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Sites de mémoire du Japon

Sur les traces de la Seconde Guerre mondiale

Les sites de mémoire sont nombreux au Japon, où la Seconde Guerre mondiale a laissé de profondes cicatrices. Si Hiroshima et Nagasaki sont les premiers noms qui viennent généralement à l’esprit, d’autres sites méritent le détour, notamment à Okinawa.

En dehors du très controversé sanctuaire Yasukuni-jinja (Tokyo), ces sites rendent principalement hommage aux victimes civiles de la Seconde Guerre mondiale. 

Le Japon pendant la Seconde Guerre mondiale

Allié de l’Allemagne et de l’Italie dès 1940, le Japon entre officiellement en guerre contre les États-Unis en 1941, avec l’attaque surprise de Pearl Harbor. 

À cette époque, le Japon est une puissance militaire dominante en Asie. Grand rival de la Chine, il occupe déjà la Mandchourie, la Corée et l’île de Taiwan. Mais ses ambitions sont plus importantes, et la présence américaine en Asie et dans le Pacifique dérange. Située dans l’archipel d’Hawaii, la base navale américaine de Pearl Harbor est prise pour cible par six porte-avions, le matin du 7 décembre 1941. Cette attaque constitue une déclaration de guerre sans équivoque.

La « guerre du Pacifique » qui oppose les deux pays dure 3 ans et demi. Elle est marquée par de nombreuses batailles navales et aériennes. L’expansion de l’empire japonais se poursuit jusqu’en juin 1942. La bataille de Midway, remportée par les Américains, y met une coup d’arrêt définitif. Dès lors, le Japon va progressivement  se retrouver encerclé. 

D’Iwo Jima à Nagasaki

En juin 1944, les premiers bombardement stratégiques visent les installations industrielles de l’archipel. Deux grandes batailles ont lieu sur le sol japonais en 1945: celles d’Iwo Jima et d’Okinawa, toutes deux remportées par les Américains. À partir de mars 1945, les bombardements s’intensifient, visant les grands centres urbains. En juillet, le gouvernement américain décide de mettre un terme définitif au conflit en utilisant l’arme atomique, les japonais refusant de capituler.

Les 6 et 9 août 1945, les villes d’Hiroshima et Nagasaki sont ciblées par deux bombes A. Cible prioritaire, Kyoto est finalement épargnée afin de préserver son patrimoine exceptionnel. Pendant ce temps, le 8 août, l’URSS déclare la guerre au Japon et défait ses troupes en Mandchourie. C’est la sidération pour les japonais, qui finissent par capituler le 15 août. L’acte de reddition est officiellement signé le 2 septembre 1945.

S’en suivra une longue période d’occupation, la perte des territoires occupés et la démilitarisation totale du Japon. 

Sites de mémoire d’Iwo Jima

Iwo Jima est une petite île de l’archipel d’Ogasawara (préfecture de Tokyo), située à près de 1000km au sud d’Honshu. Véritable forteresse dotée d’un vaste réseau de souterrains, elle sert d’avant-poste dans la défense des îles principales.

Du 19 février au 26 mars 1945, la bataille d’Iwo Jima offre aux Américains une victoire difficile. Elle est d’ailleurs considérée comme l’une des batailles les plus sanglantes de la Seconde Guerre mondiale. Les 22 000 soldats japonais présents sur l’île mènent en effet une résistance féroce, harcelant les marines par d’incessantes attaques surprises, et luttant jusqu’au dernier. À l’issue de la bataille, la quasi-totalité des troupes japonaises sont décimées (à peine 1083 survivants). Aucune victime civile n’est à déplorer, l’île ayant été évacuée avant la bataille.

Le récit de la bataille d’Iwo Jima a été porté à l’écran par Clint Eastwood à travers deux films, « Mémoire de nos pères » (2006) et « Lettres d’Iwo Jima » (2007). Le premier aborde la bataille du point de vue américain, le second du point de vue japonais.

Comment visiter Iwo Jima ?

Une visite d’Iwo Jima est organisée chaque année en exclusivité par la compagnie américaine Military Historical Tours, pour célébrer l’anniversaire de la bataille.

Cette visite et les commémorations associées sont réservées aux citoyens américains et membres de l’Iwo Jima Association of America (IJAA). Il est donc impossible à ce jour de visiter Iwo Jima pour un touriste français.

L’archipel d’Ogasawara, quant à lui, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2011. La plupart de ses îles font partie du parc national d’Ogasawara, accessible en ferry uniquement.

Sites de mémoire d’Okinawa

L’archipel subtropical, situé à l’extrême sud du Japon, a lui aussi été le théâtre d’affrontements majeurs. La bataille d’Okinawa est la dernière grande bataille de la Seconde Guerre mondiale. Elle dure 82 jours, du 1er avril au 22 juin 1945, et fait près de 250 000 victimes du côté japonais. La majeure partie des sites de mémoire qui lui sont consacrés se situent à Itoman, à la pointe sud de l’île principale d’Okinawa.

Mémorial, musée et parc de la Paix Himeyuri

Le mémorial de la Paix Himeyuri est l’un des nombreux sites commémoratifs d’Itoman. Il est dédié à un régiment féminin, le régiment lys (Himeyuri), composé d’étudiantes enrôlées dans l’armée en tant qu’infirmières ou pour assurer le ravitaillement des troupes. Prises dans la tourmente de la bataille d’Okinawa, beaucoup de ces jeunes femmes sont tuées ou choisissent le suicide. Le musée Himeyuri retrace leur histoire, tandis que le mémorial, situé dans le parc, symbolise la Paix.

Parc mémorial de la paix d’Okinawa et son musée

Le parc mémorial de la Paix regroupe un grand nombre de monuments commémoratifs liés à la bataille d’Okinawa, tout particulièrement aux abords de la colline de Mabuni. On y trouve notamment un musée, qui retrace les grandes étapes de la guerre du Pacifique et rend hommage à la population sacrifiée de l’archipel. Le parc abrite également la pierre angulaire de la Paix, sur laquelle sont gravés les noms de toutes les victimes civiles et militaires.

Quartier général souterrain de la Marine impériale

Situé dans un parc à Tomigusuku, non loin de l’aéroport de Naha, le Quartier général souterrain de la Marine impériale évoque un épisode dramatique de la bataille d’Okinawa. Il est en effet le théâtre du suicide du commandant de la Marine impériale et de 4000 soldats sous ses ordres. 

Les tunnels d’environ 450m ont été conservés et peuvent être explorés. Le centre des visiteurs présente quant à lui divers objets découverts dans le souterrain.

Sites de mémoire d’Hiroshima

C’est le 6 août 1945 à 8h16 que la bombe atomique d’Hiroshima, baptisée Little Boy, explose à 580m d’altitude, en plein coeur de la ville. Le nombre exact de victimes est encore à ce jour inconnu. On l’évalue entre 70 000 et 140 000 selon les sources. Ces chiffres ne tiennent pas compte des morts indirectes liées à la radioactivité. 

Mémorial du parc de la Paix

5/5

Site de mémoire emblématique de la Seconde Guerre mondiale, le parc de la Paix d’Hiroshima est aussi impressionnant que bouleversant. On y trouve de nombreux monuments commémoratifs, parmi lesquels le dôme de Genbaku soufflé par l’explosion et conservé en l’état. Dans l’axe de ce monument se trouvent la Flamme de la Paix et le Cénotaphe. Un musée complète la visite.

Lors de votre passage sur les sites de mémoire japonais, vous croiserez de nombreuses petites grues en origami, appelées orizuru. Symboles de paix, ces pliages ont été popularisés après guerre lorsqu’une fillette atteinte de leucémie commença à en fabriquer, dans l’espoir de guérir. La légende des mille grues raconte en effet que quiconque pliera mille orizuru verra son voeu exaucé. 

Cette fillette s’appelait Sadako Sasaki. De nombreuses statues la représentent à travers le Japon. 

Musée du Mémorial du parc de la Paix

4/5

Ce musée très immersif plonge le visiteur dans le contexte géopolitique du Japon de 1945. Il rend également hommage aux victimes civiles de la catastrophe. 

Tour Orizuru

3/5

La Tour Orizuru est un site récent, inauguré en 2016 à l’initiative de la société Mazda. Elle est un hommage de l’entreprise à ses employés tués lors de l’explosion du 6 août 1945.

L’endroit est chaleureux, idéal pour décompresser après la visite du parc du mémorial de la Paix. On y trouve un observatoire, un restaurant et une belle boutique, ainsi que divers espaces de détente.

Sites de mémoire de Nagasaki

Il aura suffi d’une éclaircie, le matin du 9 août 1945, pour sceller le destin de Nagasaki, deuxième cible des bombardements atomiques américains. Baptisée Fat Man, la bombe A de Nagasaki fera environ 40 000 victimes dans le quartier d’Urakami. C’est là que se situe aujourd’hui la majeure partie des sites de mémoire de la ville.

Parc de la Paix à Nagasaki

4/5

Niché sur une colline surplombant la cathédrale d’Urakami, ce parc est plus petit que celui d’Hiroshima et regroupe de nombreux monuments internationaux. On y trouve également un Fontaine de la Paix, dont les jets d’eau représentent les larmes des victimes de la bombe A. Une imposante statue transmet un message de paix universel. Le cénotaphe de l’hypocentre se situe en contrebas.

Musée de la bombe atomique

4/5

En complément de la visite du parc de la Paix, le Musée de la Bombe Atomique  met en lumière les causes et conséquences de l’explosion, sous un angle politique mais aussi humain. De nombreux vestiges y sont exposés.

Mémorial National de la Paix pour les victimes de la bombe atomique de Nagasaki

5/5

L’impressionnant Mémorial National de la Paix pour les victimes abrite un registre où sont inscrits les noms de toutes les personnes disparues lors de l’explosion.

Les vestiges de l’occupation américaine

L’occupation américaine du Japon prend officiellement fin en avril 1952. Mais il faut attendre les années 70 pour voir la restitution de l’ensemble des îles, notamment celles d’Okinawa. Les États-Unis co-assurent la défense militaire du Japon depuis 1960. Il existe donc, encore aujourd’hui, de nombreuses bases militaires américaines sur l’ensemble de l’archipel. 

Influences occidentales au Japon

Cette présence américaine a fortement influencé le développement économique et culturel du Japon d’après-guerre. On la perçoit notamment dans l’essor accru de la cuisine yoshoku (littéralement « cuisine de l’ouest »). Le gouvernement japonais incite d’ailleurs son peuple à adopter les pratiques alimentaires occidentales dès les années 1950. 

De nouvelles spécialités culinaires font leur apparition dans les villes soumises à l’influence américaine, et notamment les ports où les soldats américains stationnent durablement. Le Naporitan de Yokohama en est un exemple. Ce plat, initialement créé pour satisfaire les soldats américains, est devenu un classique. Il est aujourd’hui encore très apprécié des japonais. 

C’est aussi non loin de Yokohama, à Yokosuka, que sont nées les sukajan, ces vestes flashy ornées de motifs traditionnels (et parfois un peu kitschs). Un souvenir incontournable pour les soldats américains stationnés dans la région.

Sasebo, un exemple de mixité culturelle

Un autre bel exemple de mixité culturelle est la ville portuaire de Sasebo, dans la préfecture de Nagasaki. On y trouve de nombreux bâtiments se style occidental, une vie nocturne chaleureuse… et un célèbre burger! On peut toujours y observer les allées et venues des navires militaires américains, les différentes bases des environs étant encore en activité.

Yasukuni-jinja à Tokyo, un sanctuaire controversé

Localisé dans le quartier de Chiyoda, Yasukuni-jinja est un sanctuaire autonome, autrefois placé sous l’autorité de l’État. Sa gestion est désormais associative. Il ne fait cependant pas partie de l’association des sanctuaires shinto du Japon. Bâti en 1869, il rend hommage aux soldats japonais « morts pour l’empereur du Japon ».

Ce sanctuaire est au coeur de nombreuses controverses, liées aux crimes de guerre commis par les japonais à l’encontre des populations chinoises et coréennes. Depuis 1959, de nombreux criminels de guerre ont en effet été inscrits dans ses registres. Ce qui implique le pardon de leurs actes et leur déification définitive. 

C’est pourquoi chaque visite (officielle ou privée) du premier ministre japonais suscite de vives réactions, notamment en Chine et en Corée. 

Yasukuni-jinja peut être visité lors de votre passage à Tokyo.

Mise à jour : août 2020