Une journée à Kotohira
À environ 1h de train de Takamatsu, le petit bourg de Kotohira est une destination à découvrir absolument sur l’île de Shikoku. Cerné par les montagnes boisées, son quartier historique est dominé par le célèbre sanctuaire Kotohira-gu (ou Konpira-san), accessible via un escalier de 1368 marches. L’autre attraction locale à ne pas manquer est le Kanamaru-za, le plus vieux théâtre de kabuki en activité au Japon. Je vous emmène à la découverte de ces deux trésors de la préfecture de Kagawa.
L’exploration de Shikoku se poursuit sur ce blog. Quelle joie pour moi de vous faire découvrir Kotohira, l’une de mes destinations coups de cœur de 2024 ! Si vous me suivez régulièrement, vous le savez sans doute : j’ai un faible pour la campagne japonaise, et je m’intéresse beaucoup au patrimoine. J’ai donc le profil parfait pour apprécier Kotohira, petit bourg historique niché dans l’arrière-pays montagneux de la préfecture de Kagawa. En marge du pèlerinage des 88 temples de Shikoku, Kotohira attire de nombreux croyants depuis le milieu de l’époque Edo. Ceux-ci n’hésitent pas à se mesurer aux 1368 marches menant au sommet du sanctuaire Kotohira-gu, avant de se détendre dans les sources chaudes locales. C’est pour divertir ces pèlerins par des spectacles de kabuki et des loteries qu’a été inauguré, en 1836, le Grand Théâtre Konpira (ou Kanamaru-za).
À l’assaut des 1368 marches du sanctuaire Kotohira-gu
Malgré son caractère rural, Kotohira est une destination extrêmement facile d’accès. Pas moins de deux gares (dont une gare JR directement reliée à la ville de Kochi) permettent de rejoindre rapidement le centre historique, sur la rive ouest de la rivière Kanakura. L’ascension vers Kotohira-gu débute par la rue commerçante Konpira Omotesando menant jusqu’aux portes du sanctuaire. Les premiers escaliers (365 marches en tout) se trouvent au bout de la rue. Signalés par un torii, ils sont jalonnés de boutiques que l’on peut visiter le temps d’une petite pause pour reprendre son souffle.



Notez qu’avant de démarrer l’ascension, il est possible de louer pour 100¥ un bâton de pèlerin en bambou. Ceux-ci sont en libre service, il suffit juste de glisser une pièce dans une petit boîte et de se servir.
Les 785 marches vers le sanctuaire principal
Le sanctuaire Kotohira-gu est un vaste complexe religieux situé sur les flancs du mont Zozu. Il se compose plusieurs bâtiments qui se découvrent progressivement au fil de l’ascension. Une fois la porte d’entrée franchie, on accède d’abord à une longue allée bordée d’arbres et de lanternes moussues. Fort heureusement, la montée n’est pas continue et de nombreux paliers permettent de se poser pour admirer la vue qui se dévoile peu à peu. On croise également sur la première portion du parcours des écuries, et une intrigante statue de chien. Cette dernière rend hommage aux chiens de Konpira qui, durant l’époque Edo, effectuaient l’ascension à la place de leurs maîtres, un ema et diverses offrandes autour du cou.
LIRE AUSSI
Temples et sanctuaires japonais
Un peu plus haut, un grand bâtiment se dessine, l’Asahisha, devant lequel un couple pose avec son trépied, enchaînant les poses. Un papy attend patiemment son tour pour prendre sa propre photo de l’édifice. L’impatience se faisant sentir, il commence à venir taquiner les deux instagrameurs, qui monopolisent les lieux depuis 15 minutes au moins, des touristes s’invitant sans arrêt dans le champ. J’observe la scène avec intérêt, entre agacement et amusement. Ce genre de situations est devenu tellement courant avec l’avènement des réseaux sociaux ! Difficile d’en vouloir à ces jeunes gens, même s’ils auraient pu s’écarter quelques secondes par courtoisie.






Plus qu’une centaine de marches supplémentaires et me voilà enfin devant le sanctuaire principal. À ce stade, j’ai déjà grimpé 785 marches, je suis épuisée mais fière de mon parcours, et une décision s’impose : m’arrêter là ou continuer l’ascension, qui reprend à droite du bâtiment. Je décide de continuer, mais avant de repartir, une pose s’impose à l’ombre du majestueux camphrier sacré bordant le sanctuaire.
Kotohira-gu, un sanctuaire des marins
Consacré à la divinité Omononushi, et à l’empereur Sutoku (1119-1164), Kotohira-gu est un sanctuaire dont les origines remontent à l’Antiquité japonaise, mais dont le développement s’est accéléré durant l’époque Edo (1603-1868). La plupart des bâtiments visibles aujourd’hui datent de la fin du 19e siècle.




Bien qu’éloigné de la mer, l’endroit est vénéré par les marins, la figure d’Omononushi étant associée à la navigation. C’est pourquoi les ema vendus en boutique représentent un bateau. Une légende populaire raconte même qu’un pêcheur aurait survécu à un naufrage en s’accrochant à une plaque en bois reçue lors d’une cérémonie donnée au sanctuaire.
LIRE AUSSI
La tradition des ema au Japon
Le jour de ma visite, de jolis goshuin (calligraphies porte-bonheur) illustrés étaient en vente. Je n’ai pas résisté à l’envie de m’en offrir un avant de repartir à l’assaut des escaliers de l’enfer !!!

L’ascension vers le sanctuaire Izutama
Si la plupart des visiteurs s’arrêtent au niveau du sanctuaire principal, il reste encore 583 marches à gravir pour atteindre le point le plus haut du complexe : le petit sanctuaire Izutama. Soyons honnête : l’intérêt de cette dernière étape est surtout le plaisir de réaliser un petit challenge personnel. Le dernier tronçon, peu fréquenté, est assez monotone et même si la vue y est splendide, elle n’est pas très différente de celle que l’on peut admirer depuis le sanctuaire principal.




Les derniers paliers sont vraiment les plus durs, c’était interminable, mais quel bonheur d’arriver enfin à destination ! Étant plutôt une sportive du dimanche, je ne regrette absolument pas l’effort fourni, car j’ai ressenti une profonde fierté d’avoir réussi à me dépasser. Et puis le sanctuaire Izutama réserve aussi quelques jolies surprises, comme ces deux masques de tengu accrochés à la falaise. Soyez attentifs si vous ne voulez pas les manquer.
Pause déjeuner dans la rue commerçante Konpira Omotesando
Après toutes ces émotions, il est temps de redescendre vers la zone commerçante, l’heure du déjeuner étant largement dépassée. De retour à Konpira Omotesando, je m’offre une rafraîchissante limonade au citron et je taquine les chats errants avant de partir en quête d’un endroit pour manger.




Finalement, mon choix se porte sur le restaurant Toraya Udon tout en bas des escaliers, qui offre un bon rapport qualité-prix. Petit conseil en passant : si vous visitez la préfecture de Kagawa, ne manquez surtout pas de tester les sanuki udon qui sont une grande spécialité locale. Bilan de la matinée 100% positif, et la journée n’est pas terminée.

Un détour par le Grand Théâtre Konpira
Il y a beaucoup à faire à Kotohira, et parmi les attractions locales, le Grand théâtre Konpira (aussi appelé Kanamaru-za) fait indéniablement partie des incontournables. Le déjeuner terminé, je décide d’aller voir l’édifice de plus près, dans l’espoir de le visiter. Et là, surprise ! L’endroit est en effervescence, et pour cause : la saison des représentations bat son plein. Je n’avais pas du tout fait attention à la date lors de ma réservation, plusieurs mois auparavant.
Je ne vais pas vous mentir : ne pas pouvoir visiter le théâtre a été une grande déception pour moi. Mais je suis aussi très heureuse d’avoir découvert les lieux dans ce contexte rare. En période de représentation, des yatai (stands ambulants) sont installés face au théâtre, proposant des souvenirs et de la restauration. De grandes bannières valorisant les sponsors de l’événement claquent au vent, et l’engouement est palpable. J’ai aussi vu passer beaucoup d’élégantes en kimono et de spectateurs sur leur 31. Leur tenue témoigne du standing de ce genre de spectacles, à l’origine très populaires mais devenus un loisir coûteux. J’ai moi-même failli prendre un billet pour la représentation de 15h30, puis je me suis ravisée. À 12000¥ la place, c’était beaucoup trop cher pour moi, d’autant que les photos sont interdites. Je me suis donc contentée d’admirer le théâtre de l’extérieur… en attendant une prochaine visite !




Avec sa belle façade de 24,3 m habillée de bois sombre, le Grand Théâtre Konpira est un bijou architectural qui peut accueillir jusqu’à 740 spectateurs. Son avant-toit décoré de lanternes rouges est surmonté d’un petit balcon. Des dizaines de barils de saké (komodaru) sont empilés de part et d’autre des trois entrées. La porte centrale, destinée aux classes populaires, nécessite de s’accroupir pour être traversée. Une manière de réguler plus facilement la foule !
La fierté de Kotohira
Érigé en 1835-1836, le théâtre Kanamaru-za est le plus ancien théâtre kabuki en activité au Japon. Ce sont les habitants de Kotohira qui l’ont financé à l’origine, afin de remplacer les petites structures temporaires qui fleurissaient spontanément dans le quartier à cette époque. Épargné par les bombardements, l’édifice a été utilisé comme salle de cinéma pendant quelques années après-guerre. Il a été entièrement restauré en 1976. Une nouvelle fois, il doit sa survie à l’attachement des locaux, qui ont largement financé les travaux. La tradition annuelle du grand festival de kabuki printanier date quant à elle de 1985.

Si vous arrivez par la gare JR Kotohira, ne manquez pas également d’admirer la statue située sur le parvis, qui représente la célèbre danse du lion Shunkyô Kagamijishi. Le quartier des deux gares est par ailleurs très joli. On peut notamment y croiser une splendide tourelle en bois bordée de cerisiers.

Soirée détente au ryokan Shikishimakan
La journée s’achève doucement, et après un dernier shopping dans la zone commerçante, il est temps pour moi de regagner mon hôtel, le magnifique ryokan Shikishimakan. Impossible de le rater, l’établissement a pignon sur rue et possède une architecture vraiment remarquable.

Situé dans la rue commerçante Kotohira Omotesando, il possède en plus un bel ashiyu (bain de pied public) fréquenté par les pèlerins du sanctuaire. L’endroit est donc parfait pour se détendre après l’ascension.
LIRE AUSSI
Initiation à la cuisine kaiseki
Sur cette nuitée, j’ai réservé la demi-pension, incluant un excellent dîner kaiseki arrosé de liqueur de pêche momoshu (ma boisson japonaise préférée), et tout était vraiment excellent. Ce repas est d’autant plus marquant pour moi que je n’ai pas fait beaucoup de ryokan de ce standing durant mon sixième voyage au Japon, pour des raisons de budget. J’ai donc vraiment savouré l’expérience à 200%.




Le repas terminé, cap sur les bains pour un moment de pure relaxation. Je vous laisse imaginer le bonheur que j’ai ressenti après l’épreuve de l’ascension matinale vers Kotohira-gu…
LIRE AUSSI
Onsen, l’art du bain au Japon
Seul bémol de cette nuitée exceptionnelle : avoir été réveillée en pleine nuit par un énorme séisme en préfecture d’Ehime. La secousse m’a brutalement tirée de mon sommeil et a duré super longtemps. Heureusement, plus de peur que de mal.



Ainsi s’achève le récit de mon séjour à Kotohira. Vous l’aurez compris, j’ai adoré et je vous recommande vivement de rester au moins une nuit sur place si vous le pouvez. L’expérience n’en sera que meilleure.
Comment se rendre à Kotohira ?
Visiter Kotohira en train
- Ligne JR Dosan depuis Kochi et Shimanto via la vallée d’Iya, descendre en gare JR Kotohira
- Ligne Kotoden Kotohira depuis Takamatsu (descendre au terminus, la gare Kotoden-Kotohira)
Mise à jour : avril 2025



4 commentaires
VioCha
En effet, ça fait bien envie ! Tes photos sont magnifiques 🙂 Je n’avais pas fait attention à la présence du théâtre Kompira (j’étais fascinée par le temple et ses innombrables marches) : sais-tu quelles sont les dates de la saison des représentations pour éviter ta mésaventure et tenter la visite ?
Passeport Japon
Oh merci beaucoup pour ton commentaire, et contente que cet article te soit utile pour ton futur voyage 🙂 Concernant la saison des représentations, c’est chaque année sur une grande partie du mois d’avril, donc pile en ce moment. J’ignore s’il y a d’autres représentations ponctuelles dans l’année, en tout cas leur site web ne le mentionne pas pour le moment. Je te recommande de surveiller par ici, pour adapter un peu ton programme de cet été si besoin : https://www.konpirakabuki.jp/schedule/index.html
En tout cas j’espère que tu pourras le visiter, j’ai vu des photos de l’intérieur et c’est vraiment splendide (d’où ma petite frustration). Si tu programmes le sanctuaire le matin et la visite du théâtre l’après-midi, il y a de quoi s’offrir une magnifique journée d’excursion depuis Takamatsu 🙂
VioCha
Merci pour le lien, j’étais déjà allée voir le site mais même en partie traduit en anglais je n’avais pas compris grand chose :/ A checker quand on se rapprochera de la visite 😉
Passeport Japon
Oui j’avoue, il n’est pas simple. Cette manie japonaise de mettre des infos méga utiles sur des images jpg intraduisibles avec Google 🤣🤣🤣 Il faut garder un oeil sur l’agenda en tout cas, et sinon j’ai trouvé un formulaire pour prendre contact avec l’office de tourisme de Shikoku juste ici, ça pourra peut-être être utile : https://shikoku-tourism.com/en/concierge 😉