Enfers de Beppu, le guide
Beppu, cité des onsen… et des Enfers ! Le tour des Enfers (ou jigoku meguri) est en effet l’attraction touristique incontournable de celle que l’on surnomme parfois la capitale des onsen.
Mais que sont exactement ces Enfers de Beppu ? Tout simplement des sources chaudes à la température extrêmement élevée (plus de 100°C), impropres à la baignade et dotées de caractéristiques particulières. Sept Enfers figurent sur la liste officielle du Jigoku Meguri de l’association Beppu Jigoku, mais il en existe davantage dans la ville. Parmi eux, quatre Enfers ont été désignés sites panoramiques nationaux en 2009. Il s’agit d’Umi Jigoku, de Chinoike Jigoku, de Tatsumaki Jigoku et de Shiraike Jigoku.
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Pour vous simplifier la découverte, je propose ici de parcourir les Enfers officiels dans l’ordre optimal de visite. Ces derniers sont disséminés sur deux quartiers : cinq à Kannawa, deux à Noda. Vous trouverez également ci-dessous trois Enfers non-officiels, ainsi que mes suggestions de bonnes adresses pour la pause déjeuner. Par ailleurs, il est possible de se procurer un carnet de tickets pour visiter l’ensemble de ces sept Enfers officiels. Ce bon plan vous fera faire quelques économies sur le coût individuel des tickets.
Les sept Enfers du Jigoku meguri
Le tour de ces Enfers est un incontournable de Beppu, et justifie à lui-seul de rester un minimum d’une journée sur place.
Oniishibozu Jigoku
Ce nom signifie littéralement « l’Enfer des Moines d’Oniishi ». C’est à proximité de cet Enfer que le bus Kamenoi vous déposera très vraisemblablement. Oniishibozu Jigoku n’est pas immense, mais on y passe un moment très agréable. Plusieurs petits bassins de pierre remplis d’une vase grise et épaisse y sont disséminés. La visite consiste principalement à observer les grosses bulles qui remontent à la surface. Le nom de cet Enfer est un clin d’oeil à la forme de ces bulles, qui évoque le sommet du crâne rasé d’un moine.


« Plop plop » font-elles avant d’exploser, en libérant une forte odeur soufrée qui imprègne l’atmosphère. La température de cet Enfer, très riche en chlorure de sodium, est d’environ 99°C. On y croise également des fumerolles et un ashiyu (bain de pied) chaud chaud chaud ! Je n’y ai pas tenu plus d’une minute.

À la sortie, un marchand de glaces permet heureusement de se rafraîchir un peu avant d’entamer la visite de l’Enfer suivant, situé à deux pas…
Umi Jigoku, le plus beau des Enfers de Beppu
« L’enfer de la Mer » est le plus grand et le plus spectaculaire de tous. Une fois la billetterie franchie, on y accède en suivant un petit chemin longeant un étang bordé de nénuphars (sur lesquels les enfants de moins de 20kg peuvent grimper paraît-il). L’Enfer en lui-même se cache derrière le centre d’accueil. Vous n’aurez aucune difficulté à le localiser, grâce à l’épaisse colonne de fumée blanche qui s’en dégage.

Umi jigoku doit son nom à l’incroyable couleur azur de son eau, un phénomène lié à la présence d’une forte quantité de sulfates de fer. La source est à 98°C, la température idéale pour faire cuire de délicieux onsen tamago (vendus en boutique) ! Un petit panier rempli d’œufs y est d’ailleurs constamment immergé, au bout d’une perche en bambou.




Cet Enfer serait né d’une explosion volcanique, il y a environ 1200 ans. La chaleur des vapeurs qui s’en échappent (qui ne manqueront pas de vous faire transpirer) a permis le développement d’une flore exotique sur ses berges, qui participe à lui donner encore plus de charme ! À droite de la source, un petit sanctuaire shinto boisé et coloré, à l’ombre des rochers et des arbres, invite à la détente.

En quittant la boutique, un chemin sur la droite permet d’accéder à une autre zone. On y trouve notamment une source fumante de couleur rouge brique et une serre tropicale remplie de nénuphars et de splendides fleurs de lotus. Le tour d’horizon ne serait pas complet sans la mention du ashiyu, tout comme à Oniishibozu Jigoku (je n’ai pas osé le tester cette fois).
Kamado Jigoku
« L’Enfer du chaudron », Kamado Jigoku, est peut-être mon préféré. J’ai beaucoup apprécié son atmosphère colorée. Le plus gros atout de Kamado jigoku est qu’il offre, sur un espace relativement concentré, un bel aperçu de l’ensemble des autres Enfers (hormis le geyser). On y retrouve notamment le bleu intense d’Umi jigoku, les bulles qui font « plop plop » (d’une couleur plus foncée qu’à Oniishibozu Jigoku), un petit lac rouge…

Il y a un côté folklorique et désuet dans la mise en scène des lieux (pour ne pas dire un peu kitsch), mais curieusement, ça m’a plu ! À noter que nom de cet Enfer serait lié à un rite religieux : ses fumerolles servaient autrefois à cuire le riz offert aux divinités lors d’un festival local. J’ignore si cette tradition existe toujours.


Oniyama Jigoku
Sans aucun doute la grosse déception de cette journée, Oniyama jigoku, « l’Enfer de la Montagne aux Démons » m’a tellement déprimée que je n’ai quasiment pas réussi à y faire la moindre photo correcte… La visite démarre pourtant plutôt bien, par la découverte d’une source fumante d’environ 98°C. Une fois cette dernière contournée, ça se gâte. On arrive alors face à un bâtiment dans lequel sont exposés des squelettes de reptiles et autres joyeusetés, comme les restes naturalisés d’Ichirou, un crocodile mort au bel âge de 71 ans. Puis arrive le « clou » de la visite (si on peut dire), l’enclos des fameux démons, à qui cet Enfer doit son nom.
Voir ces pauvres crocodiles entassés les uns sur les autres, dans un espace visiblement trop petit pour eux, m’a fait de la peine. J’ai donc zappé la fin de la visite, sans prendre davantage de photos ni m’attarder sur une éventuelle boutique. Next.
Shiraike Jigoku
Shiraike jigoku, le dernier Enfer « officiel » de Kannawa onsen m’a laissée une impression mitigée. On pourrait le décrire comme un petit jardin japonais aménagé autour d’un lac blanc, d’où s’échappent d’épais fumerolles. L’intrigante couleur de la source est liée à sa concentration en acide borique. Au contact de l’air extérieur, son eau à 95°C refroidit et devient trouble, d’où son aspect laiteux. L’endroit est clairement magnifique, alors pourquoi ce sentiment de déception ?

Tout simplement à cause de cette idée saugrenue d’aménager un aquarium de poissons tropicaux sur le parcours de visite. Un équipement totalement hors-sujet, et qui ne semble plus de la toute première jeunesse, à en juger par la propreté générale de l’ensemble…
Tatsumaki Jigoku
Pour visiter ce sixième Enfer, il vous faudra prendre le bus pour rejoindre un autre quartier de Beppu : Noda. Tatsumaki jigoku, « l’Enfer du Tourbillon », vous propose tout simplement d’assister au jaillissement d’un puissant geyser. Le site est aménagé à la manière d’un amphithéâtre, où l’on s’installe patiemment en attendant que le phénomène ait lieu, toutes les 30 à 40 minutes.

Cela peut sembler un peu léger. Mais n’ayant jamais vu de geyser auparavant, je dois admettre que j’ai beaucoup apprécié l’expérience. D’autant que mon timing était plutôt bon, à peine 5 minutes d’attente. Vous noterez que le jet d’eau est recouvert d’une sorte de cloche de pierre, sans laquelle il pourrait atteindre les 50 m de haut. La température de l’eau est d’environ 100°C au moment de sa sortie, mais on estime qu’elle atteint en sous-sol les 150°C.
Chinoike Jigoku, le plus célèbre des Enfers de Beppu
Dernier Enfer du Jigoku Meguri (et non des moindres), Chinoike Jigoku est l’un des enfers plus emblématiques de Beppu. Surnommé « l’Enfer du lac de sang » en raison de la couleur rouge de son eau chargée en ambre et oxyde de fer, il ne fait pourtant pas partie des plus spectaculaires (Umi Jigoku le surpasse largement).

Il paraît que cet Enfer aurait connu une énorme explosion en 1927. Difficile à imaginer tant l’endroit est calme aujourd’hui. J’y ai passé un agréable moment, le site offrant quelques aménagements sympas . On y trouve un ashiyu bien-sûr, mais aussi une grande boutique débordante de trésors !
PLUS D’INFORMATIONS
beppu-jigoku.com
Les Enfers de Beppu non-officiels
On pourrait croire que ces Enfers de Beppu méconnus ne présentent pas d’intérêt particulier, mais ce serait une erreur. La liste officielle du Jigoku Meguri est en perpétuel mouvement. Un Enfer a été rétrogradé il y a quelques années (Yama Jigoku), tandis que d’autres ont fermé (par exemple l’Enfer du Dragon d’Or, inaccessible depuis 2009). Sans oublier ceux qui ont disparu au fil des siècles et des catastrophes naturelles… Je vous présente ci-dessous trois Enfers à connaître et, pour au moins l’un d’entre eux, à visiter absolument !
Yama Jigoku
Situé à Kannawa onsen, cet « Enfer de la Montagne » est le seul de ce city guide que je n’ai pas visité. Je tenais néanmoins à le mentionner car il est absolument impossible à rater. On tombe dessus directement en sortant d’Umi Jigoku. Vous serez par conséquent tentés d’y faire un tour. Si c’est le cas, n’oubliez pas que le carnet de tickets vendu à l’office de tourisme ne vous sera d’aucune utilité. En fait d’Enfer, Yama Jigoku serait plutôt un mini-zoo exploitant la chaleur des fumerolles. Il a perdu son statut d’Enfer officiel en 2017.
Bôzu Jigoku
Bôzu Jigoku se situe entre Kannawa et Myôban onsen, un peu à l’écart des autres. Avec Umi et Kamado Jigoku, il fait partie de mon top 3 personnel, de par son ambiance sombre et mystérieuse qui frappe l’imagination.



Cet « Enfer des moines » partage de nombreux points communs avec Oniishibozu Jigoku. À noter qu’il s’est développé de manière autonome, en marge de l’association Beppu Jigoku, ce qui explique son statut un peu particulier.
PLUS D’INFORMATIONS
bouzujigoku.com
Myôban Jigoku
Ce petit Enfer s’est développé à Myôban onsen, au nord-ouest de Beppu. Myôban est un quartier plein de charme, niché à flanc de montagne et offrant une vue magnifique sur le reste de la ville. Il est réputé pour ses sources chaudes atypiques, dans lesquelles il est possible de se baigner. On y trouve notamment des bains laiteux ou turquoises, des bains de boue…

En vous promenant à Myôban, vous croiserez de nombreuses et intrigantes huttes de paille. Appelées yunohana-goya, elles sont utilisées pour fabriquer des sels de bain à base de soufre, commercialisés dans les ryokan des environs.

L’Enfer de Myôban Jigoku se situe face au petit salon de thé Okamotoya, dont je vous parlerai un peu plus loin. On s’y promène sur des petites passerelles de bois aménagées entre les huttes (et à l’intérieur de l’une d’elles). L’endroit offre un décor de terre brûlée et corrosive presque apocalyptique. Un petit ashiyu est aménagé à proximité de l’entrée. Inutile de vous préciser que cet Enfer dégage une puissante odeur soufrée.
PLUS D’INFORMATIONS
jigoku-prin.com
Où manger autour des Enfers de Beppu?
Après tant d’émotions, il est temps pour moi de vous livrer quelques bonnes adresses qui viendront enrichir votre expérience aux Enfers de Beppu. La particularité de la cuisine locale (jigoku mushi) est évidemment sa façon de tirer partie de la chaleur géothermique disponible. Autour et à l’intérieur des Enfers, les échoppes de street food cuite à la vapeur pullulent.

Jigoku mushi Kôbô, la cuisine des Enfers de Beppu
Jigoku Mushi Kôbô pourrait être considéré comme un Enfer à part entière. Cette surprenante cantine est située en plein cœur de Kannawa Onsen, à deux pas de Shiraike Jigoku. Le principe du lieu est simple: vous commandez plusieurs aliments crus (pommes de terre, riz, œufs, légumes, gyoza…), que vous faites cuire vous-mêmes dans l’un des fours disponibles. Le temps de cuisson variant d’un ingrédient à l’autre, un petit minuteur vous est remis à l’entrée. À vous de surveiller la montre pour réussir vos préparations.


La manipulation des fours s’effectue en présence et avec l’aide du personnel. Les gants sont obligatoires. Une fois le repas terminé, un évier est à votre disposition pour… faire la vaisselle. J’ai vraiment adoré l’expérience. Le personnel était plutôt sympathique et a su me guider facilement, malgré mon faible niveau de japonais.
PLUS D’INFORMATIONS
jigokumushi.com
Okamotoya
Niché sur les hauteurs de Myôban onsen, ce petit salon de thé est une trouvaille fortuite qui m’a laissé un délicieux souvenir. Sa spécialité n’est autre que le jigoku mushi pudding. Il s’agit d’une petite crème caramel cuite à la vapeur des Enfers.

L’ambiance de la salle est vraiment agréable, les grandes baies vitrées offrant une vue imprenable sur Beppu et en particulier sur le pont Myôban. L’endroit idéal pour s’offrir une pause réconfortante, et pourquoi pas quelques souvenirs aux couleurs des onsen : sels de bain, serviettes…
En conclusion
Le Jigoku Meguri arrive à son terme. J’espère, avec ce city guide de Beppu, être parvenue à vous transmettre mon coup de cœur pour la préfecture d’Oita. C’est en effet ici, et tout particulièrement à Beppu, que j’ai ressenti pour la première fois la puissance du volcanisme. Un bonheur pour les cinq sens.
Comment se rendre aux Enfers de Beppu ?
Visiter les Enfers de Beppu en bus
- Bus Kamenoi depuis la gare de Beppu
- 1Day mini free passport : en vente au centre d’information touristique de la gare de Beppu, ce pass permet de circuler pendant une journée sur l’ensemble des bus de la compagnie Kamenoi
Mise à jour : janvier 2025





7 commentaires
Cécile
Très sympa ce tour. Merci pour cet article (bien écrit, bien documenté et surtout bien illustré).Le Myôban Jigoku me donne vraiment envie de mettre les enfers sur ma liste!C'était quoi le parfum de la glace, elle fait envie �� !
Passeport Japon
Parfum mangue (de mémoire) ! 🙂
Merci pour ton enthousiasme Cécile, j’ai essayé de faire le dossier le plus complet possible. Myôban Jigoku est très intrigant je l’avoue, quand on se balade dans le quartier on est forcément interpelé. Je te conseille aussi Bozu Jigoku dont je parlerai dans mon prochain article.
Cécile
J’attends donc ton prochain article avec impatience !!!
Yoyo
C'était déjà sur la liste, niark niark niark 😉 Mais je n'arrive toujours pas à savoir celui que je préfère pour l'instant…. peut être que je le serais en y allant pour de vrai 😀 Merci pour cet article Céci ! Fabuleux comme toujours!!
Passeport Japon
Merci Yoyo 🙂 Effectivement, pas question de manquer les Enfers si tu vas dans la région ! Mon top 5 :
1- Kamado Jigoku
2- Umi Jigoku
3- Bozu Jigoku
Dur de choisir, c’est une question d’ambiance surtout. La météo joue aussi : j’ai voulu refaire Umi Jigoku la veille de mon départ, il faisait gris et j’ai trouvé la visite bien moins impressionnante que sous le soleil. Comme quoi, il suffit d’un rien…
julien
Bonjour, Merci pour cet article détaillé ! Je suis en train de préparer mon voyage à Beppu, et je voulais savoir si tout était bien guidé sur place ? Ou est-ce qu'il faut que je prépare moi-même l'itinéraire depuis l'arrivée à la gare ? Merci d'avance pour votre réponse
Passeport Japon
Bonjour Julien,
Toutes mes excuses, votre commentaire était resté bloqué en modération, du coup je suis désolée pour la réponse tardive. Pour répondre à votre question, j’avais quelques infos avant de venir à Beppu, mais très franchement, l’équipe de l’office de tourisme situé dans la gare a été géniale.
Je suis d’ailleurs retournée les voir 2-3 fois pendant mon séjour, ils ont été très sympas et pas avares de bons plans, notamment pour les transports.
Je pense qu’il est important de prendre un minimum d’info pour préparer la visite en amont, mais pour les détails pratiques, la meilleure source d’info restera toujours l’office de tourisme 😉