Couverture du livre "Torii, temples et sanctuaires japonais" de Joranne
Lectures

Torii, temples et sanctuaires japonais : entretien avec Joranne

« Torii, temples et sanctuaires japonais », le nouveau livre de Joranne, est enfin disponible, et je l’ai bien évidemment trouvé au pied du sapin. De quoi démarrer en fanfare une nouvelle année qui s’annonce riche en découvertes ! La spiritualité japonaise vous intrigue ? Vous vous demandez toujours pourquoi, au Japon, des statues de pierre portent bonnets et écharpes en hiver ? Ou comment déchiffrer un omikuji correctement pour éviter la poisse ? Pas de panique, toutes les réponses à vos questions sont désormais à portée de main…

 

Graphiste et illustratrice, Joranne partage sa passion pour le Japon sur son blog depuis près de dix ans, et comme pour Eugénie, voilà de longues années que je suis son travail avec intérêt. Son thème de prédilection: les petits objets japonais, dont elle explique avec humour (et en BD !) les origines et l’usage.

En 2019, Joranne publie son premier ouvrage « Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais » (éd. Sully Le Prunier), et c’est une franche réussite. Le contenu est déjà très riche, mais jamais barbant, grâce à l’humour omniprésent et à un trait joyeux et coloré, qui donne la pêche à chaque lecture. Vous l’aurez compris: je suis très fan du travail de Joranne, et c’est donc avec enthousiasme que j’attendais la parution de ce deuxième opus, tout aussi excellent.

« Torii, temples et sanctuaires japonais » est une mine d’informations pour comprendre les pratiques très codifiées des deux principales religions japonaises (shintoïsme et bouddhisme). À travers anecdotes et petits dialogues savoureux, Joranne parvient à rendre les croyances japonaises accessibles. Son livre est donc un ouvrage de vulgarisation passionnant, que je vous recommande sans réserve si vous souhaitez approfondir avec plaisir la thématique complexe de la spiritualité japonaise.

8 questions à Joranne

« Torii, temples et sanctuaires japonais » est donc un livre de 160 pages, qui traite des objets et de l’architecture dans les lieux sacrés, mais également des pratiques ou rituels ainsi que des gens qui y travaillent. Qu’est-ce qui t’a motivé à choisir ce thème en particulier ?

Le shintoïsme me passionne depuis les premiers temps où je me suis vraiment intéressée au Japon. Quand, en 2013, j’ai commencé à parler d’objets japonais, le premier que j’ai traité ce fût les ema. Ce tome sur les temples et les sanctuaires, je voulais l’écrire dès le début, j’avais déjà parlé des ema, des torii, des omikuji sur mon blog, mais également de comment se purifier et prier. J’avais même appelé ces notes “Questions à un Kami”. Mais comme je ne savais pas si mon style (dessin, écriture, humour…) allait plaire, j’ai préféré commencer par des objets plus connus et plus accessibles: les maneki-neko, les kokeshi, les washlet…

Combien de temps as-tu mis à créer ce livre ?

 

C’est difficile de donner une réponse précise sur le temps. J’ai travaillé 9 mois sur « Torii, temple et sanctuaires japonais », dont les derniers 4 mois en intensif en ne faisant que ça 7 jours sur 7 de 10h à 2h du matin. Mais j’avais déjà le sujet en tête depuis très longtemps, comme je l’ai dit plus haut. Comme c’est un sujet qui m’intéresse c’est un travail constant, je suis toujours en train de lire des informations dessus. Et j’avais déjà écrit et dessiné certaines notes même si elles n’ont pas pu toutes être ré-utilisées telles quelles car trop vieilles (le style de dessin évolue) et les informations étaient parfois erronées ou incomplètes.

Ton livre est vraiment très riche en informations, comment tu t’y es prise pour effectuer tes recherches ?


Comme c’est un sujet qui m’intéresse depuis longtemps, j’avais déjà un bagage de ce que j’avais pu lire, voir quand j’étais au Japon et discuté avec différentes personnes. J’avais également collecté des livres sur le sujet, en français et en japonais. Ensuite via Internet, il existe beaucoup de sites de référence sur le sujet en anglais, des sites de thèses ou de recherches. Et quand l’anglais ne suffisait plus, je cherchais en japonais, sur les sites des sanctuaires ou des temples, des sites d’universités, de musées… J’avais également des référents à qui je pouvais poser des questions bien spécifiques, pour savoir comment ça se passe dans les faits, car la théorie est parfois un peu éloignée de la pratique.

Extrait du livre "Torii, temples et sanctuaires japonais" de Joranne

Pour les sources je suis en train de les compiler sur une page de mon blog, mais comme elles sont assez nombreuses je n’ai pas encore fini, hahaha…

Quelles difficultés as-tu rencontré dans ton travail d’écriture ?


Le plus dur pour moi c’est la partie écriture justement, je suis plus une dessinatrice qu’une littéraire, donc je dois beaucoup retravailler mes textes pour qu’ils ne soient pas pompeux et inutilement longs. Une autre difficulté fût de retranscrire simplement des concepts abstraits qui sont parfois très éloignés de ce à quoi nous sommes habitués. La limitation du nombre de pages n’était pas simple non plus. Que doit-on garder ? Quelles informations peuvent être mises de côté ? Il faut aussi éviter les raccourcis trop faciles. Résultat « Torii » est beaucoup plus dense que « Maneki-neko » parce que j’avais bien plus de choses à dire.

J’aimerais aussi parler du décalage entre ton univers mignon, coloré, et le thème hyper sérieux de la religion en général. Comment as-tu trouvé le bon équilibre ?

 

Je ne trouve pas que le thème soit hyper sérieux.

C’est une idée assez occidentale que la religion doit toujours être solennelle et austère. Alors certes il y a des écoles de bouddhisme qui sont un peu rigoristes. Mais au Japon, la religion fait vraiment partie du quotidien. Des filles viennent dans les temples ou sanctuaires prendre des photos en kimono, ce sont des lieux qu’on visite, où l’on vient tirer la bonne fortune entre amis ou en famille avant de comparer ses résultats. Des marchés aux puces y sont organisés, certains ont des parcs pour les enfants dans leur enceinte… Il suffit de visiter un temple ou un sanctuaire les jours de festivals, il y a des stands commerciaux, on mange, on boit, on danse.

Et s’il y a une chose que le Japon nous prouve par sa pop culture, c’est bien qu’ils sont décomplexés avec la religion. On ne compte plus les manga, anime ou jeux vidéo qui reprennent des figures du panthéon bouddhiste ou shintoïste pour créer leurs personnages. Et c’est ce que j’ai voulu faire avec mon livre, donner certaines règles de bonne conduite certes, mais également dédramatiser tout ça. Non, personne ne vous jugera si vous vous emmêlez les pinceaux dans le nombre de courbettes à faire.

Quels sont les temples et sanctuaires que tu as préféré au Japon et pourquoi ?

 

Mon sanctuaire préféré est Fushimi Inari à Kyoto. Ce n’est pas très original mais c’est un coup de foudre qui date de mon premier voyage en 2009. Depuis je ne m’en lasse pas, je suis partie 4 fois au Japon et je suis allée 6 fois à Fushimi. J’adore ses alignements de torii et toutes ses statues de renards. D’une manière générale, j’aime les temples et sanctuaires qui changent un peu de l’ordinaire.

Après ce travail énorme, quel regard portes-tu sur la spiritualité japonaise ?

 

Dans mon livre j’ai essayé de rester la plus factuelle possible. Je décris, je présente mais je n’ai pas à juger.

Ce n’est pas parfait, parce que les cultures spirituelles japonaises ne sont pas les miennes et je suis bien consciente du fait que tout ceci est fortement teinté de ma perception occidentale française. Plusieurs fois je me suis surprise à calquer des codes chrétiens sur des usages et des pratiques qui ne le sont pas du tout. J’ai également beaucoup réfléchi au sens du vocabulaire que je voulais employer. Par exemple quand j’ai parlé des Zushi, je ne voulais pas employer le mot “placard” que je trouvais trop familier, j’ai pensé à tabernacle, mais c’est un mot uniquement catholique donc ça ne fonctionnait pas non plus, au final j’ai choisi “réceptacle ouvragé”.

Dernière question, celle que tout le monde se pose évidemment : y aura-t-il un tome 3 ? Si oui, quels thèmes envisages-tu ?

 

On va déjà voir si « Torii, temples et sanctuaires japonais » fonctionne aussi bien que « Maneki-neko et autres histoires d’objets japonais » avant d’en attaquer un troisième. Mais oui, j’ai plusieurs idées. À suivre…

Où se procurer le livre de Joranne ?

L’ouvrage « Torii, temples et sanctuaires japonais » est disponible par ici ou sur la boutique en ligne de Joranne.

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