Nagasaki

Le parc de la Paix à Nagasaki

Le parc de la Paix de Nagasaki n’est pas moins émouvant que celui d’Hiroshima. D’un site de mémoire à l’autre, le traitement des événements s’avère pourtant un peu différent.

Lors de ma visite, j’étais accompagnée d’Angélique et Yasumasa, un couple franco-japonais très attaché à l’histoire de Nagasaki. Yasumasa m’a raconté que ses deux grand-mères faisaient partie des survivantes de la catastrophe. En le voyant au bras d’Angélique, je n’ai pas pu m’empêcher de penser que leur amour était le fruit d’un vrai petit miracle.

Dans les allées du parc de la Paix de Nagasaki

4/5

Inauguré en 1955, le parc de la Paix de Nagasaki est sans conteste une étape incontournable de ce périple, à la découverte des sites de mémoire de la ville. Plus petit que celui d’Hiroshima, il s’étend au sommet d’un promontoire offrant un jolie vue sur le quartier d’Urakami. On y accède en tramway, depuis la gare de Nagasaki, en descendant à l’arrêt Peace Park (平和公園) après environ 18 minutes de trajet. L’ascension s’effectue ensuite via un grand escalier, doublé d’un escalator entièrement couvert. On se retrouve alors dans un vaste parc aménagé « à l’occidentale », avec fontaine et larges allées pavées au bord desquelles dansent paisiblement les feuillages des gingko.

La Fontaine de la Paix est vraisemblablement la première chose que vous remarquerez, avec ses hauts jets d’eau représentant les larmes des victimes de la bombe atomique. Elle se situe dans l’axe d’une large allée menant à une esplanade abritant la Statue de la Paix. Inaugurée en 1955 pour commémorer les dix ans de la catastrophe, elle est l’oeuvre du sculpteur Kitamura Seibô (1884‑1987), et mesure presque 10 mètres de haut !

La Statue de la Paix

De couleur bleue, cette sculpture en bronze monumentale représente une allégorie de la Paix universelle, ni totalement orientale, ni totalement occidentale. Si son visage rappelle celui des représentations classiques du bouddha, les yeux mi-clos et l’expression apaisée, sa coiffure et son impressionnante musculature m’évoquent davantage les divinités gréco-romaines de l’Antiquité. Un mélange culturel qui correspond plutôt bien à l’identité cosmopolite de Nagasaki. Et aussi à l’universalité du message.

Le doigt accusateur, pointé vers le ciel, représente le bombardement et la guerre. Le bras gauche tendu, quant à lui, symbolise la paix qui s’étend sur le monde.

Au pied de la statue, parmi les fleurs, on retrouve des centaines d’orizuru. Ces grues en origami, dont j’ai déjà parlé dans mon article dédié à Hiroshima, symbolisent la paix. Non loin de là, une Cloche de la Paix invite au recueillement.

Le Parc de la Paix de Nagasaki abrite également de nombreux monuments aux morts plus petits, offerts à la ville entre 1978 et 2006, et qui bordent l’allée centrale. Ils viennent du monde entier: Portugal, Tchécoslovaquie, Bulgarie, RDA, URSS, Chine, Cuba, Nouvelle-Zélande… Certaines stèles ou statues proviennent de communes jumelées à Nagasaki, comme Middleburg pour les Pays-Bas, Santos pour Brésil, ou St. Paul (Minnesota) pour les États-Unis. D’autres rendent hommage aux victimes chinoises et coréennes de la catastrophe.

Sur les plaques d’égouts du quartier, l’hortensia, symbole de la ville, est représenté sous une « pluie noire ». Ce phénomène, observé suite aux bombardements atomiques, est causé par la retombée des cendres et poussières radioactives contenues dans l’atmosphère.

Une vue sur la cathédrale Sainte-Marie d’Urakami

En contournant la statue de la Paix, on accède un peu plus loin à une jolie vue sur le quartier d’Urakami, principale cible du bombardement. Il s’agit d’un autre des principaux sites de mémoire de Nagasaki. En 1945, le site se trouvait en effet à mi-chemin de deux cibles stratégiques pour l’armée américaine. L’usine d’acier et d’armement Mitsubishi (au nord) et l’usine de torpilles Mitsubishi-Urakami (au sud). L’explosion rasa 3,8km2 de bâtiments dans ce quartier traditionnel, où les frêles maisons de bois ne pouvaient protéger la vie des habitants.

Malgré sa structure de briques rouges, plus solide, la cathédrale Sainte-Marie n’échappa pas à la destruction.

Reconstruite en 1959 à son emplacement initial, elle abrite aujourd’hui le buste d’une statue en bois de la Vierge Marie, retrouvée parmi les décombres. Avec ses yeux brûlés, remplacés par deux orbites noires d’où court une fissure semblable à une larme, cette Vierge de Nagasaki à l’allure fantomatique est devenue l’un des symboles de la catastrophe. Je ne l’ai malheureusement pas vue lors de mon passage, mais vous pouvez facilement dénicher sa photo en ligne.
On retrouve également une petite section du mur sud de la cathédrale d’origine à deux pas de l’hypocentre, qui marque le lieu exact de l’explosion.

L’hypocentre, l’un des plus émouvants sites de mémoire de Nagasaki

L’hypocentre de l’explosion se trouve en contrebas du parc de la Paix de Nagasaki.

Lors de mon passage à Hiroshima, j’avais été très surprise par la sobriété de la plaque signalant l’hypocentre. À Nagasaki, le site est beaucoup plus visible: un cénotaphe, composé d’une colonne entourée de cercles concentriques (qui rappellent l’onde de choc), en marque l’emplacement. La bombe aurait explosé à 469 mètres d’altitude à partir de ce point.

Non loin de là, la statue d’une mère portant le cadavre de son enfant dans ses bras rend un hommage doux-amer aux femmes victimes de la catastrophe.

Entre le parc de la Paix et le musée, d’autres statues d’enfants rappellent la jeunesse et l’innocence de nombreuses victimes civiles de la bombe. Celle d’une fillette portant un petit arrosoir à la main m’a particulièrement touchée. J’ai aussi cru reconnaître la silhouette de Sadako Sasaki parmi elles, mais je ne suis pas très sûre de moi.

Il ne s’agit, bien-sûr, que d’une toute petite sélection des oeuvres visibles dans cette partie du mémorial.

Horaires : Ouvert 24h/24

Tarif : Gratuit

Mise à jour : mai 2020

Le musée de la bombe atomique de Nagasaki

5/5

Cap ensuite sur le musée en lui-même, dont je garde globalement un meilleur souvenir que pour celui d’Hiroshima. Difficile de vous expliquer clairement pourquoi : une architecture et une muséographie un peu moins « froides » peut-être ? Le point de vue est, évidemment, totalement subjectif.

Un musée à taille humaine

Après réflexion, il me semble que cette impression est aussi liée au fait que Nagasaki soit une ville plus modeste. Avez-vous déjà ressenti un sentiment de vertige face à l’immensité ? Eh bien, c’est un peu ce qui m’a traversé lors de ma visite à Hiroshima : je me suis sentie toute petite face à la « démesure » du drame, et aussi de l’hommage. Je pense n’avoir jamais visité un site de mémoire de cette envergure. En existe-t-il tant que ça dans le monde d’ailleurs ?

Pour en revenir à la visite, le musée se concentre principalement sur la guerre et ses aspects géopolitiques. Les premières salles du parcours transportent le visiteur au milieu des décombres de l’explosion, face à un pan de mur reconstitué de l’ancienne cathédrale d’Urakami. Plus loin, on revient en détails sur les circonstances de la catastrophe…

Un acte de guerre prévisible

En 1945, la ville de Nagasaki est l’un des principaux ports du sud du Japon, et surtout l’un des piliers de son complexe militaro-industriel. On y fabrique navires de guerre, armes et munitions. Début août 1945, la ville fait l’objet d’une première série de bombardements qui alertent la population : malgré des dégâts matériels limités, de nombreux enfants sont évacués à la campagne.

Le matin de l’attaque, la cible prioritaire est Kokura (actuelle Kitakyûshû), mais le ciel est trop nuageux. Une percée dans les nuages scelle le destin de Nagasaki : la bombe explose à 11h02 (heure locale). Environ 40 000 personnes perdent la vie.

L’une des salles du musée présente une reconstitution à échelle de la bombe, surnommée Fat Man. Bien que légèrement plus puissante que Little Boy (la bombe d’Hiroshima), celle-ci fit moins de victimes, la ville de Nagasaki étant encerclée de montagnes. Le champignon atomique atteint 18km de haut. Cet événement marque la fin de la guerre pour les japonais, qui capitulent officiellement le 2 septembre 1945.

Le reste du musée s’attarde sur les conséquences de la catastrophe à l’échelle internationale, mais aussi sur la thématique de la dissuasion nucléaire. Comme à Hiroshima, le message est clair : « plus jamais ça ».

Horaires :

  • De septembre à avril : de 8h à 18h
  • De mai à août : de 8h à 19h
  • Du 7 au 9 août : de 8h à 20h30

Dernière entrée 30 min avant la fermeture

Tarifs : ¥200 par adulte, ¥100 par enfant

Plus d’information sur www.nabmuseum.jp

Mise à jour : mai 2020

Le Mémorial National de la Paix pour les victimes de la bombe atomique de Nagasaki

4/5

Abordons à présent le site le plus marquant de ce pèlerinage, en tout cas à mes yeux. À deux pas du parc et du musée, le Mémorial National de la Paix pour les victimes de la bombe atomique de Nagasaki est un site souterrain, auquel on accède par un escalier situé sous une grande fontaine circulaire, remplie d’une eau lisse comme un miroir. Avant d’entrer, il est recommandé d’en faire le tour calmement, afin de se mettre en condition de recueillement.
L’endroit a été conçu par l’architecte Akira Kuryû et construit entre novembre 2000 et décembre 2002. Il abrite le registre des victimes de la bombe, ainsi qu’une salle d’archives contenant photos, noms et témoignages.

Le plus emblématique des sites de mémoire de Nagasaki

Bâtir un mémorial sous terre n’est évidemment pas un acte anodin. L’endroit évoque immédiatement un tombeau, à l’architecture étrangement contemporaine. On sent à la descente le poids du silence. Une atmosphère intimidante et solennelle, que mes petites antennes captent avec beaucoup d’acuité.

Une percée dans les nuages scelle le destin de Nagasaki : la bombe explose à 11h02 (heure locale). Environ 40 000 personnes perdent la vie.

Une fois en bas, on chuchote sans même sans rendre compte. Le Hall du Souvenir est particulièrement impressionnant, avec ses douze piliers monumentaux, irradiant une froide lumière. Orientés en direction de l’hypocentre, ils représentent l’espoir pour la paix.

Au centre, une grande colonne de verre abrite un registre manuscrit, reprenant le nom de toutes les victimes. Ce registre est régulièrement mis à jour, les habitants de Nagasaki pouvant solliciter l’inscription de leurs proches décédés récemment, dès lors qu’ils faisaient partie des survivants de la catastrophe.

Horaires : 

  • De septembre à avril : de 8h30 à 17h30
  • De mai à août : de 8h30 à 18h30
  • Du 7 au 9 août : de 8h30 à 20h

Tarif : Gratuit

Plus d’information sur www.peace-nagasaki.go.jp

Mise à jour : mai 2020

Le torii à un pied du sanctuaire Sannô-jinja

3/5

Le pèlerinage des sites de mémoire de Nagasaki arrive presque à son terme. En quittant le mémorial, un dernier détour s’impose : cap sur le torii du sanctuaire Sannô-jinja, affectueusement surnommé « le torii à un pied » (一本柱鳥居), situé à environ 900 mètres de l’hypocentre.

La photo parle d’elle-même, et résume à elle seule l’incroyable histoire de Nagasaki : celle d’une cité meurtrie, mais toujours debout.

6 Comments

  • Okāsan

    Chère Céci, tu apportes ainsi ta pierre à la construction et maintien de la Paix. Puisse-t-elle durer et s'installer partout sur Terre pour toujours. Dans ton article circulent de bonnes ondes. Je t'embrasse fort.

  • セシリア Céci

    Merci beaucoup Okasan 🙂
    Il n'est vraiment pas facile pour moi d'écrire sur ce thème, les émotions se bousculent, mais je considère cela comme un devoir et une nécessité. Il faut se souvenir que l'être humain est capable du pire… pour réaliser la valeur de ce qu'il fait de meilleur.
    J'ai particulièrement apprécié de pouvoir faire la visite en compagnie de Yasumasa, car à travers lui, j'ai pu observer l'attachement des nouvelles générations à ce message de Paix. Lors de la visite, il me disait avoir conscience du miracle de sa propre existence. C'était très émouvant. Aujourd'hui il s'apprête à devenir papa, et je me dis que cette petite vie aussi est un miracle.

  • Yoyo

    Je ne sais pas trop si c'est ma mémoire qui flanche ou si c'est la rédaction de ton article qui me fait penser cela mais je trouve la trace de cette tragédie beaucoup plus présente qu'à Hiroshima bien que l'histoire de la petite fille au 1000 grues m'avait particulièrement touchée. Un tort?
    En tous cas, super article comme toujours, merci beaucoup pour la balade Céci !

  • セシリア Céci

    Mmmh… Je ne dirais pas ça. C'est une impression qui peut sans doute s'expliquer par le fait que le parc de Nagasaki est bien plus petit et que les monuments y sont plus "concentrés" qu'à Hiroshima. Mais en réalité, les destructions ont été bien plus importantes à Hiroshima, et il y a eu davantage de morts. C'est lié au fait qu'Hiroshima est située dans une plaine, alors que Nagasaki est une ville très vallonnée, encerclée de montagnes qui ont fait "barrage" à l'onde de choc.
    Avec le recul, je perçois Nagasaki comme "la petite soeur" d'Hiroshima.

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