Okama, le cratère du mont Zao
Situé au sud-ouest de Sendai, à la frontière des préfectures de Miyagi et Yamagata, le cratère du mont Zao est l’un des plus beaux sites naturels du Tohoku. On l’appelle Okama (litt. « la marmite ») en raison de sa forme qui évoque un immense chaudron. Je vous emmène à la découverte de ce paysage lunaire, entre neiges éternelles, rochers ocres et lac acide couleur de jade.
Si je considère aujourd’hui mon séjour au Japon 2024 comme le plus beau voyage de ma vie, c’est en grande partie grâce à la visite d’Okama, associée à celle du cratère de Nakadake sur le mont Aso. C’était en effet la première fois que je découvrais d’aussi près les paysages volcaniques de l’archipel, après une première approche à Beppu en 2017. Tout comme mon excursion à Ginzan Onsen, mon passage sur le mont Zao n’était pas du tout prévu à l’origine. Je dois cette visite à ma correspondante Noriko et à son mari Nobuhiro, qui souhaitaient me faire découvrir quelques trésors du Tohoku. Étonnamment, Nobuhiro n’avait jamais vu Okama de sa vie. Je suis donc ravie que ma présence lui ait permis d’admirer enfin l’un des lieux les plus remarquables de sa préfecture natale.
Une montagne, deux préfectures
Vous remarquerez que j’ai classé cet article dans deux préfectures à la fois. La chaîne du mont Zao se situe en effet à cheval entre Miyagi et Yamagata, et le cratère est vraiment à la limite des deux, côté Miyagi. Cependant, la station thermale de Zao Onsen se situe à Yamagata. L’accès à la région en transports en commun est donc plus simple de ce côté de la frontière, les infrastructures touristiques y étant plus développées.

Le lien est si fort que mes amis japonais étaient eux-mêmes persuadés que le cratère se situait à Yamagata. C’est uniquement grâce à la gotochi card d’Okama que je savais que ce n’était pas le cas.
Le long de la Zao Echo Line
Haut de 1841 m, le mont Zao fait partie des 100 montagnes célèbres du Japon, un classement établi en 1964 par l’écrivain et alpiniste Kyûya Fukada (1903-1971). C’est un volcan actif qui n’a pas connu d’éruption majeure depuis 1940, mais reste étroitement surveillé par les autorités. On y accède en bus ou en voiture via la Zao Echo Line, une belle route touristique qui relie les préfectures de Miyagi et Yamagata.

La Zao Echo Line n’est qu’un tronçon de 26 km sur la route préfectorale 12. En raison des fortes chutes de neige, elle est totalement inaccessible de début novembre à fin avril, et donc le cratère aussi. À sa réouverture chaque année, il est possible d’admirer pendant quelques jours de véritables murs de neige pouvant atteindre 10 m de haut.

Ce paysage éphémère était déjà de l’histoire ancienne lors de ma visite fin mai, mais il restait encore ça et là de belles étendues de neige sur les sommets environnants. Il faisait par ailleurs très froid à cette altitude, un vent glacial soufflant depuis la ligne de crête. J’avais heureusement apporté une polaire, mais Nobuhiro était venu sans veste, avec juste une chemise à manches courtes. J’avais terriblement froid pour lui !
Randonner sur le mont Zao
Le long de la Zao Echo Line, on peut croiser quelques parkings, et nous nous sommes arrêtés à plusieurs reprises pour admirer la vue. Nous avons notamment fait halte à l’entrée du sentier de randonnée Sainokawara Kattadake Line, l’un des deux itinéraires permettant d’atteindre Okama à pied. Le sentier Umanose, situé de l’autre côté de la montagne, relie quant à lui le cratère au mont Kumano, le plus haut sommet du massif (1 841 m). Ce parcours représente environ 45 minutes de marche. De là, il est ensuite possible de rejoindre le téléphérique de Zao pour redescendre vers Zao Onsen (comptez 45 min de marche supplémentaires).



Si ces deux randonnées vous intéressent, gare aux ours ! À cause du réchauffement climatique qui perturbe leurs habitudes alimentaires, le Japon a connu un nombre record d’attaques d’ours en 2025. Le problème concerne principalement (mais pas exclusivement) Hokkaido et le Tohoku, ces animaux étant plus nombreux dans le nord du pays.

Nous n’avions pas prévu de randonner ce jours-là, donc nous avons poursuivi notre route en voiture, pour atteindre l’entrée de la Zao High Line. Cette petite route à péage de 2,5 km mène à l’un des sommets secondaires du mont Zao, le Kattadake (1759 m). Ici se trouve l’observatoire de Zao Okama, objectif de notre voyage. Le jour de mon passage, le péage coûtait environ 500¥.

Avis aux photographes et autres joyeux instagrameurs : la Zao Echo Line et la Zao High Line sont particulièrement photogéniques en automne, quand les arbres des environs se parent de belles teintes rouges.
Okama et son majestueux lac de cratère
La voiture convenablement stationnée, nous voici donc face à la maison de repos préfectorale de Zao, qu’il faut traverser pour atteindre le cratère. Le bâtiment abrite une aire de repos avec boutique, snack, restaurant, toilettes, distributeurs et coin locker. On peut notamment y goûter une grande spécialité de Yamagata : le tama konnyaku (ou tamakon). Il s’agit d’une brochette de boulettes de konjac mijotées dans un bouillon à base de sauce soja, de mirin et de bouillon dashi. Miam !



Bonne nouvelle : l’observatoire principal du cratère Okama est accessible aux personnes à mobilité réduite, comme vous pouvez le voir sur mes photos. Le chemin est aménagé et des fauteuils roulants sont disponibles à la location au centre d’accueil si besoin.
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Un paysage lunaire aux multiples couleurs
Cap à présent sur le clou de la visite : Okama, la marmite géante. D’un diamètre de 330 m, ce cratère abrite un lac acide, d’une profondeur de 27 m. Surnommé goshikiko, « le lac aux cinq couleurs », ce plan d’eau a la particularité de changer de teinte selon la météo ou l’heure de la journée. Il peut passer du jade au vert émeraude, voire au turquoise. Un panorama splendide, qui fait partie des 100 paysages de l’ère Heisei ! Contrairement au cratère de Nakadake, aucun fumerolle ne s’échappe de ce cratère, ce qui permet d’avoir une vue parfaitement dégagée. Attention toutefois à la météo si vous vous rendez sur place, car elle est réputée très capricieuse à l’approche du sommet. Vous ne verrez donc pas grand chose en cas de brouillard.


La couleur ocre qui domine le reste de la caldeira crée un contraste magnifique. Elle est notamment très présente au niveau du sommet du Kattadake, que l’on peut atteindre en grimpant le sentier sur la droite. On arrive alors aux abords du sanctuaire Zao Kattamine, consacré aux divinités Ame no Mikumari et Kuni no Mikumari associées à la distribution des eaux célestes et terrestres.
Un lieu de culte et de légendes
L’histoire de ce sanctuaire est intéressante. En effet, il fut longtemps dédié à une autre divinité, Zao Gongen, considéré à la fois comme un kami et un bouddha par les adeptes du shugendo. Ce mélange des genres, entre shintoïsme et bouddhisme, n’était pas du goût des autorités japonaises au début de l’ère Meiji. Pour marquer la séparation des cultes, le sanctuaire changea donc de nom et de déité à cette époque.
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Le panneau marquant le sommet du Kattadake se trouve dans son enceinte, offrant une nouvelle vue exceptionnelle sur le cratère.



À proximité se dresse également une stèle datant de 1967, entourée de monticules de pierres. Il s’agit d’un monument commémorant le Vœu de Date Munetaka, septième fils du seigneur de guerre Date Masamune. En 1624, son père l’envoya au sommet du Kattadake pour y ériger un autel et pour prier. Son but : mettre fin à l’éruption qui ravageait la région depuis des mois. Date Munetaka n’avait alors que 17 ans. Sa prière fut-elle entendue par les dieux ? Nul ne le sait. Quoi qu’il en soit, l’éruption cessa peu après.




Date Munetaka mourut quelques années plus tard à l’âge précoce de 20 ans, ce qui choqua profondément la population locale. Une légende commença alors à se répandre, selon laquelle il n’aurait pas simplement prié les dieux, mais fait le vœu de donner sa vie pour calmer l’éruption.

C’est depuis les abords du monument que j’ai pris cette dernière photographie, avant de rejoindre le centre d’accueil. Nobuhiro était mort de froid et nous avions encore pas mal de route pour rejoindre notre destination suivante, Ginzan Onsen.
En conclusion
Je ne vais pas être originale je le crains, mais Okama fait incontestablement partie de mes coups de cœur à Miyagi… et au Japon. Quelle joie d’avoir pu admirer ce paysage exceptionnel dans de telles conditions ! Je compte bien revenir cela dit, car il me reste encore pas mal de choses à explorer dans le massif du mont Zao. Ma Bucket list inclut notamment :
- la station thermale de Zao Onsen, dont les eaux laiteuses auraient des vertus adoucissantes pour la peau ;
- Togatta Onsen et son musée des kokeshi.
Notez enfin que, même si le cratère est inaccessible, il est tout à fait possible de voyager dans la région de Zao en hiver pour profiter des sources chaudes, faire du ski ou admirer les fameux « monstres de neige ». Ces derniers sont des sapins ensevelis sous la poudreuse, dont les silhouettes étranges et biscornues font le bonheur des photographes.
Comment se rendre au cratère Okama ?
Visiter le cratère Okama en bus
- Bus Miyagi Kotsu depuis la gare JR Shiroishi-Zao via Togatta Onsen (un bus par jour)
- Bus Yamako depuis la gare JR Yamagata via Zao Onsen
- Descendre à l’arrêt Zao Katta Sancho
Attention, le cratère Okama est inaccessible de début novembre à fin avril.
Rejoindre le cratère Okama en voiture
Route panoramique Zao Echo Line (via la route préfectorale Miyagi/Yamagata 12), puis route à péage Zao High Line, de fin avril à début novembre.
La voiture de location est le moyen le plus simple de visiter le cratère Okama.
Accessibilité PMR
L’observatoire du cratère du mont Zao est accessible aux PMR. De plus, le centre d’accueil dispose de fauteuils de location, d’un ascenseur pour rejoindre le restaurant situé au 2e étage et de toilettes polyvalentes.
Le sanctuaire Zao Kattamine n’est pas accessible en fauteuil roulant.
Mise à jour : janvier 2026


