Kyoto

L’ascension de Fushimi Inari Taisha

Fushimi Inari Taisha (Kyoto) figure sans peine dans la liste très fermée de mes sanctuaires shinto favoris au Japon. Aussi célèbre et fréquenté qu’il soit, cet immense complexe religieux dégage une atmosphère unique, incroyablement poétique et mystérieuse. Récit d’une matinée d’ascension riche en émotions.

Ce matin-là, c’est en train que j’arrive aux abords de Fushimi Inari. Depuis la gare de Kyoto, il ne faut guère que 5 minutes pour rejoindre le site, en descendant au troisième arrêt sur la JR Nara Line. Impossible de se tromper en sortant de la station: l’entrée du sanctuaire est juste en face. En cette période de hanami, la foule est dense sur place. Il suffit de suivre le mouvement…

Fushimi Inari, un sanctuaire majeur au Japon

Nous sommes en avril 2016, c’est mon premier voyage au Japon. Bien sûr, j’ai déjà vu de nombreuses photos de Fushimi Inari. Mais il faut l’avouer: je ne sais pas réellement à quoi m’attendre. Je n’ai jamais vu d’autres sanctuaires Inari, et même si j’imagine un complexe religieux plus grand que la moyenne, je ne m’attends pas du tout à devoir gravir une montagne entière !

Entrée du sanctuaire Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

Car Fushimi Inari n’est pas un sanctuaire comme les autres. Le site s’étend sur 870 000 m², incluant la montagne proche. C’est, en résumé, le plus grand complexe shinto dédié à Inari à travers l’archipel.

Il existe environ 30 000 sanctuaires Inari au Japon, ce qui représente environ 40% des sanctuaires shinto du pays. 

Une petite histoire de Fushimi Inari

Si l’origine de Fushimi Inari est assez obscure, une version semble mettre tout le monde d’accord. Elle raconte que le sanctuaire aurait été fondé en l’an 711, par un membre du clan Hata, originaire de Corée. 

Une légende propre à ce clan raconte que le riche et puissant Irogu Hata, s’entraînant au tir à l’arc, prit un jour pour cible un mochi (gâteau à base de pâte de riz), qui se métamorphosa soudainement en oiseau. Ce dernier se réfugia au sommet du mont Inari. Bien des années plus tard, les descendants d’Irogu décidèrent de réparer l’outrage de leur ancêtre envers la divinité du riz. Ils plantèrent dans leur jardin l’un des cèdres de la montagne. L’arbre prit racine, et le clan Hata redevint riche et prospère.

Statue O-Kitsune-san, sanctuaire Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

Inari, protectrice des récoltes

Base de l’alimentation, le riz est un aliment sacré au Japon, et Inari en est la divinité protectrice. On l’associe à l’agriculture céréalière en général, ainsi qu’à la prospérité commerciale qui en découle. C’est pourquoi les marchands vénèrent également Inari, comme kami de la richesse et de l’abondance.

Les renards, quant à eux, protègent les récoltes et sont les messagers de la divinité, à qui ils sont parfois assimilés. C’est pourquoi on croise à Fushimi Inari Taisha de très nombreuses statues de renards (o-kistune-san). Ces derniers portent le yodarekake, sorte de petit tablier rouge vif. Ils tiennent également dans leur gueule divers objets, symboles de prospérité (clé du grenier à riz, perle, rouleau…). 

Ishaku, sanctuaire Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

Encore aujourd’hui, Fushimi Inari Taisha est un lieu particulièrement vénéré par les japonais. Une aura mystique semble se dégager des lieux par endroits, témoignant de la profonde connexion du culte shinto avec la nature.

L’ascension de Fushimi Inari, entre défi physique et voyage mystique

Le décor est planté, vous connaissez un peu mieux l’histoire et la vocation des lieux. Il est temps d’entamer l’ascension proprement dite…

Au pied du mont Inari

La visite démarre donc au pied de la montagne, par un vaste complexe shinto, le sanctuaire Romon, regroupant plusieurs grands édifices aux couleurs chatoyantes, ornés de reliefs dorés. Cette zone, facile d’accès et donc très fréquentée, concentre les principaux espaces dédiés au culte d’Inari. 

Sanctuaire Romon, Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto
Shimenawa, sanctuaire Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

Ne vous y trompez pas : Fushimi Inari Taisha comporte bien d’autres sanctuaires plus petits, disséminés sur le parcours menant au sommet de la montagne. Celle-ci est sillonnée d’environ 4km de sentiers et d’escaliers plus ou moins pentus. Comptez une demi-journée sur place pour en venir à bout! 

3 400 torii dans la montagne

L’escalier démarre donc aux alentours de Tamayama Inarisha, un joli sanctuaire cerné de torii monumentaux. Dès les premiers paliers d’ascension, l’effet “wahou” est immédiat: on croise rapidement ces longues enfilades de torii vermillons, caractéristiques des sanctuaires Inari. On raconte souvent qu’il y aurait 10 000 torii à Fushimi Inari. Le chiffre est exagéré. Le dernier décompte fait plutôt état de 3400 portiques qui jalonnent les flancs de la montagne, créant d’interminables couloirs à l’allure hypnotique.

L’un de ces premiers “tunnels”, le plus célèbre, est celui du passage dit “des mille torii” (Senbon Torii). L’endroit est très photogénique, mais aussi extrêmement fréquenté. Il faut donc s’armer de patience pour réussir une photo épargnée par la foule. Les torii de Fushimi Inari sont financés par des familles, des entreprises, voire même des particuliers, qui souhaitent s’attirer richesse et prospérité. Le nom des généreux donateurs figure à l’arrière des portiques, dont le coût varie entre 1500 et 10 500€.

Mini torii, sanctuaire Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

Plus haut, une forêt de bambou mène au sanctuaire Kumatakasha. Une aura mystique, vaguement mélancolique, se dégage de cet îlot de stèles moussues, égayé par la belle teinte rouge de dizaines de torii minuscules.

Pause détente à la croisée des chemins

Nous voilà enfin à Yotsutsuji, où les deux itinéraires menant au sommet se croisent. L’endroit offre un magnifique panorama sur Kyoto. Un petit salon de thé occupe le belvédère, proposant aux pèlerins assoiffés quelques boissons conservées dans l’eau fraîche. On peut y faire halte, histoire de souffler un peu avant d’entamer le dernier tronçon de l’ascension.

Boissons fraîches, Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

À partir de Yotsutsuji, deux choix s’offrent au visiteur: effectuer l’ascension par le chemin de gauche, direct mais très pentu, ou par celui de droite, plus long mais au dénivelé bien plus faible. Évidemment, j’ai choisi (au hasard) l’itinéraire le plus dur, menant à un “escalier d’la mort” qui m’a semblé interminable.

À l’assaut du sommet !

Ce que j’aime particulièrement dans les sanctuaires Inari, c’est que plus on approche du sommet, moins il y a de monde bizarrement… Sur les derniers paliers, me voilà quasiment seule. Seuls les chants d’oiseaux (et ma respiration saccadée de sportive du dimanche) viennent troubler le silence des lieux.

Torii dans la forêt, escalier du sanctuaire Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

Les torii s’espacent eux aussi. La montagne redevient sauvage, une forêt traversée par un interminable escalier, où l’on ne croise guère que les plus courageux… ou les chanceux qui redescendent en sens inverse. Je suis fatiguée mais déterminée. Mon rythme est lent mais régulier. Plus que quelques marches… ça y est! Le sommet est là, à 233 mètres d’altitude. Une discrète plaque célèbre l’exploit d’un austère “山頂 top of the mountain”. 

Sommet Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

Je profite d’une pause bien méritée pour m’accorder un petit shopping dans la modeste boutique située face au sanctuaire Ichi no mine. L’échoppe, tenue par une vieille dame sympathique, permet de s’offrir quelques souvenirs (omiyage), histoire de garder une trace de l’expérience.

Retour à la réalité

Le voyage est presque terminé. Il ne me reste plus qu’à terminer la boucle, direction Yotsutsuji, et au-delà le pied de la montagne. Non loin du sommet, je fais une rencontre susprenante: celle d’un livreur de chez Kuroneko Yamato, occupé à livrer un colis sur les hauteurs de la montagne…

Senbon Torii, Fushimi Inari Taisha, préfecture de Kyoto

De retour à Senbon Torii, je remarque enfin les élégantes caligraphies peintes à l’arrière des torii, qui mentionnent l’identité de leurs généreux donateurs.

Le voyage est terminé. Il ne me reste plus qu’à profiter des nombreuses boutiques occupant les alentours de Fushimi Inari Taisha, avant de m’offrir un kitsune udon au restaurant, histoire de reprendre des forces.

Horaires : Ouvert 24h/24

Plus d’informations sur www.inari.jp

Mise à jour : mai 2021

6 commentaires

  • Juju

    Que de souvenirs ! Oui, un des rares endroits où j’ai ressenti quelque chose de mystique, l’existence d’un autre monde, peut-être 🤔. Merci pour ce voyage dans le passé. Très bel article !

    • セシリアCéci

      Merciiii 🙂 Ça fait vraiment partie de mes meilleurs souvenirs à Kyoto, de très loin. J’aurais dû écrire cet article bien plus tôt en fait ahaha
      Je te rejoins complètement sur le côté mystique de l’expérience, c’est d’ailleurs ce qui m’a fait tenir jusqu’au sommet (sur la fin, ça devenait difficile lol). Très heureuse de t’avoir fait revivre un beau souvenir en tout cas 😉

    • セシリアCéci

      Merci à toi pour ce gentil commentaire Christine ! 🙂 🙂 🙂
      Effectivement, par endroits l’effet est très hypnotique, on a l’impression d’être aspiré dans un tunnel sans fin. C’est si beau… surtout quand la foule n’est pas trop dense. Contente de t’avoir emmené avec moi 😉

  • Yannick

    C’est devenu un pèlerinage à chaque fois que je vais au Japon, je passe la fin d’après-midi à Fushimi Inari Taisha. J’aime arriver au sommet et progressivement voir qu’il y a de moins en moins de monde et redescendre à yosutsuji pour observer le soleil se coucher à l’horizon. Ensuite la descente est encore plus magique dans une demi-obscurité. Je vous le conseil.

    • セシリアCéci

      Merci beaucoup pour ce commentaire et le conseil de visite. J’espère retourner moi aussi à Fushimi Inari à l’occasion, peut-être pas à chaque voyage au Japon mais au moins une fois pour revivre cette expérience qui m’a beaucoup marquée. Ça doit être très joli en soirée, et à coup sûr beaucoup moins fréquenté effectivement 🙂 Heureusement que la plupart des visiteurs s’arrêtent à mi-chemin… On est bien plus tranquilles en haut ! :p

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