Nara

Une journée à Nara

S’offrir une journée d’excursion à Nara fait partie de ces traditions immuables lorsqu’on séjourne à Kyoto. J’ai sacrifié à cette tradition lors de mon premier voyage au Japon, ce qui m’a donné l’occasion de savourer l’atmosphère du hanami dans l’ancienne capitale de l’archipel.

On l’ignore bien souvent, mais Nara partage avec Kyoto la particularité d’avoir été capitale du Japon (de 710 à 784). La ville conserve de cette époque un patrimoine exceptionnel, incluant le mythique temple Todai ji et son immense Bouddha de bronze. Depuis 1998, les monuments historiques de l’ancienne Nara sont d’ailleurs inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, une reconnaissance amplement méritée.

Nara-koên, le grand parc de Nara

Les plus célèbres lieux de visite de Nara se situent à l’est de la ville, aux alentours du parc de Nara (Nara-koên). Depuis la gare JR centrale, on rejoint cette belle et vaste étendue boisée en traversant une longue rue commerçante (Sanjo dori). Ses environs regorgent de boutiques de souvenirs, de cafés et de restaurants. De quoi se faire plaisir sur le trajet du retour…

Le temple Kôfuku ji

En quittant Sanjo dori, la première étape de la journée est le temple Kôfuku ji, reconnaissable à son imposante pagode à cinq étages. Haute d’environ 50 mètres, cette pagode est l’une des plus grandes du Japon, classée Trésor National. 

Plusieurs fois incendiée, frappée par la foudre, voire même complètement détruite, la pagode du Kôfuku ji est actuellement en rénovation… et il était temps ! Sa précédente rénovation datait de 1426. Les travaux, débutés en 2020, dureront jusqu’à 2023. 

Plus qu’un simple temple, Kôfuku ji est un vaste complexe bouddhiste qui aurait comporté, à son apogée, entre 150 et 200 bâtiments. Il est l’oeuvre du clan Fujiwara, noble famille qui engendra, au fil des siècles, plusieurs régents au service de l’Empereur. L’histoire de cette famille est tellement mêlée à celle du Japon que Kôfuku ji abrite désormais un musée des Trésors Nationaux, considéré comme l’un des plus beaux de l’archipel. Je ne l’ai pas visité cela dit, car j’était trop impatiente de partir à la rencontre des habitants du parc, les fameux cerfs japonais (nihonjika), dont la bouille craquante attire photos et caresses…

À la rencontre des cerfs de Nara

Tout comme Miyajima, Nara fait partie de ces destinations japonaises qui abritent une colonie de cerfs peu farouches. Environ 1300 individus vivraient dans les parages, dont 900 évoluant en totale liberté. Très gourmands et curieux, la plupart se laissent approcher sans broncher, avec l’espoir de récolter quelques friandises au passage. 

Ça tombe plutôt bien, car en divers endroits du parc, de petites échoppes ambulantes commercialisent pour ¥150 des senbei dont les nihonjika raffolent. Impossible de résister bien longtemps à leurs assauts lorsqu’on tient une galette en main!

Avec le recul, je suis assez partagée sur cette pratique qui rend les animaux très dépendants à l’Homme. C’est d’ailleurs ce qu’a prouvé le confinement: en l’absence de touristes, certains cerfs incapables de se nourrir seuls ont montré des signes de malnutrition, quand d’autres se sont aventurés loin dans la ville. Malgré tout, je ne peux pas nier que je suis tombée sous le charme des adorables habitants du parc de Nara, croisés tout au long de cette journée d’excursion.

Les temples et sanctuaires mythiques de Nara

Si le patrimoine de Nara a été salué par l’UNESCO, ce n’est pas un hasard. La ville abrite en effet de véritables trésors d’architecture, parmi lesquels l’impressionnant temple Todai ji, qui reste pour moi un souvenir particulièrement marquant.

Le monumental Todai ji et son daibutsu de bronze

Todai ji, dont le nom en kanji signifie littéralement « grand temple de l’Est », a été achevé dans les années 750. Son bâtiment principal, le Daibutsu-den, est une construction incroyable, de loin le plus impressionnant temple bouddhiste que j’ai visité au Japon. Il dépasse sans peine le honden d’Higashi Honganji, pourtant l’un des plus grands bâtiments en bois du monde. Et pour cause: c’est Todai ji lui-même qui détient le record. Haut de 57 mètres, l’actuel Daibutsu-den est pourtant bien loin de rivaliser avec l’édifice originel, qui mesurait… 86 mètres de haut (et dont la construction aurait, d’après les historiens, vidé les caisses du pays).

La statue visible dans le temple n’est pas non plus d’origine. Elle date du 17e siècle et mesure environ 15 mètres de haut (18 mètres si on tient compte de son piédestal). Le Daibutsu d’origine était plus grand d’un mètre. On raconte également que sa réalisation aurait épuisé une grande partie des réserves de cuivre de l’archipel, entraînant une pénurie. La statue était recouverte de feuilles d’or. 

Détruit à plusieurs reprises, le temple Todai ji est aujourd’hui un édifice plus modeste mais toujours très impressionnant. Je me suis sentie minuscule en franchissant ses portes, et en admirant d’en bas ses colossales charpentes de bois. Difficile d’imaginer la démesure du bâtiment d’origine.

Kasuga Taisha, le sanctuaire aux mille lanternes

Kasuga Taisha est l’autre merveille de Nara. Malheureusement, j’en garde un souvenir moins marquant (et peu de photos) car il était en travaux lors de ma visite en avril 2016. Il se situe au sud-est du Todai ji, dans la forêt primitive de Kasugayama, qui borde le parc de Nara.

Ce qui fait la renommée de Kasuga Taisha est le nombre impressionnant de lanternes qu’on y trouve. On en dénombre près de 3000, dont 1000 lanternes de pierre qui jalonnent le sentier enchanteur menant au bâtiment principal. Ce dernier est lui-même orné de milliers de lanternes de bronze, suspendues avec ferveur entre les piliers vermillons.

À la manière du temple Kôfuku ji, Kasuga Taisha est le sanctuaire tutélaire de la famille Fujiwara. Vraisemblablement achevé en 768, il est principalement dédié à quatre divinités: Ame-no-koyane, Futsunushi, Himegami et Takemikazuchi.

Coups de coeur à Nara

À présent que le tour des incontournables est terminé, il est temps pour moi de vous parler de ce qui m’a le plus marqué à Nara. J’aurais pu évoquer le joli jardin Isuien (où j’ai croisé la rose parfaite!), ou l’atmosphère chaleureuse de Sanjo dori. Mais je préfère rester dans le registre de l’art de vivre et de la spiritualité.

Il règne en effet à Nara une ferveur incomparable qui m’a touchée. J’ai aimé me balader parmi les élégantes en kimono venues profiter des derniers jours du hanami, et admirer leurs chevelures ornées de fleurs en tissu.

Prière dans un petit sanctuaire, préfecture de Nara

J’ai aussi aimé flâner dans les rues et y croiser cette vieille dame en prière, à l’entrée d’un discret sanctuaire qu’aucun touriste ne visitera jamais…

Le mignon sanctuaire Tamukeyama Hachimangu

Parmi tous les impressionnants édifices religieux de Nara, mon préféré est sans doute le tout petit sanctuaire Tamukeyama Hachimangu, niché dans la forêt à l’est du parc. Je ne sais pas réellement pourquoi j’en garde un souvenir si agréable. Peut-être pour son calme qui contrastait avec l’effervescence du Todai ji ? Ou pour le décor intime et romantique de ses vieilles lanternes moussues, égayées par le rose tendre des cerisiers en fleurs ?

Quoi qu’il en soit, Tamukeyama Hachimangu est un endroit enchanteur. Si vous visitez les lieux, vous le reconnaîtrez à ses colombes représentées partout, sur les lanternes, mais aussi les ema vendus en boutique. Hachiman est le kami de la guerre, et pourtant l’endroit m’évoque davantage l’un de ces sanctuaires des amoureux que les couples japonais fréquentent assidûment. 

Je suis complètement tombée sous le charme, et c’est pourquoi j’ai décidé de  m’attarder un peu parmi les cerfs, à l’ombre des grands arbres, avant de rejoindre tranquillement la gare au crépuscule.

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