Oita

Les Bouddhas de pierre d’Usuki

Quelle joie de vous parler enfin des Bouddhas de pierre d’Usuki ! Le site, que j’ai découvert grâce aux cartes postales gotochi, faisait partie de mes objectifs de voyage depuis au moins 2017. Malheureusement, à l’époque de mon premier passage en préfecture d’Oita, je n’avais pas réussi à l’inclure dans mon programme. Par chance, l’occasion d’y aller s’est présentée d’elle-même en avril 2024, tandis que je cherchais le meilleur itinéraire pour rejoindre Kyushu depuis la préfecture d’Ehime.

Un ferry relie en effet Yawatahama au terminal maritime d’Usuki. De là, il suffit de 20 minutes de marche pour rejoindre la gare JR, d’où partent les bus locaux menant aux fameux Bouddhas de pierre. Le site en lui-même n’est pas immense, mais mérite largement le détour, tout comme le centre historique d’Usuki où je me suis baladée avant de reprendre la route.

Après une longue matinée de train et de ferry au départ de Matsuyama, me voici donc en gare JR d’Usuki. L’énorme reproduction sur le parvis donne déjà le ton de la visite. Grâce à elle, impossible d’ignorer la présence des Bouddhas de pierre ! Et ce n’est pas plus mal, car l’endroit est assez isolé. Sans cette visibilité, il serait facile de passer à côté.

Vingt minutes de trajet plus tard, le bus local me dépose sur un parking perdu dans un décor champêtre, en face d’un petit centre d’accueil. L’endroit abrite tous les équipements utiles : distributeurs de boissons, coin lockers, toilettes publiques… Je laisse mon sac à dos à la consigne pour quelques yens, avant de rejoindre le guichet. Mon ticket en poche, il est temps de commencer la visite !

Un parcours totalement aménagé

Les Bouddhas de pierre d’Usuki sont un ensemble d’environ 60 statues réparties en quatre groupes principaux le long d’un itinéraire de visite soigneusement aménagé. Ce dernier forme une petite boucle serpentant à travers les collines boisées. Les statues étant gravées à même la roche, elles ne peuvent être déplacées. Des abris en dur protègent donc chaque groupe de sculptures des intempéries. L’ensemble est par ailleurs accessible aux personnes à mobilité réduite, à l’exception du groupe n°3 « San-no-san sekibutsu », qui se tient en haut d’une escalier assez raide.

©️ Usuki City Industry and Tourism Section

En résumé, ne vous attendez pas à une randonnée épuisante pour admirer les Bouddhas de pierre d’Usuki. Le parcours a été simplifié au maximum. C’est à la fois très positif en termes d’accessibilité, mais aussi un peu dommage, les aménagements rendant l’expérience quelque peu « artificielle ». Ceci étant dit, on oublie vite ce sentiment quand on se retrouve face aux statues en elles-mêmes, qui méritent largement leur réputation.

Les Bouddhas de pierre d’Usuki, un héritage de la grande éruption du mont Aso

S’il fallait une nouvelle preuve de la puissance du mont Aso, les Bouddhas de pierre d’Usuki en sont un témoignage. Les rochers dans lesquels ils sont sculptés sont en effet issus de la lave et des cendres propulsées lors de sa grande éruption, il y a environ 90 000 ans. Les sculptures datent quant à elles de la fin de l’époque de Heian (794-1185) et de la période Kamakura (1185-1333). On ignore cependant l’identité de leurs commanditaires et le motif de leur création.

Toutes ces représentations sont ce qu’on appelle des magaibutsu, autrement dit des figures de Bouddha sculptées dans une paroi rocheuse. Le premier groupe visible sur le parcours est celui des trois Bouddhas Amida, accompagnés de neuf statues plus petites. Puis vient un ensemble plus massif organisé en quatre tableaux distincts, dont trois trios de Bouddhas Nyorai.

Le troisième ensemble, appelé San-no-san sekibutsu, se cache en haut d’un escalier. Il représente encore une fois le Bouddha Nyorai, entouré de deux personnages au visage juvénile.

Furuzono sekibutsu

Le quatrième et dernier ensemble est le plus célèbre de tous. Il figure en effet sur la carte postale gotochi, le billet d’entrée du site, ou encore la reproduction visible en gare d’Usuki. Ce groupe se nomme Furuzono Sekibutsu.

La statue centrale représentant le Dainichi Nyorai est décrite sur la brochure du site comme la plus délicate statue de Bouddha du Japon. Elle date de la fin de l’époque de Heian. On peut voir au niveau de son cou une énorme entaille. En effet, sa tête s’est autrefois détachée et elle n’a été remise en place qu’en 1993.


Ce groupe est splendide et j’étais très émue de le voir enfin, après toutes ces années. J’avais évidemment emmené la gotochi card avec moi pour immortaliser l’instant ! Petit conseil : en quittant les lieux, ne manquez pas d’admirer le vieux torii moussu qui se dresse à proximité. Je le trouve particulièrement photogénique.


Notez, pour finir, qu’il est possible de prolonger la visite des Bouddhas de pierre du côté du temple Mangatsu-ji tout proche. Un étang de nymphéas se situe également dans les parages, à ne pas manquer si vous vous rendez sur place en juillet.

L’exploration terminée, me voici de retour à proximité de la gare pour une courte balade au pied du château d’Usuki. Construit en 1562, ce dernier n’a malheureusement plus de donjon, mais reste très impressionnant. Les murs de pierre de sa base sont d’origine, tout comme deux de ses tourelles (yagura). La porte principale a quant à elle été reconstruite en 2001, d’après des photographies datant de l’ère Meiji.

Je ne suis pas entrée dans l’enceinte du château en lui-même car je manquais de temps, mais j’ai pris plaisir à flâner un peu dans le quartier historique tout proche. Golden week oblige, je m’attendais à croiser du monde sur place mais j’ai été très étonnée de me retrouver quasiment seule dans les rues. Le surtourisme au Japon serait-il une légende ?^^ Quoiqu’il en soit, j’ai été vraiment charmée par l’atmosphère pittoresque des lieux.

Cité marchande très prospère au milieu du 16e siècle, Usuki abritait à cette époque un port important. La ville, qui commerçait notamment avec l’Europe et la Chine, conserve de cet âge d’or un riche patrimoine. Celui-ci inclut de nombreux temples et sanctuaires, mais aussi d’élégantes résidences de samouraïs. J’aimerais beaucoup prendre le temps d’explorer toutes ces merveilles à l’occasion d’un futur voyage. Malheureusement, je n’en ai pas eu le temps cette fois-ci.

Bye bye Usuki

L’escale à Usuki s’achève. Me voici en gare JR, attendant le prochain train pour la ville d’Oita, d’où je prendrai le bus vers Kurokawa Onsen le lendemain matin. Comme un dernier clin d’œil, la tête d’un Bouddha de pierre me tient compagnie sur le quai. Je savoure l’instant, heureuse d’avoir enfin réalisé un objectif de voyage qui me trottait dans la tête depuis plus de 7 ans…

J’espère que cette excursion vous aura plu autant qu’à moi. Usuki n’est certes pas la destination la plus célèbre de l’île de Kyushu, mais si vous appréciez les cités historiques de caractère, nul doute que vous trouverez ici votre bonheur. Pour ma part, j’espère avoir l’occasion de revenir sur place à l’avenir pour approfondir ma découverte des lieux. D’autant que j’ai un réel attachement pour la préfecture d’Oita, qui ne se résume pas seulement à Yufuin et aux Enfers de Beppu. Bye bye Oita donc… et à bientôt !


sekibutsu.com

  • Ligne Usuki-Miemachi (Oita bus) depuis la gare JR d’Usuki (16 arrêts, environ 20 min de trajet), descendre à l’arrêt Usuki Sekibutsu

Les différents groupes de statues sont accessibles aux personnes à mobilité réduite, à l’exception d’un seul. Des rampes sont présentes, et des fauteuils roulants sont à la disposition des visiteurs (dont un fauteuil roulant électrique).

2 commentaires

  • VioCha

    Lors de mon séjour sur Kyushu fin mai, j’ai fait une halte à Usuki sur le trajet en train Beppu > Miyazaki mais je me suis contentée de parcourir le centre ville. J’ai beaucoup aimé l’atmosphère un peu surannée, le calme incroyable, les très belles maisons du quartier historique et bien sûr le kawaii sanctuaire Akanekosha, le sanctuaire du chat rouge. Nous étions les seuls Occidentaux de la ville ce jour là et nous avons fait sensation à La Poste lorsque nous avons demandé à envoyer des lettres en France !

    • Passeport Japon

      Oh merci pour ton commentaire Viocha (ça me fait méga plaisir car trop peu de personnes prennent le temps d’écrire par ici) ❤️

      Je confirme que le quartier historique est vraiment splendide, j’étais frustrée de ne pas avoir le temps d’explorer le château et ton message me fait réaliser que j’ai raté le sanctuaire Akanekosha (dont j’avais pourtant déjà entendu parler, je ne sais plus où). Tu me donnes donc une excuse supplémentaire pour envisager un second passage dans la région !

      Pour les Bouddhas de pierre, je comprends que sur une courte halte, il soit difficile de les inclure. Ça représente 20 min de trajet x 2 + les temps d’attente pour les bus, et bien-sûr la durée de la visite en elle-même (qui n’est pas très longue, 1h max). Donc dans ton cas, le centre ville était clairement la meilleure option.

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