Kochi,  Le Japon en France

Les jardins de Monet, de Kitagawa à Giverny

J’ai découvert l’existence du jardin de Monet Marmottan au village de Kitagawa lors des préparatifs de mon voyage à Kochi, et l’endroit a immédiatement attiré mon attention. Je connaissais en effet l’intérêt du peintre pour le Japon, et l’influence de l’esthétique japonaise dans son œuvre. Mais j’ignorais à quel point cet amour était réciproque !

Monet et le Japon

Monet n’est jamais allé au Japon, mais il collectionnait avec passion les estampes de grands artistes tels que Hokusai et Hiroshige. Il entretenait par ailleurs une correspondance régulière avec certains de ses acheteurs japonais, devenus des amis. Tout au long du 20e siècle, plusieurs grands peintres japonais tels que Seiki Kuroda (1866-1924), Sotaro Yasui (1888-1955) ou Hiramatsu Reiji ont été influencés par son œuvre. En résumé, la figure de Monet fait partie des nombreuses passerelles reliant nos deux pays, et c’est à ce titre que j’avais très envie de découvrir le jardin de Kitagawa.

Je me suis rendue sur place en avril 2024, en pleine saison des glycines, et c’était magnifique. Quelle curieuse impression, de découvrir un environnement si familier au beau milieu de la campagne de Shikoku ! Dès l’entrée, me voilà accueillie par un grand panneau en français et une documentation parfaitement traduite. Autre bonne surprise : l’entrée inclut un billet gratuit pour le jardin français, où je me suis rendue il y a quelques jours pour comparer. Je vous offre donc dans cet article une double visite, celle de Kitagawa et de Giverny.

Le jardin de Monet Marmottan au village de Kitagawa se divise en trois grandes parties. À l’est du parking accueillant également la billetterie se trouvent le jardin d’eau et le jardin Bordighera, séparés par un bosquet ombragé. À l’ouest, boutiques, serre et restaurant bordent le jardin des fleurs.

Mizu no niwa, le jardin d’eau

Première escale notre visite, le jardin d’eau est un bel espace organisé autour d’un étang peuplé de nénuphars. Les nymphéas bleus dont rêvait Claude Monet – mais qu’il n’a jamais pu voir de son vivant, car le climat en France n’est pas adapté à leur développement– en sont la principale attraction. Je n’ai malheureusement pas pu les voir moi non plus, car ils commencent à fleurir vers la mi-juin. À la place, je me suis contentée d’admirer les glycines habillant le pont japonais situé à proximité de l’entrée. Un spectacle sublime. J’ignore si le jardin de Kitagawa est très fréquenté en général, mais le jour de ma visite (un samedi), il n’y avait pas grand monde et j’ai pu prendre des photos de ce spot en toute tranquillité.

Outre les nénuphars et les glycines, le jardin d’eau est aussi très apprécié pour son arche de roses et ses iris. Comme à Giverny, une petite barque très photogénique est amarrée à l’une des berges de l’étang.

J’ai été vraiment charmée par cette partie du jardin, qui fusionne harmonieusement les esthétiques japonaise et française. On y perçoit immédiatement le fil rouge de la visite : la vision de Monet. Chaque recoin est en effet aménagé de manière à évoquer les compositions de l’artiste. Des reproductions de ses œuvres sont même installées à certains endroits stratégiques. On peut ainsi confronter le talent du peintre à celui du jardinier.

Bordighera no niwa, le jardin Bordighera

Cap à présent sur le second jardin, accessible en traversant un petit sous-bois. Le jardin Bordighera est un espace qui s’éloigne un peu de l’influence de Giverny, les paysagistes japonais ayant pris pour modèle une série de 30 peintures réalisées par Monet durant son séjour à Bordighera, en Italie. Le défi n’était pas simple, car le climat à Kochi n’est pas le même qu’en Europe. Les jardiniers ont donc dû rivaliser d’ingéniosité pour recréer l’ambiance de la Méditerranée en utilisant des essences locales. C’est ainsi que palmiers et oliviers côtoient des arbres typiques de Shikoku, tels que le yuzu.

J’ai pu discuter avec l’un des jardiniers du site, et c’était passionnant. Il m’a notamment expliqué qu’il avait été partiellement formé en France, et que le jardin de Kitagawa est actuellement le seul au monde, en-dehors de Giverny, a avoir l’autorisation officielle de se faire appeler « jardin de Monet ». Pour conserver cet agrément, le jardin de Kitagawa doit répondre à un cahier des charges précis. L’idée n’est pas de copier Giverny à l’identique, mais de coller au maximum à l’univers du peintre. Et la réussite est totale !

Hana no niwa, le jardin des fleurs

Dernière étape de la visite, le jardin des fleurs se situe non loin de la boutique. Avant de m’y rendre, je me suis donc offert une petite pause shopping. J’ai aussi pris le temps de déjeuner au café « la Maison de Monet », où j’ai fait un excellent repas.

Le jardin des fleurs s’inspire du clos normand de Giverny. Il se compose de nombreux parterres de fleurs (dont les couleurs coordonnées évoquent la palette d’un peintre) et de grandes arches de roses. Les mêmes fleurs peuvent être achetées dans l’une des serres situées à deux pas.

Le jour de mon passage, les tulipes étaient particulièrement belles. Je ne savais pas où donner de la tête. L’endroit est aussi parfait pour admirer les paysages vallonnés de la préfecture de Kochi en sirotant une tasse de thé ou un verre de jus de yuzu.

En conclusion

Le jardin de Monet au village de Kitagawa est pour moi un vrai coup de cœur à Kochi, rien de moins. Je vous recommande vraiment d’y faire un détour si la saison et la météo s’y prêtent, d’autant plus si vous aimez l’œuvre poétique de Claude Monet. De mon côté, j’y suis très sensible, et cette visite m’a donné envie de découvrir Giverny à mon retour en France. Je me suis cependant donné une contrainte : visiter ce jardin dans les mêmes conditions que celui de Kitagawa (même période de l’année, même jour de la semaine). J’ai donc attendu un an pour utiliser mon billet gratuit.

Petit bond dans le temps, et nous voici fin avril 2025, par un beau samedi ensoleillé. Me voilà donc à Giverny, petit village de Normandie où vécut Claude Monet durant 43 ans, de 1883 à 1926. Déjà, une énorme différence avec Kitagawa me saute aux yeux : la fréquentation touristique est bien plus intense qu’au Japon. Outre l’aura internationale de l’authentique jardin de Monet, il faut dire que Giverny n’est qu’à 1h30 de Paris, quand Kitagawa se situe loin de tout. Mon conseil si vous envisagez de visiter les lieux, en particulier le week-end : réservez vos billets en ligne. Vous bénéficierez de l’entrée coupe-file et ne perdrez pas des heures à attendre.

Le jardin d’eau de Giverny

Le jardin de Monet à Giverny se compose de deux grands espaces, le jardin d’eau et le clos normand, auxquels s’ajoute la visite de la maison de Monet. J’ai commencé ma promenade par le jardin d’eau, où j’espérais voir des glycines similaires à celles de Kitagawa, et je n’ai pas été déçue. La floraison était encore plus belle qu’au Japon. Les treilles sinueuses habillaient non seulement le dessus du pont, mais aussi les côtés. Seul bémol : la foule très dense, qui obligeait à suivre la promenade en file indienne, dans un brouhaha constant.

C’est en visitant Giverny que j’ai pris conscience de ce qui, pour le moment, fait quelque peu défaut à Kochi : la pâtine du temps. Comme un bon vin, nul doute que le jardin de Monet à Kitagawa gagnera en caractère au fil des années.

Le Clos Normand et la maison de Monet

Notre visite se poursuit à présent du côté du clos normand, immense et foisonnant, avec ses grands parterres de fleurs multicolores et ses hautes arches. Beaucoup de petites allées sont inaccessibles au public, mais ce n’est pas plus mal. On peut ainsi profiter d’une vue d’ensemble dégagée, et imaginer l’endroit tel que Monet le voyait autrefois.

La maison de l’artiste est ici, encore décorée de son mobilier d’époque. Les copies de quelques chefs-d’œuvre habillent les murs de l’entrée. Une impressionnante collection d’estampes japonaises, patiemment réunies par Monet lui-même, se dévoile dans les autres pièces.

La visite s’achève du côté de la boutique, où l’on retrouve des produits très similaires à ceux que j’avais croisé un an plus tôt à Kitagawa. Même la décoration des lieux (murs blancs, peinture verte) est calquée sur Giverny, c’est vraiment impressionnant.

Promenade dans le village de Giverny

Je ne résiste pas à l’envie de vous offrir quelques photos du village de Giverny, pour clore en beauté ce voyage sur les traces de Claude Monet. L’endroit a en effet beaucoup de charme, on peut sans problème y passer une journée entière à flâner.

Outre la maison de Monet, Giverny abrite également un musée des impressionnismes, dont j’ai seulement exploré le jardin. On peut aussi croiser dans les parages l’Ancien Hôtel Baudy où les impressionnistes se réunissaient autrefois, et bien-sûr la tombe de Claude Monet, dans l’enceinte de l’église Sainte-Radegonde.

Ainsi s’achève notre voyage. J’espère que celui-ci vous donnera envie de découvrir Giverny, et pourquoi pas le jardin de Monet à Kitagawa. Très honnêtement, je ne saurais pas vous dire lequel de ces deux jardins j’ai préféré. Giverny a une histoire plus ancienne et davantage de cachet, mais Kitagawa offre une plus grande variété d’environnements, grâce à son jardin Bordighera surtout. De plus, son jardin d’eau a quelque chose de plus intime je trouve, en-dehors de toutes considérations liées à la fréquentation. C’est une impression très personnelle cela dit, et la meilleure façon de vous faire votre propre avis est de les visiter tous les deux vous aussi.


  • Ligne JR Dosan depuis Kochi jusqu’à la gare de Gomen, puis ligne Gomen-Nahari jusqu’à la gare de Nahari. De là, prendre le bus en direction de Kitagawa jusqu’à l’arrêt Mone no niwa.

2 commentaires

  • Anaïs H

    Je n’ai pourtant pas très loin à aller pour visiter Giverny à moins d’une heure de chez moi … mais il faut que je découvre ton article sur le Japon pour me dire  » tiens ca serait sympa… même pas besoin d’aller au Japon » 😊

    Bravo pour ton travail et tes si belles photos !

    • Passeport Japon

      Aha mais oui, allez hop hop hop pas d’excuse 😉 Je ne vais pas te jeter la pierre cela dit, car de mon côté il m’a fallu un détour au Japon et ce fameux billet gratuit pour que je me décide à sauter le pas lol
      Si tu y vas essaie d’éviter les week-ends par contre (si possible), et pense à réserver tes billets en ligne pour bénéficier de l’entrée coupe-file.

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