Fukui

Le temple Eihei-ji

Si vous prévoyez de voyager en préfecture de Fukui, nul doute que vous entendrez parler du temple Eihei-ji. Il s’agit en effet du plus spectaculaire site religieux local, une réputation largement méritée. Je m’y suis rendue lors de mon bref passage à Fukui au printemps 2023. De ce séjour, je vous ai déjà raconté ma visite du jardin Yokokan. La saison des pluies commençait tout juste dans la région et la météo était très capricieuse. C’est donc sous une pluie battante que je suis arrivée à Eihei-ji. Heureusement, comme vous le découvrirez plus loin, cette météo n’est pas vraiment un problème pour la visite des lieux.

Eihei-ji (litt. « temple de la paix éternelle ») a été fondé en 1244 par le moine Eihei Dôgen. Ce dernier voyagea plusieurs années en Chine et à son retour, introduisit au Japon la pratique du zazen. Il créa ainsi une nouvelle branche du bouddhisme zen, appelée école Sôtô. Celle-ci regroupe aujourd’hui près de 14 700 temples, plus de 15 000 moines et environ 7 millions de pratiquants. Ce qui en fait la plus importante école bouddhiste zen du Japon.

Depuis la gare de Fukui, on peut rejoindre Eihei-ji en bus. Le trajet dure environ 30 minutes et s’achève à l’entrée du village, non loin de la boutique Eiheiji Daruma Pudding. N’ayant pas eu le temps de prendre mon petit-déjeuner ce matin-là, je m’y suis arrêtée pour déguster une crème au caramel. Je vous laisse admirer le packaging du produit, inspiré par les traditionnelles poupées daruma.

Depuis ce point, il faut encore marcher une dizaine de minutes pour rejoindre l’entrée du temple, à l’extrémité de la rue Eiheiji Monzen peuplée de boutiques, salons de thé et restaurants. En cette journée pluvieuse, l’endroit était quasiment désert. Les montagnes boisées baignaient dans une brume mystérieuse.

Ici comme à Koyasan, les magasins débordent de souvenirs religieux. Chapelets bouddhistes, statuettes de divinités, amulettes et autres colifichets encombrent les étals. Je flâne d’une enseigne à l’autre, le temps que la pluie se calme un peu. Dans la rue, c’est la nature qui déborde des façades. L’ambiance est aussi sereine que le visage des jizô en prière.

Me voilà enfin à l’entrée du complexe religieux. Majestueuse, elle est bordée de hauts arbres et de pierres moussues. Une forte odeur d’humus imprègne l’atmosphère, tandis que le son de la rivière proche caresse mes oreilles. La visite commence.

Toujours sous une pluie battante, je remonte le chemin menant au temizuya, le petit pavillon abritant une fontaine de purification. J’y reste quelques instants, le temps d’admirer l’étang situé à proximité, peuplé de statues et bordé de lanternes moussues. Le spectacle est magnifique.

L’élégante porte du complexe, ou Chokushimon, se trouve juste derrière, au bout d’un escalier de pierre dominé par de hauts arbres. Malheureusement, son accès est condamné par des barrières en bois, ce qui me déroute un peu : on n’entre pas à Eihei-ji comme dans la plupart des temples japonais semble-t-il.

Le véritable accès se situe à gauche du temizuya. Moins spectaculaire mais bien visible, ce passage abrite une billetterie où convergent les autres visiteurs. Le tarif n’est pas très élevé, quelques centaines de yens. Le tout premier édifice auquel le billet donne accès est le centre de formation (ou kinchijokaku), avec son vaste hall d’accueil.

À partir de là, la visite est totalement abritée et il suffit de suivre le parcours fléché, en prenant soin de retirer ses chaussures. Un sac plastique est fourni pour les transporter.

Quelles sont les règles à observer lors de la visite du temple Eihei-ji ?

D’après plusieurs témoignages, un moine accueille généralement les visiteurs pour leur donner oralement quelques directives, mais ça n’a pas été mon cas (j’ignore pourquoi). Voici donc les règles à connaître avant de partir en exploration, au cas où vous seriez dans la même situation que moi :

  • Porter une tenue appropriée
  • Être sobre
  • Se montrer respectueux de la tranquillité des lieux, en particulier durant les séances de méditation
  • Tenir sa gauche pour circuler dans les couloirs et les escaliers
  • Rester dans les couloirs et ne pas entrer dans les jardins
  • Ne pas toucher le mobilier et les objets de culte
  • Ne pas fumer en-dehors des espaces dédiés
  • Ne pas photographier les moines

Un lieu de culte spectaculaire

Premier étape du parcours, le Sanshôkaku abrite une vaste salle habillée de 220 tatami. Son plafond, décoré de peintures circulaires représentant des motifs inspirés par la nature, est une vraie merveille. En 1930, 144 artistes ont œuvré à sa réalisation afin de commémorer le 650e anniversaire de la mort du moine Koun Ejō.

Il faut longer cette salle par le couloir de gauche pour rejoindre la deuxième partie du complexe, un réseau de couloirs et d’escaliers en bois reliant différents bâtiments nichés à flanc de colline, dont les plus anciens remontent au milieu du 18e siècle. Depuis sa fondation en 1244, le temple Eihei-ji a en effet été plusieurs fois incendié et reconstruit au fil des siècles.

L’atmosphère, dans cette partie du complexe, est incroyable ! On a l’impression d’arpenter un labyrinthe de corridors et d’escaliers sans fin ouvrant sur de splendides jardins. Chaque point de vue donne envie de sortir son appareil photo pour immortaliser la beauté des lieux. Et qu’importe la météo, toute la visite s’effectue à l’abri.

Le plan du temple Eihei-ji n’est pas si compliqué qu’on pourrait l’imaginer. Il inclut à la fois des espaces de prière, d’apprentissage et de vie. Car Eihei-ji n’est pas seulement un lieu de culte. C’est aussi une école de formation, où plus de 150 moines enseignent et étudient le zazen tout au long de l’année.

Les incontournables du temple Eihei-ji

Le temple et les jardins du temple Eihei-ji occupent une surface de près de 330 000 m2. Il y a beaucoup à voir, comptez donc une bonne heure (voire 1h30) pour en faire le tour, sachant que de nombreuses parties du complexe sont évidemment fermées au public (en particulier les lieux de vie des moines). Le Butsuden et la salle de conférence (Hattô) richement décorée sont parmi les espaces les plus impressionnants. Le Butsuden abrite notamment trois statues de bouddhas : l’Amida Butsu (Bouddha du passé), le Shakyamuni Butsu (Bouddha du présent) et le Miroku Bosatsu (Bouddha du futur).

La porte Sanmon, bâtie en 1749, mérite également le coup d’œil. Il s’agit du plus ancien édifice du complexe. De là, on peut notamment admirer le shôrôdô, la tour de la cloche, ainsi que les traditionnelles statues gardiennes.

Mon coup de cœur personnel, enfin, est le Jôyôden, le calme mausolée où sont conservées les cendres de Dôgen. J’ai trouvé l’endroit magnifique et très apaisant, en particulier sous cette pluie mélancolique. L’édifice se niche dans la partie la plus élevée du complexe, il faudra donc grimper plusieurs escaliers pour le rejoindre.

Pratiquer la méditation au temple Eihei-ji

Outre la visite classique, le temple Eihei-ji propose à ses visiteurs des initiations à la pratique du zazen. D’une durée de 50 minutes environ, l’expérience a lieu trois fois par jour à 10h, 13h30 et 15h30, et ne nécessite pas de réservation préalable. Il suffit de s’inscrire à la réception au moins 5 minutes avant le début de la séance. Le tarif est de 500¥, et même si la connaissance du japonais est grandement recommandée, il est possible de bénéficier de quelques instructions en anglais si besoin.

Je n’ai pas eu la chance de vivre cette expérience malheureusement, car j’avais prévu ce jour-là une autre excursion du côté des ruines du clan Ichijodani Asakura et mon timing était serré. Avec le recul, c’est un vrai regret pour moi et je vous recommande vivement de garder un peu de temps pour profiter de ce moment rare. Par ailleurs, des retraites de plusieurs jours sont également possibles, le temple Eihei-ji disposant d’hébergements destinés aux voyageurs (réservation obligatoire selon dates disponibles).

En conclusion

J’ai été très impressionnée par le temple Eihei-ji, indéniablement l’un des plus beaux temples bouddhistes que je connaisse au Japon. L’endroit accueille chaque année plus d’un million de visiteurs, un exploit dans cette région reculée du « Japon de l’envers », et ce n’est pas un hasard. Notez par ailleurs que l’inauguration récente de la ligne de shinkansen reliant Fukui à Tokyo rend la destination bien plus accessible qu’auparavant. Pas d’excuse donc, si vous passez dans les parages : le temple Eihei-ji est un incontournable à Fukui.


Ligne Echizen railway Katsuyama Eiheiji depuis Fukui ou Katsuyama, descendre en gare d’Eiheijiguchi puis prendre le bus 86 ou 88 en direction du temple Eiheiji (15 min de trajet, descendre à l’arrêt Eiheiji).

Bus Keifuku, plusieurs itinéraires possibles :

  • Eiheiji Liner Express depuis la gare de Fukui (sortie n°1)
  • Bus n°86 ou 88 (ligne Ashihara Maruoka Eiheiji) depuis Awara Onsen
  • Bus n°88 depuis la gare d’Eiheijiguchi

Malgré ses nombreux escaliers, le temple Eihei-ji est accessible aux personnes à mobilité réduite. Celles-ci peuvent notamment visiter la salle au plafond peint et la porte principale Sanmon. Seuls les espaces situés sur les hauteurs de la colline (notamment le Daibutsuden, la salle de conférence Hattô et le Jôyôden) demeurent inaccessibles aux fauteuils roulants.

Les PMR peuvent également participer aux cérémonies religieuses et aux initiations à la méditation.

Le complexe dispose par ailleurs de fauteuils roulants de location, de rampes, d’ascenseurs et de toilettes polyvalentes.

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