Bouddha couché du temple Nanzoin à Sasaguri, préfecture de Fukuoka (Kyûshu)
Fukuoka

Le bouddha couché du temple Nanzo-in

Le village de Sasaguri, bien que discret, occupe une place essentielle dans la spiritualité de la région. Niché dans un paysage champêtre et vallonné, il est le théâtre du pèlerinage de Sasaguri Shikoku, une version miniature du célèbre pèlerinage des 88 temples de Shikoku. Ce parcours peut être accompli en trois jours de marche ou en une journée en voiture. À la clé, un carnet de tampons orné de magnifiques calligraphies (goshuin).

Le Nanzo-in faisait initialement partie des temples du mont Koya, dans la préfecture de Wakayama. Il appartient donc à la secte Shingon fondée par le moine Kôbô Daishi, au même titre que le Mitaki dera d’Hiroshima ou le Daisho-in de Miyajima par exemple.

De Koyasan à Sasaguri

À partir des années 1870, le gouvernement japonais tente de séparer les différents cultes pour redonner au shintoïsme son statut de religion d’État. Un sentiment anti-bouddhiste se développe dans certaines régions, dont le temple Nanzo-in de Koyasan fait les frais. En 1886, ce dernier est menacé de destruction par les autorités locales. Des voix s’élèvent alors contre cette décision. Pour apaiser les tensions, on décide finalement de déplacer le temple à Sasaguri. Le chantier prendra environ 10 ans. C’est donc en 1899 que le temple Nanzo-in est officiellement inauguré sur l’île de Kyushu.

Près d’un siècle plus tard, en 1995, le site s’enrichit de son célèbre Bouddha de bronze. Cette statue gigantesque est érigée pour abriter de précieuses reliques. Une délégation de 1.300 moines du Myanmar et du Népal assiste à son inauguration, témoignant de l’importance spirituelle du lieu.

Un temple niché dans un écrin de nature

Accessible depuis Fukuoka par la charmante gare de Kidonanzoin-mae, le temple Nanzo-in invite à une immersion entre art et nature. La visite débute par l’ascension d’une colline boisée ornée de statues, de grottes et de cascades.

Parmi ces sculptures, l’imposant Fudô Myôô, esprit associé au feu, capte l’attention avec son épée et ses flammes. Le parcours de visite croise également des représentations des shichifukujin (les Sept divinités du bonheur) et du kami Inari, divinité des récoltes. Une série de 500 statues des disciples du Bouddha sont dispersées dans ce bel écrin de verdure.

Le bouddha couché, quant à lui, se situe de l’autre côté d’un petit tunnel voûté passant sous la forêt, qui donne sur une partie du temple plus aérée.

Étendu le long d’une plateforme dominant le paysage environnant, l’air tranquille et somnolent, le nehan-zo du temple Nanzo-in est incontestablement le clou de la visite. Long de 41 mètres et haut de 11 mètres, il pèserait près de 300 tonnes. Ces dimensions hors-normes le placent largement en tête parmi les grands bouddhas japonais, loin devant les daibutsu de Kamakura ou du temple Todai-ji de Nara

Inauguré en 1995, ce bouddha de bronze se distingue également par son état impeccable. J’aurais pu passer des heures à le photographier sous tous les angles, tant il est photogénique.

Sous la plante de ses pieds, de magnifiques gravures dorées attirent immanquablement l’attention. La roue en or qu’elles représentent est l’un des huit signes de bon augure issus de la tradition bouddhiste. Les fidèles y déposent des pièces de monnaie en offrande.

On appelle également cette statue Shaka Nehan, nom qui signifie « Nirvana », en référence à sa posture sereine, proche de l’Illumination. 

Les reliques du Nanzo-in

Tout comme le daibutsu de Kanagawa, le grand Bouddha de bronze du Nanzo-in est creux. L’intérieur abriterait d’importantes reliques offertes par le Myanmar, en remerciement des généreux dons de la secte Shingon à plusieurs causes humanitaires. Ces reliques sont les cendres du Bouddha et de deux de ses disciples, Maudgalyayana et Ananda. En hommage au pèlerinage de Shikoku, le nehan-zo du Nanzo-in abrite également un peu de sable prélevé dans chacun des 88 temples de ce parcours mythique. 

Malgré leur jeune âge, le Nanzo-in et son bouddha couché ont donc su s’intégrer avec brio dans la grande histoire du Bouddhisme, tissant au passage de nombreux liens. Si vous passez par la préfecture de Fukuoka, ne manquez pas cette belle visite empreinte de spiritualité.


  • Ligne JR Fukuhoku-Yutaka depuis Hakata (25 minutes de trajet, arrêt en gare de Kidonanzoin-Mae)

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