Atelier de poterie Nagori Céramique, Le Mans
Le Japon en France

Dans l’atelier de Nagori Céramique

Depuis 2017, Nagori Céramique fabrique avec talent des pièces de vaisselle et autres objets décoratifs d’inspiration japonaise. C’est dans la campagne proche du Mans, à Yvré l’Evêque, que se cache l’atelier d’Eugénie. Un lieu riche et inspirant pour tous les amoureux du Japon.

Parmi les créateurs et blogueurs japonophiles, Eugénie fait partie de ceux que je connais depuis le plus longtemps. Je l’ai rencontrée à plusieurs reprises, et j’ai suivi avec intérêt sa reconversion vers l’artisanat dès 2016, après une première carrière de designer. Depuis, Nagori Céramique a bien évolué, entre boutique en ligne, ateliers de kintsugi et cours de poterie. C’est donc avec plaisir que je me suis rendue dans la région du Mans, pour visiter son atelier et découvrir ses secrets. J’avais surtout envie de comprendre le lien entre son activité de céramiste et le Japon.

En ce qui me concerne, la céramique japonaise est un artisanat pour lequel j’éprouve un vif intérêt depuis ma visite d’Arita, de Karatsu et du village de potiers d’Okawachiyama en 2017. J’ai également participé à quelques ateliers raku en 2013, et croisé de superbes porcelaines kutaniyaki à Kanazawa, avant d’y vivre ma toute première cérémonie du thé.

 Je ne suis donc pas spécialiste du sujet, mais je suis sensible à l’esthétique japonaise et surtout à la philosophie qui se cache derrière le savoir-faire de l’artisan. 

Nagori Céramique, entre influences japonaises et culte de la matière

Découvrir l’atelier d’un artiste ou d’un artisan est toujours source d’émerveillement. Pour celui qui cultive son imaginaire, il règne dans ces lieux une atmosphère singulière, un peu comme si l’inspiration elle-même flottait dans l’air. 

Dans l’antre de l’artiste

Le joyeux bric-à-brac de l’atelier d’Eugénie ne trompe pas : ici, on expérimente, on façonne, on travaille la terre de ses mains… et on se salit. De ce point de vue, le design graphique est un métier éminemment aseptisé. Sur un ordinateur, la création et toutes ses phases d’expérimentation ne laissent guère de traces concrètes. D’où, peut-être, ce besoin impérieux de revenir au réel, à une dimension plus tangible ? C’est, en tout cas, la première chose qui m’est venue à l’esprit en découvrant l’atelier de Nagori Céramique.

Atelier de Nagori Céramique, Le Mans

Lumineux et spacieux, ce dernier occupe l’une des dépendances d’un vaste centre équestre, en périphérie de la ville du Mans. L’endroit ne manque pas de charme, avec son sol de pierre, ses poutres apparentes et ses boiseries murales. Autour d’un grand plan de travail quelque peu encombré, les étagères débordent de poteries en cours de séchage et de flacons d’ingrédients mystérieux. Eugénie m’explique qu’il s’agit principalement de minéraux, parfois toxiques sous leur forme brute, qui servent à fabriquer l’émail.

Près du tour de potier, des restes d’argile encore fraîche témoignent de ses récentes expérimentations, tandis qu’une joyeuse tribu de Popumomo attend sagement d’être mise au four. Ces adorables créatures, issues de l’imagination de l’artiste japonaise Mato, témoignent sans le moindre doute de l’amour d’Eugénie pour le Japon. Il faut dire qu’elle connaît le pays à la perfection, pour avoir étudié 3 ans à l’INALCO et y avoir voyagé à de nombreuses reprises dès 2006.

Que signifie Nagori Céramique ?

Lorsqu’elle débute son activité en 2017, Eugénie choisit déjà un nom japonais : Atelier Tsukumogami. Issu du folklore japonais, le terme signifie littéralement « esprit de 99 ans ». Il désigne un objet qui prend vie en atteignant sa centième année. Mais « tsukumogami » est un mot difficile à prononcer et à retenir. En 2020, Eugénie choisit donc un nouveau nom, Nagori Céramique.

Pourquoi « nagori » (qui désigne l’empreinte des vagues sur le sable) ? Parce que ce terme, découvert dans le livre éponyme de Ryoko Sekiguchi, lui évoque un sentiment puissant, moteur de son travail. Ce sentiment, c’est la nostalgie du temps qui passe lorsqu’une saison s’achève… et la joie de savoir qu’elle reviendra, encore et encore, tout comme la vague repasse sans cesse. Étrange hasard: les tasses Nami, qu’Eugénie fabrique depuis plus de 4 ans, sont justement inspirées par cette image. Il s’agit de la toute première collection commercialisée dans sa boutique.

L’influence du wabi sabi chez Nagori Céramique

L’univers de la céramique japonaise est vaste, foisonnant, et le travail de Nagori Céramique n’a rien de comparable avec celui des potiers d’Okawachiyama. La porcelaine ? Trop lisse, trop propre. Quand on questionne Eugénie sur ses influences, elle cite notamment Nobue Ibaraki, Takashi Endo, Yukico Yamada ou En Iwamura. Quatre céramistes très différents, qui partagent cependant un amour de la matière brute, et, pour au moins trois d’entre eux, un univers très proche de l’esthétique wabi sabi.

Atelier de Nagori Céramique, Le Mans

Apparu dès le 15e siècle dans la littérature japonaise, le wabi sabi s’appuie sur deux concepts. Wabi évoque la simplicité, le naturel, la dissymétrie des choses, ainsi que la solitude. Sabi, quant à lui, qui désigne la marque du temps, par exemple la rouille ou la patine.

Le wabi sabi invite donc à admirer la beauté des choses imparfaites, à revenir à la simplicité, la sobriété et, finalement, à une forme de modestie. Les oeuvres qui en résultent, désarçonnantes, donnent l’impression d’avoir été mal conçues. Elles reposent néanmoins sur un savoir-faire technique très précis. Le kintsugi, technique visant à réparer un objet brisé en sublimant ses cassures avec de l’or, se rattache également à cette esthétique. Et c’est justement cet aspect brut, guidé par la matière elle-même, qui caractérise le travail de Nagori Céramique. 

Travailler avec la terre

La céramique est un art du feu qui demande de la patience. Il ne s’agit pas de dominer la matière, mais de travailler avec elle, et chaque étape requiert du temps pour parvenir au résultat souhaité. Bois, sable, liquides, pierre… C’est l’émotion au contact des textures qui guide Eugénie dans son travail. Elle s’inspire beaucoup de ses souvenirs de voyages également, pour renouer avec la campagne japonaise, sa nature et ses paysages, qui évoluent au rythme des saisons.

La réalisation d’une pièce peut lui demander jusqu’à 2 semaines de travail. Ce temps inclut le façonnage de la forme (souvent en plusieurs séances), le séchage plus ou moins lent et contrôlé (pour ne pas brusquer la terre), la cuisson… L’émaillage, qui consiste à recouvrir la céramique d’un glaçage étanche, est une étape particulièrement importante. C’est elle qui donne à chaque création son esthétique propre et sa couleur. Une deuxième cuisson est nécessaire pour fixer l’émail, et rendre une pièce de vaisselle propre à l’usage alimentaire. 

C’est le respect de la terre pendant tout le processus qui permet d’avoir une céramique unique, habitée, que l’on aime utiliser au quotidien. Les aliments ont une saveur différente dans une céramique fabriquée de cette façon.


Eugénie, créatrice de Nagori Céramique

Vous l’aurez sans doute compris, chaque pièce réalisée par Eugénie est donc 100% unique, pleine de personnalité et fabriquée avec coeur… C’est d’ailleurs ce que j’aime le plus dans son univers. Vous ne connaissez pas encore Nagori Céramique ? Rendez-vous sur nagoriceramique.fr pour découvrir son univers. Pendant ce temps, vous m’excuserez : je file boire un sobacha dans ma magnifique tasse Sora… Matane !

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