Kanagawa

L’île d’Enoshima

Site emblématique du Shônan, la zone côtière balnéaire la plus proche de Tokyo, Enoshima est une belle escale à découvrir, non loin de Kamakura. Entre rues commerçantes, sanctuaires, grottes et observatoires haut perchés offrant vues sur le Mont Fuji et l’Océan Pacifique, l’île vous occupera sans peine une demi-journée entière.

Si la préfecture de Kanagawa fait partie de mes favorites au Japon, c’est pour l’incroyable diversité de ses paysages. J’ai déjà longuement parlé d’Hakone et de ses onsen. Il est temps pour moi d’évoquer ici la côte de Shônan, qui occupe tout le sud de la préfecture, le long de la baie de Sagami jusqu’à Miura. Cette côte est la zone balnéaire favorite des Tokyoïtes, qui aiment s’y évader pour le week-end et y pratiquer les sports nautiques. Il faut dire qu’Enoshima n’est qu’à une heure de train de la capitale. On y accède de préférence via le chemin de fer électrique d’Enoshima (ou Enoden), l’une des lignes touristiques les plus emblématiques du Kanto, qui dessert également le Grand Bouddha de Kamakura.

Comme un air de vacances à Enoshima

Ciel bleu et mer azur… J’ai bénéficié de conditions quasi estivales lors de mon passage à Enoshima, où l’ambiance était merveilleusement décontractée. Il faut dire qu’entre deux journées d’activités effrénées à Tokyo, une excursion sur la côte est une vraie bouffée d’oxygène! Repère de surfeurs bronzés, l’île fait face aux vastes plages de la ville de Fujisawa, à laquelle elle est administrativement rattachée. On y accède par un pont décoré de hauts palmiers, qui offre une vue incomparable sur la baie de Sagami et le mont Fuji par beau temps.

Enoshima n’est guère immense (à peine 4km de circonférence), mais assez escarpée. Recouverte d’arbres, elle est surmontée d’une haute tour d’observation à 360°, l’Enoshima Sea Candle. L’essentiel se situe sur les hauteurs de l’île. Il faut donc grimper, à pied ou au moyen d’un escalator (payant), pour atteindre les différents spots touristiques disséminés dans les environs.

Côté Pacifique, un escalier permet également de descendre le long des falaises pour atteindre les grottes Iwaya, berceau des croyances locales. L’île d’Enoshima est en effet associée à une légende, celle de la déesse Benten et de son époux dragon. On raconte que ce dernier terrorisait autrefois la baie de Sagami, dévorant les enfants. Pour le débusquer, Benten fit surgir l’île d’Enoshima du fond des eaux. C’est alors qu’elle réalisa que le dragon agissait ainsi pour tromper sa solitude. Benten lui proposa alors un marché: elle l’épouserait en échange de sa promesse de ne plus attaquer les humains. Depuis, Enoshima est considérée comme une île des amoureux, spot romantique par excellence où l’on vient en couple pour s’assurer un bonheur éternel.

Sur les hauteurs d’Enoshima

Une visite d’Enoshima commence immanquablement par la traversée de la rue commerçante Benzaiten Nakamise Dori, menant à Enoshima-jinja, le principal sanctuaire de l’île. Cette rue vraiment agréable, bordée de restaurants et de stands de street food, baigne dans d’appétissants fumets de nourriture. Deux spécialités locales sont à découvrir: tout d’abord le shirasu, riz accompagné d’alevins (jeunes poissons) servis crus ou cuits ; ensuite, l’Enoshima-don, un bol de riz recouvert d’un mélange de turbo haché et d’oeuf.

Benzaiten Nakamise Dori offre également de nombreuses distractions, notamment des boutiques de souvenirs débordantes de trésors.

L’ascension d’Enoshima

Ce n’est qu’une fois arrivé aux abords du sanctuaire, dont l’entrée est marquée par un grand torii rouge, que l’ascension débute réellement. L’endroit est joli, coloré… bien que très fréquenté. J’aime l’atmosphère apaisante et la ferveur sincère qui se dégage de ces sanctuaires shinto, où les omikuji s’agitent doucement au rythme du vent.

À partir de ce point, si vous aimez gravir d’interminables escaliers de pierre, vous serez servis ! À moins d’investir quelques yens dans l’achat d’un pass Enoshima ESCAR (entre ¥300 et ¥400) qui vous donnera accès aux différents escalator menant au sommet de l’île. C’est l’option que j’ai choisi, qui permet de s’épargner environ 20 minutes d’ascension.

Il suffit ensuite de prendre les escaliers dans le sens de la descente pour profiter des différents édifices religieux disséminés sur les flancs de la montagne, en toute tranquillité.

Enoshima Sea Candle et le jardin Samuel Cocking

Trois escaliers mécaniques plus tard, me voici donc à l’entrée du jardin Samuel Cocking, fondé en 1882 en l’honneur d’un illustre marchand anglais, et aux abords duquel se dresse la Sea Candle, point culminant de l’île.

Vous commencez à connaître mon attrait pour les observatoires japonais, et puisque le Fujisan semblait bien décidé à se montrer ce jour-là, je n’ai pas résisté à l’envie de grimper au sommet de la Sea Candle, après une promenade rapide dans le jardin voisin. Ce dernier est plutôt agréable. Il s’agit d’un jardin botanique, qui comporte plusieurs espaces dédiés aux villes jumelées avec Enoshima : Miami Beach (USA), Matsumoto (Japon), Kunming (Chine), Windsor (Canada) et Boryeong (Corée du Sud). J’ai particulièrement aimé son superbe pavillon chinois, mais la visite m’a semblé assez anecdotique.

La Sea Candle est plus intéressante. Cette tour n’est pas seulement un observatoire: c’est avant tout un phare, inauguré en 2003 en remplacement du vieux phare construit dans les années 1950. Haute de 60 mètres, la “bougie marine” porte bien son nom. Sa forme, assez originale, évoque réellement celle d’une bougie dominant la baie de Sagami, à environ 107 mètres au-dessus du niveau de la mer. On accède à son sommet par un ascenseur, puis un escalier menant à la terrasse panoramique, qui offre une vue à 360° sur la baie, le Fujisan et, au loin, l’océan Pacifique.

De là-haut, on peut aussi observer les rapaces tournoyer. Attention à ces petits chapardeurs, qui n’hésitent pas à fondre sur les visiteurs distraits pour leur voler leur déjeuner!

Des grottes Iwaya à la cloche de l’amour

Cap à présent sur l’ouest de l’île, en suivant la petite rue commerçante menant aux abords du sanctuaire Okutsumiya. Cet itinéraire conduit à un escalier étroit, relativement escarpé, qui rejoint l’abysse de Chigogafuchi et, plus loin, les grottes Iwaya. À moins de prendre le ferry en contrebas, cette portion de chemin, vous devrez la faire en sens inverse au retour. Vous voilà prévenus!

Visiter les grottes Iwaya

Avis aux claustrophobes, les grottes Iwaya offrent quelques passages un peu étroits, mais rien d’insurmontable. Muni d’une bougie fournie à l’entrée du site, vous voilà plongé dans l’exploration de deux cavités naturelles, de 152 et 56 mètres de profondeur, formées au fil des millénaires par l’érosion marine. Si ces dernières sont aujourd’hui sécurisées et aménagées pour le tourisme, on y ressent toujours une certaine aura mystique.

Il faut dire que ces grottes abritaient, jusqu’à l’ère Edo, des lieux de culte primitifs, mis au jour par les archéologues japonais. Quelques traces de cette occupation demeurent visibles par endroits. Au fil de la visite, on croise également une statue de dragon, ainsi qu’une stèle sur laquelle est gravé un haiku de Matsuo Basho, célèbre poète japonais. Quelques panneaux d’interprétation permettent d’en apprendre davantage sur le folklore local.

La visite des grottes Iwata dure environ 30 minutes.

Célébrer l’amour à Enoshima

Il est temps de retourner aux abords du sanctuaire Okutsumiya, en reprenant l’escalier étroit, dans le sens de la montée. Pas d’escalator pour vous aider cette fois, mais la vue sur le grand large mérite bien ces quelques efforts. Si la météo est avec vous, profitez de l’agréable balade qui longe les falaises et l’abysse de Chigogafuchi: la vue y est absolument magnifique.

Le sanctuaire Okutsumiya est très agréable lui aussi. On peut notamment y croiser un autel niché dans une petite caverne gardée par un impressionnant dragon de pierre. Un peu à l’écart, un sentier forestier vous emmènera dans un recoin caché, où vous attend la fameuse cloche de l’amour, que les couples de passage font sonner pour bénir leur relation.

Une fois vos prières accomplies, ne reste plus qu’à rejoindre l’entrée de l’île. Deux itinéraires s’offrent à vous: à l’ouest, le petit sentier menant au pont Midori ou, à l’est, les escaliers pentus. Dans tous les cas, vous atterrirez aux abords d’Enoshima-jinja.

Faut-il visiter Enoshima ?

La réponse est incontestablement “oui”, avec une petite réserve liée à votre condition physique. Même en utilisant l’escalator à l’aller, la visite d’Enoshima est assez fatigante, en particulier si vous souhaitez faire le tour des grottes Iwaya. Cela dit, l’effort en vaut la chandelle, et si vous prenez votre temps, la promenade n’a rien d’insurmontable. Petit bonus en fin de visite: un ashiyu (bain de pied public) se situe à proximité du pont. Son accès est payant (mais pas très cher), de quoi vous requinquer avant de rejoindre la ligne Enoden.

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