croyez pas ? (si jamais un archéologue me lit, je serais curieuse d’avoir son point de vue sur la question)

Pour être honnête, je ne me suis pas attardée très longtemps dans cette partie du parc Yoshinogari. Il faisait en effet tellement chaud cet après-midi là, et le parc offre si peu de zones d’ombre (et pas de distributeurs pour une fois !) que je commençais à frôler l’insolation.

Le musée de la vie Yayoi… et Himika

Je me suis donc réfugiée quelques minutes dans le petit musée de la vie Yayoi, situé à deux pas. Là, j’ai pu me rafraîchir et observer quelques artefacts soigneusement conservés. Cet espace d’exposition jure un peu avec le reste du parc. Alors que dans le tumulus et même au niveau du hall d’accueil, l’architecture est très contemporaine, ici on a droit à une muséographie hors d’âge. L’endroit m’a d’ailleurs un peu fait penser au musée Watanabe de Tottori.

Après cette courte pause bien méritée, il ne me restait plus qu’à rejoindre le hall d’accueil du parc. Le chemin menant de Minaminaikaku à l’entrée principale est plutôt agréable à parcourir. Comme j’étais encore dans l’ambiance de ma visite de Kunenan, vous aurez droit à quelques instants de contemplation. Mais ces derniers ne rendent définitivement pas justice à la beauté des lieux…

Ah oui, j’ai aussi croisé l’une des deux mascottes du parc : la mignonne Himika (la deuxième s’appelle Yayoi). Pour l’anecdote, Himika est l’assemblage de trois hiragana. Ceux-si sont empruntés à trois lieux proches de Yoshinogari : ひ du village de Higashi-sefuri, み de la ville de Mitagawa et か de la ville de Kanzaki.

Dans la campagne de Saga

Cap ensuite sur la gare Yoshinogari-koên ! Heureusement que je prévois toujours large pour les horaires de train. Il faut en effet marcher environ 20 minutes à travers champs pour rejoindre la gare depuis l’entrée du parc. Les civilisations Yayoi auraient pu penser à s’implanter un peu plus près de la voie ferrée quand-même ! (bon ok, je sors)

Je fais mine de me plaindre, mais en vérité, j’ai adoré la balade. Dommage que la moisson ait déjà eu lieu ! J’ai croisé sur mon chemin quelques potagers, et l’incontournable plaque d’égout aux couleurs du parc Yoshinogari. L’une des plus jolies de ma collection.

Le verdict de cette visite est pour moi très positif, pour peu que l’archéologie vous intéresse bien sûr. Passionnée d’histoire, je vous avoue que ma faible maîtrise du japonais m’a pas mal frustrée pendant cette visite. Heureusement, des guides bénévoles anglophones se promènent dans le parc pour donner quelques précieuses informations au visiteur perdu. La plupart des documentations en libre accès sont également traduites en anglais.

Si comme moi vous vous y rendez à la bonne période, le combo Kunenan + Yoshinogari a de quoi vous occuper une journée entière. Le temps d’une excursion champêtre, loin des sentiers battus…


Horaires :

  • De septembre à mai : de 9h à 17h
  • De juin à août : de 9h à 18h

Tarifs : ¥460 par adulte, ¥200 par adulte de plus de 65 ans (sur justificatif), gratuit pour les enfants de moins de 15 ans.

Plus d’informations sur www.yoshinogari.jp

Mise à jour : mai 2020

8 Comments

  • Yoyo

    Je suis 100% conquise! J'aime cet endroit! Je l'ajoute mais directe à la liste! Comme quoi… les gotochi cardes sont vraiment parfaite en tout point 😉
    En plus la petite mascotte est trop mimi! (Oui… j'aime beaucoup les mascottes…)
    Merci Céci pour la découverte! 😀

    • セシリアCéci

      Merci pour ce commentaire Yoyo ! En écrivant cet article, je me suis demandé si beaucoup de personnes seraient intéressées, le thème étant assez ciblé. Finalement, avec le recul des réactions que j’ai reçu ici et sur les réseaux sociaux, je pense que l’endroit peut réellement convenir au plus grand nombre (et pas seulement aux férus d’archéologie). Donc n’hésite pas à l’ajouter à ta liste, l’endroit vaut clairement le détour 🙂

  • Mag

    Une très belle balade (que j'ai raté car je ne suis pas douée… Snif snif T_T). Et ben grâce à toi je l'ai un peu faite quand même ^^ Merci !
    C'est très intéressant 🙂
    Si tu aimes l'archéologie, tu connais la série de documentaires "Enquêtes archéologiques" de Peter Eeckhout qui passait sur Arte ? C'est très bien fait et passionnant 🙂 Il y en a même un sur un site archéologique au Japon 😉 (https://www.dailymotion.com/video/x5fdems)

    • セシリアCéci

      C’est surtout un lieu qui éveille la curiosité je trouve. Comme c’est vaste, tu es obligée de tout observer pour comprendre l’environnement, trouver ta position dans l’espace, etc. Mais il y a effectivement une dimension apaisante dans l’ambiance. C’est stimulant.

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